ONE URSD EH AIR
- — J'aurais cherché moi seule, dit Flor avec chaleur; mais que pouvais-je faire ?.. L'attaque de paralysie soufferte aussitôt par le pauvre docteur Mendel, en faisait un enfant infirme. Je ne pensais plus aux recherches, à la vengeance.
Cet homme excellent avait été mon père; je me devais à lui, toute à Jui. Hélas! cette tâche, certes bien douce, ne dura que six mois!
Bon ami m'avait laissé la cinquième partie de sa fortune, dont la loi lui permettait de disposer. J'aurais été obligée bientôt de vivre aux dépens de M'° Lucienne. Ce n'était pas possible ; je n’y aurais jamais consenti. Sans peine, je l'ai décidée à venir ici, où J'étudie.…. Et ces détails matériels m'empêchent de me consacrer à la recherche du meurtrier.
— Ah!je sais combien vous êtes vaillante !
— Docteur, je désirerais vous faire part d’une observation. Lucienne, heureusement, est encore à l’église, et il vaut mieux qu’elle n'entende pas, Jusqu'à certitude complète.
J'ai vu Lysandre Arteaga deux fois depuis la mort de mon fiancé. Non seulement il nous évite, mais il lui est impossible de me regarder en face. Ses yeux toujours s’éloignent des miens.
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Le docteur Linden fit un mouvement.
— Je ne dis pas, ajouta-t-elle, qu'il soit l’assassin de Louis. Non !..…. Lysandre Arteaga est incapable de se tacher de sang...
— Cela compromet, murmura le docteur Linden, et n’est pas de son rang.
— .… Mais Lysandre est faux, ambitieux, peu intelligent. Il a la ruse d’une race qui n'est pas la sienne. Je lisais tout cela sur ce visage qui m'évitait. Je le croyais seulement butor, pleutre. l'amitié Jusqu'ici m’ayant peut-être aveuglée ; mais aujourd’hui, je l’accuse d’avoir causé indirectement et volontairement la mort de son ami !
Et je l’accuse.. parce que j'ai en moi ce don malheureux, ce don fatal, me faisant lire dans l’âme des autres !
— Peut-être êtes-vous sur la voie, dit Île docteur en hochant la tète. J'ai pensé bien souvent à lui, à cause de ce fait...
— La vente de l’hacienda (troupeau) d’Oloasco ?
.— Justement !
. I se fit un silence.
Selon son habitude, le docteur fébrilement
é FLEUR DE L'AIR" 203 allumait et fumait un nombre incroyable de ci- DATES AU | °
Me Kerven continua :
— Lorsqu'on raconta, dans les journaux, la mort tragique de mon pauvre martyr, on disait: « Des documents importants lui ont été volés. Heureusement qu’un des chefs de son parti en possédait le double, remis quelques heures avant sa mort. » à
Le lendemain, — vous entendez bien, docteur, le lendemain — Oloasco vendait tous ses troupeaux, sous le nom de son beau-père, et réalisait ainsi quatre cent mille nacionales. Il en devait trois cent mille à la Banque, avec lesquels il avait acheté les terrains de l’estancia. À cause de la baisse énorme subie par la propriété, la Banque s'étant emparée du terrain, perdit cent cinquante mille nacionales; mais Oloasco restait avec le beau denier empoché par la vente du bétail. Or, cette vente arrivait bien à propos, bien à point. Oloasco savait donc quels étaient les documents volés? Le soir du meurtre, 11 dinait chez Arteaga. Ce dernier l’aurait-il averti? L'aurait-il dit à d’autres également? Et pour empêcher la divulgation du
document accusateur, un intéressé aurait-il attendu... mon pauvre Louis... et l’aurait-il assassiné ? RS
— J'ai fait les mêmes réflexions que vous et je chercherai, je vous le promets. Qui Arteaga a-t-il vu en sortant de la Banque ce jour-là ? Avec quia-t-il causé? Là est, je crois, le nœud de la question. Nous ne pouvons pas soupçconner Oloasco. Il est incapable d’un crime semblable. Il avait les moyens de s’en tirer tout de suite, . comme nous l’avons vu, sans commettre un tel acte.
Ce malheureux nt est mort pour notre cause : celle de la justice. Le vol de son argent a été fait pour égarer les conjectures sur le mobile du crime, ou bien parce que l'assassin, de basse extraction, n’a pu y résister.
— Oui, dit la jeune fille avec désespoir, et six. mois après son père mourait, et la vie de deux femmes est brisée! Oh! que la patrie coûte:
cher!
— Non, muchacha, non! Elle ne coùte pas cher, car tout ce que nous avons lui SpPR ETS tout, entends-tu?
Il la tutoyait en s'animant, et c'était de sa part.
une marque d'affection dont il était peu prodigue.
Mi Saenz entra en ce moment, revenant de l’église et tenant encore à la main son livre de prières. Ses cheveux étaient devenus tout blancs. Droite encore, mais sans la fierté d'autrefois, on la sentait terrassée sous l’humiliante douleur.
