VIT
Messieurs les ministres du gouvernement, tous réunis en assemblée ordinaire, mais en réalité extraordinaire, car ils ne se trouvaient jamais au complet — convenaient ce jour-là avoir peu réfléchi, en nommant à la Banque de Santa-Fé un directeur aussi peu malléable.
Ils avaient donc eu bien peur de ce peuple, pourtant si bon enfant, qui oubliait déjà ses rancunes, ne les laissant jamais vieillir. Sottement ils avaient placé une épée dans sa main — en lui donnant Mendel — au lieu de lui offrir un polichinelle, jouet jamais épuisé, fabriqué à l'usage des gouvernants et réparti ensuite à profusion.
Le jeune docteur Mendel ne s’était-il pas avisé
de rechercher les noms des débiteurs de la Banque, depuis sa fondation? Ne voulait-1il pas révéler Les prêts fabuleux — devenus des dons — sur des terrains n'ayant pour valeur que de l’espérance imaginative!
— Halte-là, mocoso (morveux)! murmura Son Excellence M. Santeval, ministre des finances, très blessé d’un sans-gêne sans pareil. On vous remplacera par un caissier, sachant signer... et obéir, c’est tout ce qu'il nous faut. M. le Président, du reste, a notifié sa volonté.
— Si nous mettions à sa place le docteur Parsons ? demanda le ministre des cultes. |
Rien ne répondit. Le ministre des relations extérieures, fils des provinces où l’on est peu causeur, ne parlait jamais et ne se compromettait pas ; aussi élait-on au mieux avec les puissances.
En cela, le ministre’ de la guerre, M. Laro, lui ressemblait; mais sonimagination, en revanche, s’épanchait par la plume.
Alors, devant leur mutisme, M. Santeval, un porteño !, répondit î