Flechier orateur, 1672-1690
Nous plaçons, en tête de cet ouvrage, l'ordre chronologique des prédications de Fléchier. Ce tableau ne sera pas sans utilité. II a l'avantage de nous mettre sous les yeux en quelque sorte, année par année, le? divers lieux où parla l'orateur, et l'ensemble de ses travaux, dont nous pouvons ainsi mesurer d'un coup d'oeil et l'étendue et les progrès.
iNotre étude ne va pas au-delà de l'année 1690, époque où Fléchier met le sceau à sa renommée par deux oraisons funèbres prononcées coup sur coup, celle de la Dauphine et celle de Montausier. C'est une bi-illante et laljorieuse période de près de vingt ans. A cette date, et malgré quelques discours prononcés plus tard dans la cathédrale de Nimes, dans les réunions synodales, ou aux états du Languedoc, la carrière oratoire de Fléchier est
réellement terminée. Désormais, absorbé par ses devoirs d'évêque, il ne monte plus en chaire que de loin en loin, et dans de rares occasions.
Le 18 janvier 1662, Chapelain écrit à Fléchier une lettre portant simplement à l'adresse : Monsieur Fléchier^ ecclésiastique à Paris. Le 11 février 1666, il lui envoie une lettre qui a la suscription suivante : A Monsieur Fléchier^ prédicateur du roi, à Clermont., en Auvergne (1). Est-ce à dire que le futur prélat eût dès 1666 le titre de prédicateur du roi., qui ne s'obtenait que par brevet, et souvent après de longues années d'épreuve? Ce n'est pas admissible. Ainsi, Mascaron était déjà évêque de Tulle, quand il le reçut en 1672; et Bourdaloue ne l'obtint qu'en 1679, après dix ans de succès à la cour. « En vous parlant dans ma lettre du dernier mois, lisons-nous dans le Mercure, de l'honneur que M. de Tulle, nommé à l'évêché d'Agen, avait reçu par le brevet de prédicateur ordinaire du roi, j'oubliai de vous dire qu'on en avait envoyé un pareil au P. Bourdaloue, jésuite, avec les mêmes appointements. Ainsi, ces deux grands hommes prêcheront alternativement à l'avenir les avents et les carêmes au Louvre (2). »
(1) Voy. Lettres de Chapelain, vol. II, p. 193 et /i37, publiées par M. Tauiizey (Je Larrociiie. Imprimerie nationale.
(2) Mercure galant, juin, 1679. — Kous ne comprenons pas comment le Mercure parle en 1679 du brevet obtenu par Mascaron en 1672.
M. l'abbé Hurel nous fournit sur ce point quelques détails précis et peu connus : ils nous prouvent que le titre de prédicateur du roi ne se donnait pas au premier venu. « La plupart, dit-il, furent gratifiés du brevet de prédicateur du roi, qu'ils obtenaient dès le début, ou au cours de leur ministère, et quelquefois même après leur promotion épiscopale, témoin Jules Mascaron, qui ne le reçut qu'en 1672, étant déjà évêque de Tulle. Et il n'est pas douteux que ce brevet ne fût la récompense du talent ou du succès de ces orateurs à la cour. Outre que sa rédaction en fait foi (1), il impliquait certaines formalités qui le rangent à part, ou au-dessus des distinctions banales et des faveurs vulgaires. Ainsi le prédicateur du roi prêtait serment entre les mains du grand aumônier, qui en était averti au préalable par une lettre de Sa Majesté. Quant au titre de prédicateur de la reine, bien que moins solennel, il n'était pas sans prix (2). »
(1) Le brevet du 26 avril 1672, décerné à Mascaron, porte en toutes lettres : « En récompense des doctes et éloquentes prédications qu'il a faites pendant plusieurs années en notre présence. >- (Note de M. Hurel.)
(2) Les Orateurs sacres à la cour de Louis XIV. Introduction, p. LXVII.