— Vous n'avez point manqué, vous, docteur, lui dit-elle, reconnaissante. Nous n'avons pas annoncé dans les journaux les messes d’anniversaire, ayant si peu d'amis aujourd'hui! Qui se souvient du pauvre? |
Elle éclata en sanglots.
Flor se leva, posa un baiser sur son front et passa son bras autour du cou de la vieille demoiselle :
.— Lucienne! Lucienne! Ne pleurez plus...
— Pauvre petite! Sans toi, que ferais-je sur la terre?
— Qu'y ferais-je sans vous, Lucienne? reprit tendrement la jeune fille en l'embrassant encore.
— Je n’aimais que mon pauvre Louis, et Dieu m'a punie!
Au même instant, la servante annonça Esther,
son mari et Laure Gimenez, leur future belle-.
Sœur,
206 | &RPLEUR DE L'AIR”
— Vous voyez bien, mademoiselle, qu'on ne vous oublie pas, dit le docteur. 7 |
Et il s’éloigna, le cœur gros.
Ceux-là aussi s'étaient souvenu !
Ils venaient de l’estancia pour passer avec leurs amies cette journée de deuil, et ce fut un baume pour le cœur de ces pauvre femmes.
Jean, toujours tendre comme un frère pour Flor, ne badinait plus avec elle, comprenant trop bien qu'elle ne saurait plus rire comme autrefois. Il l'aurait consolée tout: de même, si elle avait pu l'être, ayant le talent de la persuasion que lui donnait sa réconfortante tendresse. |
Il avait acheté la maison du docteur Mendel, avec une secrète espérance. Lorsque Flor serait doctoresse, elle voudrait peut-être revenir à C***, elle aimait tant les colons! Et M!° Lucienne serait heureuse d'y retourner lorsque le temps aurait cicatrisé la cruelle blessure. Il la leur offrirait alors pour y demeurer toute leur vie. Il ne leur avait certes point fait part de cette idée, mais Flor l'avait devinée, car elle savait que personne n'habitait la chère demeure et qu'un domestique, de temps à autre, venait l'aérer.
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Et elle pensait : «C'est le frère de cet excellent garçon que J accuse! »
Pour distraire la Jeune fille, Laure énumérait ses projets, montrait ses bagues, ses bijoux; Esther racontait sa joie d'épouse. |
— Quand le petit que nous attendons sera venu, nous passerons l'été à l’estancia, l'hiver à Buénos-Ayres; nous te verrons souvent. Tu seras la marraine du niño ; Jean l’a dit et nous te le prêterons tant que tu voudras!
La jeune mariée ne voyait pas le supplice torturant l’âme de M!!° Kerven.
« Je serais mariée, moi aussi, pensait-elle, Comme elle, j'attendrais le niño!... »
Le nom de son fiancé venait à chaque instant sur les lèvres de Laure, et chaque fois qu’elle l’entendait prononcer, Flor sentait une souffrance. |
Jean, à leur prière, les avait laissées, promettant de revenir les chercher dans la soirée. |
- Assises toutes trois sur le canapé, Esther et Laure enlaçaient Flor de leurs bras. Elles formaient ainsi un trio gracieux. Au milieu d'elles, la doctora, vêtue de noir, avec sa physionomie d'étrangère, gracieuse, sans Ôtre belle, semblait
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personnifier la sagesse. Laure, jolie, délicate et frêle, trop petite même pour ses vingt ans, incarnait la tendresse dans ce qu’elle a de délicat. Esther, brune, aux lignes pures de médaille, à la taille majestueuse, eût représenté l'amour.
— Je sais bien, disait Laure, que tu n'oublieras Jamais; mais tu dois être bien fière d’avoir été choisie par un homme si loyal, si indépendant et si bon! Je vois mon Lysandre ainsi! Voilà pourquoi ils s'aimaient, ayant tous deux les mêmes qualités, et la douleur de mon fiancé est si grande que je ne peux prononcer devant lui le nom du pauvre.
Flor fit un brusque mouvement et regarda Laure. | |
— Oui, si tu savais, continua-t-elle, même chez lui, on ne le nomme pas. Cela lui donne un coup au cœur, dit-il, et depuis il-en souffre réellement et se sent malade... Est-ce étonnant?
Avoir vécu ensemble, comme des frères, avoir connu tous les projets, toutes les aspirations l’un de l’autre.
Flor baissa les yeux, les sachant plus bavards que ses lèvres, afin que l’aveuglée, l’amoureuse Laure n’y lùt rien! Ah! fallait-il chercher la
“ FLBUR DE L'AIR” | 209
vérité pour martyriser toutes ces âmes : M®° Arteaga, Jean, Laure, Esther!
Mais, hélas! n'avait-on pas brisé sa vie à elle? Les autres n'avaient-ils pas la jeunesse, l'amour et bientôt des enfants? à
— Anita, lui dit Esther, j'ai cru m'apercevoir que M! Lucienne était très bonne pour toi.
: — En effet. Je suis, me dit-elle, sa seule famille. Depuis cette soirée terrible où nous avons entendu toutes deux le même cri, elle ne doute plus que ce n’ait été Le dernier adieu de son fils, nous associant dans ce suprême souvyenir. Elle est aussi douce qu'elle était hautaine; c'est un être sans volonté, sans désirs, résignée parfois jusqu’à l’inconscience. Cela est dû, sans nul doute, à un ébranlement cérébral. Son intelligence n’est plus la même; pour bien des choses elle est devenue une enfant qu’il me faut surveiller. Le malheur l’a changée, trop changée! Vous vous rappelez son besoin instinctif de domination? Autrefois elle eût commandé à des
choses inertes si elle eût été seule; aujourd'hui,
c'est moi qui prends les décisions... elle Les
attend! Ma peine en est encore plus amère.
— Toi, dit Esther, tu devrais être plus forte et
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voir la vie comme elle est, penser aussi qu’elle peut être ce que tu la feras. Tu te marieras un jour, Flor, et au premier enfant, tu auras oublié la moitié de ton malheur...
— Oh! ne dis pas cela, Esther! s'écria la jeune fille, en levant ses yeux terrifiés sur le portrait du défunt placé en face d'elles.
— Je n’en parlerai plus aujourd’hui, mais plus tard, parce que je l'aime. Du reste, dans l’autre monde, les pauvres morts ne sont plus jaloux. |
— J] l'était tant! murmura-t-elle.
— Il t'aime là-haut, pour toi et non pour lui, et son amour est purifié de son égoïsme…
Pendant le déjeuner, la conversation des deux amies changea de thème et égaya un peu le repas.
— Vous souvenez-vous, M1 Te de ce tapis que nous brodions pour l’église? demanda
. la jeune femme.
— Je crois bien, répondit-elle. J'en ai fait quatre carrés, et j'y ai mis trois mois en moyenne pour chacun.
— Eh bien! ma belle-mère l’a terminé il y a
‘une quinzaine. Il est magnifique, mademoiselle,
et couvre tout le sanctuaire. M. le curé dit qu'il voudrait marcher sur la tête, pour ne pas le salir.
— Quand tu y travaillais le soir et que mon beau-frère vous donnait des lecons sous la véranda, Jean le malin, sous prétexte de démêler les pelotons, s’asseyait à ton côté.
Esther riait, délicieusement remuée par ce souvenir. |
— Comme le bonheur a tardé tout de même!
murmura-t-elle.
— Nete plains pas, Esther, dit Flor.
— Tu as raison, je suis ingrate.
— Elle est heureuse, heureuse comme on ne péut pas le rêver, comme je ne le serai jamais, dit Laure, et elle se plaint!
— Pourquoi ne le seras-tu jamais comme elle, ma chérie ? dit Flor avec curiosité.
— Parce que... parce que. déjà nous sommes tristes, Lysandre et moi. Je l’adore toujours, certes! Mais lui me préfère son poste. Depuis qu'il est. directeur de la Banque, Lysandre n'est plus le même. Je voudrais qu'il en sortit. Peut-être alors serait-il comme autrefois, prévenant, gai, heureux!
— Tu veux toujours être adulée, caressée.
242 “FLEUR DE L'AIR” He Épouse un estanciero, dit Esther, en riant. Tu l’auras toute la journée à ton côté.
— Non; je serais heureuse avec Le Lysandre d'antan. On me l’a changé.
— Enfant! Ton fiancé a des préoccupations et ne peut pas toujours être à tes pieds, dit M: Lucienne. Ah! jeune fille, jeune femme, comment: voulez-vous le sort? |
— Enfin, ce sera dans six mois, ajouta Laure. Nous nous marierons à l’estancia des Arteaga. La
— Sije veux, Laure! dit sa future belle-sœur en riant.
— Mais tu voudras, je le sais. Ce sera plus beau que chez nous, à cause de l'allée et des vieux arbres. On mettra des quantités de lanternes vénitiennes en festons, et nos initiales illuminées entre les branches. Vous verrez comme ce sera beau, mademoiselle Lucienne.
— Je ne le verrai pas, mignonne, je ferais trop triste figure dans une fête.
— Oh! si, vous viendrez, Flor aussi, cela est impossible autrement. Si vous me refusiez, Je serais capable de ne plus vous aimer... Du reste, la fiancée du meilleur ami de mon mari doit
tenir une place vide. Si elle ne vient pas par amitié, elle viendra par devoir.
Mais Flor, au grand étonnement de M'°Saenz, comme prise d’une idée soudaine, répondit :
— Tu as raison, ma chère petite mouche, Je te promets d'assister à ton mariage, si Lucienne veut bien.
:— Je t'accompagnerai, Flor, répondit la vieille fille, sans hésitation, puisque cela te: plait. |
Croyant que son argument avait été décisif, Laure était ravie et sa compagne étonnée d’un résultat si prompt.
. Le soir, après leur départ, quand Flor fit sa prière, agenouillée au pied de son lit, elle put pleurer à son aise. Elle prit un sachet de satin retenu sur sa poitrine par une chaîne d'orjet décousit le haut. Elle en retira les diamélas tachés de sang et les baisa. Comme, à les porter ainsi s'ils s’en allaient en miettes, elle les enleva de son cou et enroula la chaîne d’or autour du CTUCIfX.
. Ensuite elle se coucha et éteignit la lampe.
Le souvenir des tortures de l’année passée, à pareille heure, revint à sa mémoire, ainsi,
21% ‘ FLEUR DE 'L'ATR ”
que celui de cet amour si doux, passé tout en
songe, toujours à distance, et dont la seule minute délicieuse, un soir de valse, lui avait coûté tant de larmes.
La demie de dix heures sonna.
Elle était allé l’attendre dans la PRÈS il y avait un an!
Soudain, avec toute la force de sa Jeunesse, la douleur de son amour ne voulant pas mourir, elle s’écria : |
— Oh! comme Je t’aimais, Louis, comme je l'aimais ! |
Je n'ai jamais pu te le dire, jamais !!...
Elle attendait un miracle, celui d'autrefois. En interrogeant l'obscurité de la chambre, son âme, son cœur, tout son être, évoquaient l’aimé, le disparu |
— Cher fantôme, murmurait-elle, si Dieu te laissait venir me donner le baiser que tu me dois, la caresse que je t'avais demandée... je serais plus résignée! Viens donc, mon cher mort, je t'attends!
Un sourire heureux illuminait son visage, son cœur battait violemment.
Mais le miracle ne Sin le Au matin, cette crise de folie était passée.
Redevenue la sage Flor, elle gardait seulement de sa nuit d’insomnie la figure étirée, les paupières ridées sur ses yeux battus, comme des fleurs flétries. Le baiser qu’elle donna à sa vieille amie fut plus long, plus tendre, car elle songeait aussi combien la pauvre avait dû souf- Miuts An Et sa serviette sous Le bras, la jeune fille se rendit à l'hôpital des enfants.
Anita Kerven n'avait pas longtemps réfléchi avant d’entrer à la Faculté de médecine. Elle y était suffisamment préparée, et accomplissait en même temps la volonté du vieillard qui l'avait aimée. Elle n’ignorait point les côtés épineux de l'entreprise ; la promiscuité d'étudiants plus ou moins respectueux et surtout le spectacle journalier de chair découpée, tailladée, greffée, cuisine professionnelle de cette fin de siècle d’ opérations à outrance.
Non seulement la chirurgie l'épouvantait, étant par elle-même si contraire au tempérament de la femme, mais elle gardait du spec-. tacle de la mort de son fiancé, pour toute chose sanglante, une terreur morbide.
Ant LP «ANSE De ST Macbr Et dd LRU EME ENT AU TE e REA UNE LR 1 Dhstas PCIe MERS CO 2 RL: SE TE MA VAE Se À Fa # F ‘ «
Instinctivement elle s’éloignait des salles d'opérations. Cependant, lorsque le professeur Simonetti, chirurgien à l’hôpital des femmes, l’apercevait, il courait à elle, l’œil aimable :
— Venez donc m'aider, chère demoiselle, cela vous fera la main.
Elle y allait, pour ne pas contrarier un personnage aussi influent, appelant à elle tout son courage, défaillant parfois, cherchant Ia conviction et n'arrivant pas à se persuader qu'il obéissait à l’inéluctable nécessité. Alors, il lui semblait prêter la main à une chose inique, aplanir la route’ à la malheureuse qui, d’après elle, courait sûrement à la mort ou au-devant d’une vie de souffrances. Et lorsqu'elle sortait de là, pâlie, les jambes tremblantes, le professeur la narguait, |
— Ah! les femmes médecins, les voilà, parlez-m'en! Elles ne tueraient pas un poulet!
Il déblatérait contre elles, assurant qu'elles restaient toujours médiocres, n’en étant pas bien sûr, mais le répétant à plaisir pour s’en faire une certitude. |
Cependant, Le docteur Simonetti opérait « en
son âme et conscience ». Etant un convaincu, il
n'avait par conséquent aucun reproche à se faire, ne pouvant juger avec le critérium d’autrui. Il eût fallu au malade une certaine intelligence pour savoir défendre son corps, et se demander si cette conscience était bien saine, si l'habitude ne lui en avait pas créé une autre — exclusivement chirurgicale — détachée de la première, un peu plus lourde, bien moins lumineuse, comme serait un bolide échappé d’une comète.
La réussite-aidant, le docteur croyait tous les cas opérables. Pas ami de l'argent d’abord, il travaillait avec l’amour du réel amateur. Le sexe, la personnalité, l'ami mème disparaissaient à la vue de l'endroit où la douleur se localisait, où s’accentuait la difformité. Le malade devenait son mal, commençant et finissant au point tranchable. Il n’était point rare de lui entendre dire, absorbé, aux consultations d'hôpital :
— Faites entrer le cancer!
Et brutalement :
— Je vous dis le cancer et vous m'envoyez le fibrome ! nes
Habituées à tenir le bistouri, ses mains ne restaient jamais en repos; mème pendant la
conversation, elle saisissaient l'instrument tranchant le plus à leur portée. Tous les ans, le docteur Simonetti passait un mois à la campagne, sa femme exigeant un repos manuel et moral ; mais l'habitude était là. Sa basse-cour en supportait les conséquences. Pour mieux distüinguer les chapons sortant de ses mains,'il tranchait leur crête, et sur la plaie saignante, greffait l’éperon. Les deux parties se soudaient entre elles, et cette dernière acquérait un développement extraordinaire, communiquant à ces pauvres bêtes un aspect grotesque, dont le chirurgien riait aux larmes.
Même pour ces volatiles, son luxe d’antisepsie était touchant; les instruments flambés, l’aiguille courbe baignant dans la solution phéniquée, tout comme s'ils avaient payé très cher la mise en scène. Ils ne se plaignaient pas, eux! Pas d’insolences de leur part, pas de geignements, on ne-les endormait pas! Quelle différence avec les hommes, avec les femmes surtout, qui donnaient souventun mal extraordinaire pour les empècher de mourir! Pas de rengaine aussi sur les suites de l'opération. Ce simple procédé leur inculquait une tendresse maternelle pour les petits pous-
sins, qu'ils conduisaient avec amour aussi bien qu’une poule. Çà leur donnait du cœur, en somme; aux femmes, ça le leur enlevait, les gratifiant, en échange, d’un caractère insupportable. Comprenez-y quelque chose!
Le docteur Simonetti, très athée, assurant connaître le corps humain, qu'il avait fouillé comme ses poches — et comme ses poches l'ayant souvent mis à l'envers, — opérait un Jour devant Flor.
— Voyez-vous, mademoiselle Anita, disait-il en ricanant et lui en montrant une bouillie sanglante, à force de toucher de pareilles choses, on croit seulement à la matière. |
Au même moment, la malheureuse endormie rejeta, d’un geste précis, comme si elle l’eût vu, le cornet de chloroforme que l’aide tenait devant elle. :
— Bourreau, va! fit-elle.
— Voilà l'âme, docteur! dit Flor épouvantée.
Vous n'avez pas pu l’endormir et elle vous juge!
— Hypothèse psychologique, répliqua-t-il dédaigneusement... trop compliquée et trop élevée pour la discuter avec des femmes.
Puis, le moment n'étant guère opportun, il se
tut, vexé quand même. La jeune fille se trouva ainsi débarrassée de ses invitations à des spectacles qui lui faisaient horreur. Elle allait avec plus de plaisir à l'hôpital des enfants. Là, pas de chirurgie intempestive, seulement l’indispensable, la conservatrice. Elle y accourait pour reposer son esprit, caresser ces petits fronts souffrants, chercher les secrets du mal, minant ceux qui ne savaient point parler. Cette vie où
elle frôlait tant de tristesses avait développé son
tempérament nerveux. Anita Kerven le domi-
nait savamment, en femme intelligente et de volonté; mais elle s’y usait.
Le lendemain du triste anniversaire, la jeune. fille s'arrêta au chevet d’un enfant au front bandé. Un peu de sang traversait le linge.
— Qu'a-t-il? demanda-t-elle au docteur Larsan en lui tendant la main.
— Un petit camarade l’a blessé d’un coup de revolver, en jouant... Nous allons le trépaner.… Vous m'’aiderez? lui dit-il sans malice, et seulement parce que sa présence semblait lui être particulièrement chère.
— Oh! non! dit-elle en se couvrant la figure de ses mains. C’est affreux! Le trépan... dans
ces petits os mous, dans cette tête blonde!
Il lui sembla voir... Cela la secoua tout entière. Ses nerfs surexcités par la nuit cruelle qu'elle avait passée, la firent sangloter tout à coup pour cette innocente tête qu'on allait trouer encore.
— Mademoiselle Anita, dit le jeune docteur étonné, la prenant par le bras, allons dans l’autre salle! Les étudiants ne doivent pas voir pleurer une future doctoresse.. je ne le veux pas!
Elle se laissa emmener.
— ci, je suis chez moi. Lavez-vous les yeux, mademoiselle Anita, et allez-vous-en. Ne revenez pas de huit jours, reposez-vous. Et bien loin les idées tristes! Vous avez très, très mauvaise mine. Vous êtes en parfait état de réceptivité pour prendre une sérieuse maladie.
La jeune fille laissa échapper un «tant mieux » si énergique que le jeune homme en fut tout troublé. |
— Tant mieux, mademoiselle Anita, de laisser seule une vieille femme dont vous êtes la: consolation, la famille Arteaga qui vous aime, sans compter d’autres amis ?.…
— Non! d’autres il n'y en a plus, à part le
docteur Linden... dit-elle d’une voix molle en secouant la tête.
— Qu'en savez-vous ?
Sa voix tremblait en disant cela, mais Flor ne s’en aperçut pas.
— Vous connaissez Jean Arteaga, je crois?
demanda-t-elle.
— C'est un camarade de classe. Il vous a recommandée chaudement à moi. Je l’ai très peu fréquenté, car il vient rarement à Buénos-Ayres, mais c'est une nature d'élite, un caractère étonnamment droit.
— Ah! comme il est bon, Jean! dit-elle plus animée, J'aurais voulu un frère comme lui.
— Je sais aussi qu'il aurait voulu une sœur comme vous.
Elle allait sourire; mais, de nouveau, le cruel parallèle revint à son esprit : Lysandre et Jean !
— Je préviendrai ses amis, pensait en même temps le docteur Larsan. Cette Jeune fille m'inquiète. Elle est complètement anémiée, épuisée par le chagrin. Puis encore, étudiant avec acharnement et prenant le double de peine, car elle n'y à pas la tête. Elle n’a guère besoin d'étudier
cependant, car pour bien des choses elle en dépasse beaucoup d’entre nous.
Le docteur Eduardo Larsan était tout à fait Argentin. [1 lui fallait remonter très haut pour trouver, dans son ascendance, un Espagnol en tète de ligne. Médecin reçu depuis trois années à peine, il revenait de faire un voyage d'étude en Europe, quand nous le trouvons à l'hôpital des enfants. Chez lui, la science remplaçait encore l'expérience; il s'était adonné à la chirurgie infantile où il mettait le soin de son caractère pa-
tient et la probité de son jugement droit. Il aimait
cette branche de la médecine; aussi avait-il été tout surpris, ce même jour, de voir M'"° Kerven revenir sur ses pas et lui dire suppliante, avec cette simplicité affable que créent les relations entre étudiants et étudiantes :
— Don Eduardo, n'opérez pas ce petit... Vous savez, le blond à jolie figure exsangue?...
— Mais pourtant, mademoiselle Anita!
— Non! j'aurais horreur de vos mains après, s’il mourait... pas vous, pas vous!
Et il se demandait s'il ne faudrait pas lui sa- crifier un Jour... Mais non; malheureusement, il . n’en était pas encore là.
Arrivé à la dernière limite de l’âge où nous valons tous beaucoup, à cet âge encore enthousiaste, admirant l'honnêteté, l'indépendance, et où l’on veut imiter fermement ces vertus, ennemies de la monnaie et de l’art de vivre commodément, Eduardo Larsan n'avait pas connu encore cette faiblesse, cette concession,qui constitue le premier pas au manquement de la morale médicale.
Ami de ses collègues, incapable de les jalouser, il en admirait au contraire les qualités — et chose rare de nos jours — les faisait ressortir. Dans cette lutte pour la vie où l’on pèse les mots, les moindres jugements, pour qu'ils ne ressortent jamais au bénéfice du prochain, le caractère du docteur Larsan devait être admiré. Il l'était, ayant quand même peu d’imitateurs.
Comme eux tous, il désirait parvenir et ambitionnait le professorat à la Faculté, mais il le voulait conquérir par son savoir et non pas par le favoritisme, la providence des sots et des igno- T'ATHS ASS
Deux routes lui étaient apparues au début de sa carrière. La première semblait si étroite que | le moindre écart menait dans la seconde. Beau-
coup de camarades se trouvaient déjà dans cette dernière et l'appelaient.…
Là étaient les opérations chirurgicales bien rémunérées, les visites assidues, faites sans nécessité chez Les riches, les consultations inutiles, Part de faire revenir le client plusieurs fois avant de lui donner le remède guérissant de suite, et enfin le mariage sensationnel où une jeune fille, séduite par ce titre sonore de docteur — la reposant de celui d’estanciero, encensé si longtemps — lui donnait sa main... et surtout ses revenus.
Ces tentations s'étaient offertes au docteur Larsan, il n'avait pas daigné les voir, voulant aussi la fortune, certes; mais gagnée dans cette route étroite, où il fallait marcher si droit.
Causeur original et sobre, ce jeune homme séduisait par ses déclarations d'une brusque franchise, — aujourd'hui bien démodées, — et tout son charme venait de la simplicité voulue de ses phrases, éloquentes à force d’être naturelles. Chez lui aucun mot oiseux : sa conversation n avait pas d'arpèges brillants, de variations fatigantes ; elle était une claire chose, comme sa
conscience, Sans aucun doute, Edouard Lar-
san avait manqué sa vocation. Peut-être s'en doutait-il.
La facilité avec laquelle les natures enthousiastes admiraient la sienne, lui donnait beaucoup d'amis, mais lui les choisissait. Cultivant l’amitié avec soin, — comme Île reste, car c'était un méticuleux, — il lui fallait peu de plantes pour tant de soins. I] avait le dévouement délicat, sans égoisme, sans idée de retour, l’abnégation, sans laquelle on ne peut constituer cette seconde famille, — quelquefois la meilleure, — faite toute d'adoption, choisie, sélectionnée, et dans laquelle l'affection librement consentie est le seul lien.
Dans son existence ordonnée, tranquille, une passion était entrée lorsque Anita Kerven l'avait regardé de ses yeux clairs si étrangement tristes, où l’on pouvait lire encore la note morbide dans la fixité du regard. Il trouvait une attirance singulière à ces lèvres ne souriant jamais, à cette auréole morale, acquise par ce drame poignant, de fraiche date.
La pitié est une porte sûre pour entrer dans une belle âme. C’est ainsi que la jeune fille remplit celle d'Edouard Larsan. Le souvenir de cet
” FR alter D'ART ATEN et : 1 ? Toi Ne AN a) PSN Et TVA ps f ae ur LA ci pas A eee Frot ire *
amour endeuillant ce visage la lui rendait plus désirable, plus chère.
Oh! quelle félicité serait d'effacer cette triste histoire de ce jeune cœur pour y faire refleurir
un peu de joie, pour la rattacher à la vie à laquelle elle ne tenait plus! Quel bienfait serait d'offrir un soutien, une famille, à cette étrangère à laquelle tout allait manquer!
Il n'osait point penser aussi combien serait beureux celui que Flor choisirait. Il l’aimait toute de pitié, de bonté, la voulant pour la voir sourire, pour la voir heureuse, des enfants dans les bras, pour qu’elle dise : mon mari, mes fils, ma maison, pour qu'elle ne se sente plus seule, pauvre « Fleur de l'air » à la merci du vent qui la fait trembler, de l’orage qui déracine ce parasite frèle et perdu!
En sortant de l'hôpital, la Jeune fille se dirigea vers l’hôtel de Rome, où Jean et sa femme étaient descendus. Repartantle lendemain, M"° Lucienne et Flor devaient aller déjeuner avec eux.
Laure attendait son amie sur le balcon. Lorsqu'elle l’aperçut, elle descendit l'escalier quatre à quatre.
— Je suis bien contente, Florette va! Ga m'a
porté bonheur de venir à Buénos-Ayres, dit-elle après l'avoir embrassée. Lysandre quitte la Banque! Il en a assez! !... Et moi, donc!!...
— Et pourquoi? hasarda M°”° Kerven.
— Pourquoi? Parce qu'il est excessif dans ses amitiés, parce qu'il a le culte de l'affection! Le gouvernement a brisé la carrière du colonel Remigio Brisson, un de ses amis, convaincu d’avoir conspiré contre le régime actuel. Et Lysandre n’a pas pu supporter cette injustice et les à tous envoyés promener! Voilà Lysandre, ma chère! Du reste, lorsqu'il a accepté la direction de la Banque, c'était par fidélité à la mémoire du pauvre Louis, pour continuer son œuvre, pour -que d’autres ne vinssent pas avec de nouveaux projets jeter par terre son ouvrage. Monter par amitié, redescendre pour la même cause, c’est bien logique!
Elle parlait, s'exaltait, « la petite mouche »; mais Jean ne disait rien. Il connaissait trop son frère et parfois le jugeait sévèrement. Il savait bien que Lysandre n'avait pas l'intelligence nécessaire, ni l'amour du travail de son prédé- .cesseur pour diriger un établissement de cette importance. Jean comprenait que son frère dis-
paraissait avant que l’on s’aperçüt de sa nullité, ayant trouvé — pour se retirer — cette explication chevaleresque, trop moyen âge pour que les intelligents puissent y mordre.
Réellement, la tâche était trop lourde pour Arteaga. Tant de tracas! tant d’écritures! Il valait mieux s’en tenir au rôle de mari de femme riche, être administrateur de ses biens, maître de maison, commandant des fêtes et Les organisant. [1 y avait encore moyen de se mettre au-dessus de bien des gens et de les dominer. Décidément, il ne le pouvait pas par l’intellisence. L’atavisme, une fois de plus, confirmait ses théories connues. Ses ancêtres n’avaient pas eu lé cerveau développé peu à peu par l’instruction ; 1l s'en ressentait. Jean lui-même, malgré toute sa bonté et une certaine intelligence imaginative, n'avait jamais pu s'astreindre aux études sérieuses. Lysandre était peu fait pour la quiétude du cabinet; sa force robuste demandait à s'épancher au dehors. Toute initiative lui pesait, si ses passions ne la lui suggéraient pas.
— Allons! chacun à sa place : les bêtes aux champs! pensa la douce Flor devenant cruelle,
Le docteur Larsan, fidèle à son idée, se pré-
POUR TES on PANNES ‘ de Le À ÿ HAT NrIVUE ART
ŒHÉBUR DE D'ALR 7 231
senta le même soir à l'hôtel pour voir Jean Arteaga: mais la petite famille se trouvait au théâtre. Il eut plus de chance avec le docteur Linden, qui s’en allait au club, et ils causèrent en Chemin.
En deux mots, Édouard le mit au courant. Il fallait retirer ces deux femmes de la solitude où elles se trouvaient, combiner quelque chose.
— Ce serait plus simple de demander Flor en mariage, dit avec bonhomie le docteur Linden.
Le jeune médecin rougit.
— Mais, docteur, pourquoi voulez-vous... ?
— Vous en avez une envie féroce... Alors, cet intérêt.…, C’est seulement parce qu’elle est collègue ?
— Qu'importe le motif, docteur? Offrez, et devous, elles accepteront toutes Les propositions.
— Je n'en vois qu'une. Je fais déménager mes voisins et j'installe mes amies. On perce le mur; on fait une porte; mes enfants s’en vont Jouer [à quelquefois. Jy vais aussi de temps en temps fumer une cigarette. Je ne suis pas né orateur ; Flor fait mes discours. Elle écoute les récits de ma mère et devient patriote. Tout le monde y
gagne... Et comme vous êtes aussi un brave gar-
con, Je plaide votre cause, et avec le temps...
— Si c'était possible !.…. |
— Vous voyez bien! J'avais raison, vous avouez.. Ah! je suis content pour elle! Mais puisque vous en êtes là, il est bon que je vous mette au courant...
Et sachant à qui il le confiait, le docteur Linden lui fit part des doutes de la pauvre enfant concernant la cause de la mort de Louis Mendel. ae
Tout troublé, Édouard rentra chez lui et se prit à réfléchir.
— Je n'aurai rien à espérer, pensa-t-il, tant qu'elle ne sera pas certaine. Il faut qu’elle trouve le coupable, et ensuite qu’elle pardonne. Ce doit être très difficile... presque impossible !.…
Mais ses réflexions durèrent peu.
— Il est bientôt une heure du matin, Edouard, tu n'y penses pas! dit une Jeune fille d’un ton fâché, en s’avançant vers le jeune médecin.
— Il est bientôt une heure du matin, Blanche, tu n'y penses pas! reprit son frère en imitant sa VOIX.
— Je t'attends, voilà !
— Quel esclavage! Si j'étais marié, cela ne
serait pas plus terrible. Ma sœur ne se couche pas, parce que Je ne me couche pas. Ma sœur ne dine pas quand je ne suis pas là; Blanche, c'est mon ombre.
— Heu !... Je [Le voudrais bien...
— Il ne manquerait plus que ça!
— Tu es tout le temps dehors. Ta vie est toute
prise, il en reste très peu pour moi. Le matin, c'est l'hôpital. Tu arrives; tu empestes Le chlo- roforme, l’acide phénique, mais je ne dis rien. Tu manges à la vapeur, absorbé, causant à peine, et vite : à la consultation ! Et [à ce sont des dames: comme ça et comme ça qui te retiennent des heures!
Et comme il riait :
— Oui, des heures. J’enrage. Jaime mieux voir des hommes ici. C’est tout de suite fait; eux ne s'évanouissent pas.
— Quelle erreur! Bien plus que les femmes, au contraire.
— Et alors, pourquoi faut-il à chaque instant appeler le domestique pour soulever madame, lui jeter de l’eau, etc.
— Parce qu'elles font de petites grimaces..……
— Pour te prendre au piège, mon bel oiseau,
Tu es un joli parti, un gentil garçon, et c’est très doux pour ces malades d’avoir un confesseur aux yeux noirs bien vifs, un confesseur qui n’a pas fait de vœux, et se ‘croit obligé de soigner le moral, de consoler, d'écouter. Tu ris, tu te moques? C'est bien çà, va, fit-elle avec une moue. ù
Il attira à lui cette tête brune ondulée.
— Tu es jalouse, jalouse de ton frère ! Est-ce croyable ! |
— C'est vrai! c'est vrai! Quand tu seras marié, Je serai toute seule! Qui m'embrassera, me caressera, me dira : « Ma petite Blanche » ? Personne !
Des larmes brillèrent dans ses yeux.
— Blanchette! dit le frère ému, tu es une grande enfant! Je voulais te marier avec un col- Jègue, mais Ça ne:se-peutpas tu es trop jalouse. Tu écouterais derrière les portes, tu regarderais à travers les persiennes; tu pleurerais de rage, si la cliente restait longtemps. . — Probablement. Oh! tu as raison; tu dis la vérité en voulant badiner. Je ne veux ni d'un médecin, ni d'un avocat. Les premiers reçoivent les hystériques, les sentimentales voulant se