FRERE
la pince à pansement — semble une gueule de crocodile; les sièges hideux où l’on se trouve tout à coup renversé, couché, assis, la tête en bas ; les récipients de verre terminés par un tube en caoutchouc destinés à vous gaver d'eau stérilisée pour vous stériliser à votre tour, et tout l'appareil tortionnaire moderne.
Elle n’entendit pas Blanche, venant à pas de
loup, regarder curieusement la figure de son frère.
Admirez, ma chère Flor, dit la jeune fille, ce sont les objets du culte... que vous avez embrassé. Tous vous disent : « Vive l'audace, grâce à l’antisepsie! Guerre aux microbes! »
Pauvres microbes, essentiels, indispensables, dans toute vie complète et bien ordonnée, vous nous reviendrez, oui! Ceux qui vous chassent aujourd'hui, iront demain vous chercher! Vous êtes nécessaires aux phagocytes comme le mouron aux pelits oiseaux. Déjà ces gloutons meurent de faim et vont se dévorer entre eux : la cellule mange la cellule! !...
— Blanche, Blanche, je fermerai ma bibliothèque! : |
— Trop tard, mon beau brun. J'en ai appris de drôles là-dedans!
Elle se sauva, en éclatant de rire. Flor suivit d'un regard caressant l'imaginative personne, la joie et le rayon de soleil de cette demeure solitaire.
— Don Eduardo, lui dit Flor, maintenant que nous sommes bien seuls, lisez cette lettre; Je viens de la recevoir.
Entre eux il y avait ce secret, et un secretilie toujours un peu. |
Lorsqu'il en eut achevé la lecture, il vint à elle, loin des portes à la file indienne.
— Ce Jean est admirable! Et penser qu'il a pour frère un si triste sujet! |
— Hélas! Cependant, après cet effort surhumain, il faut bien que je lui...
Les larmes vinrent à ses yeux.
… Que’je lui pardonne! balbutia-t-elle.
Et comme si l'effort avait été trop grand, elle chancela presque. Edouard la soutint. Elle appuya le front contre son épaule, pensant à ce qu'elle venait de promettre mentalement à l'ami absent. |
— Consolez-vous, enfin Anita, lui dit-il avec tendresse — oubliant de l'appeler mademoiselle. — Écoutez Jean, au moins. Son amitié
donnant beaucoup, peut demander beaucoup!
— Et je lui donne beaucoup! reprit Flor d'une voix grave.
— J'avais pensé qu'un jour arriverait, où je vous aurais ainsi, vous appuyant sur moi, cherchant la confiance et la paix dans la vie, au lieu de votre décourageant pessimisme, ennemi de votre jeunesse. Votre existence bouleversée est un peu comme un naufrage, où celui qui va périr cherche la planche secourable, qui doit le
sauver des flots. |
Elle se redressa et lui dit franchement — ces
deux êtres si droits ne sachant ni mentir, ni tourner les difficultés, selon l’habitude mondaine :
. — Je le sais! Je n'aurais qu'à étendre la main...
— Oui, Anita... quand vous voudrez. Elle trouverait de suite son soutien. |
Flor ne parla plus, redevint souriante et alla rejoindre les autres dans la salle à manger,
Ils dinaient ensemble pour la première fois, et ce fut d’une douce intimité. Lucienne rayonnait, faisait presque les honneurs, se laissait taquiner par Blanche, au septième ciel. Édouard, ner-
veux, ne trouvait rien d'assez beau, d'assez soigné, la table trop simple, trop crolla. Il eût voulu pour cette fille exquise, assise à ses côtés, de la vaisselle d'argent ou de vermeil, des buires antiques avec des vins très vieux, des raffinements de princes, inconnus à ces tables frugales, autour desquelles les étrangers seuls sont les gourmets. Et Flor, très dignement, se laissait servir, aduler, par ces trois êtres la regardant comme une reine, de laquelle on attendait tout. Elle lisait dans les yeux de Lucienne : « Si tu voulais, nous serions tous les jours ainsi! »
Dans ceux de Blanche : « Décide-toi, puisque je m y suis résignée moi-même. Est-ce bien mar-
tyrisant d'épouser mon frère ? » 30
Et dans ceux d'Édouard tant de choses!
- Quelques jours après, M'° Lucienne, pendant l'absence de Flor, reçut un messager envoyé par M”° Linden. Cet homme leur raconta que le docteur avait été arrêté à Catamarca et enfermé au Cabildo. Ayant pu réussir à gagner la sentinelle, il venait de s'échapper, quand une pluie de balles, brisant les carreaux de l’étroite
fenêtre, tomba sur son lit de camp où ses habits
étaient disposés, de manière à laisser croire qu il reposait.
.M°° Linden demandait à Lucienne — au nom de son fils — le portrait de son neveu défunt pour le placer dans la salle du Club radical du
Rosario. Il espérait stimuler l'énergie par le ; souvenir de celui qui savait si bien autrefois la communiquer.
L'envoyé leur apprenait aussi que les colons — outrés par les nouveaux impôts sur les céréales — marcheraient avec les révolutionnaires contre le gouvernement,
Tout émue par ces nouvelles, Flor, le soir de ce même jour, se dirigea vers la maison, où de fidèles amis donnaient l'hospitalité à la vieille dame.
La porte en était ouverte. Elle vit entrer deux messieurs. « Je tombe mal, pensa-t-elle, il y a des visites »; mais ne voyant point de domestiques, elle entra, sans appeler, comme ceux qui l'avaient précédée.
A qui demander sa vieille amie? Toutes les portes des appartements donnant sur le premier patio étaient closes. |
Bien mieux, la maison semblait avoir été subi-
tement abandonnée. Une pièce seule était éclairée; Flor en vit sortir un des chefs du parti radical et entendit le bruit de là porte de la rue, quil refermait. :
Point de doutes. Une réunion politique se préparait, et par délicatesse ou par prudence, les maîtres de la maison, ce soir-là, avaient laissé la place libre.
Flor prisonnière, se trouvait assez mal à l'aise dans la cour sombre, où elle pouvait être prise pour une espionne, quand une voix sonore, retentissante, trop connue, lui donna le frisson!
Il était donc là, Lysandre?.…
La jeune fille eut peur. Une rage la poussa un instant à entrer, l’excitant à dire à ces convaincus, à ces fanatiques, idolâtres de leur patrie :
— Défiez-vous! défiez- vous ! Cet homme, radical avec Mendel, sa victime, devenu le serviteur du ministre Laro, ami du gouvernement revient à ses premières amours. Est-ce un caprice d'homme oisif, une occupation d'avocat sans cause? Ah! éloignez-le de vous, il porte malheur !..
: Flor réfléchit. Quel but tentait Lens
Pensait-il à la souffrance humiliante de son pays? Une rafale généreuse de liberté pour lui l'avait-elle grisé, et se trouvait-il là en repentant?
Non, il n'y avait chez Arteaga aucun réceptacle assez digne, pour un sentiment si sublime. En supposant qu'il eût aimé « la jolie petite mouche », où donc avait-il placé cette tendresse? Au milieu de ce moral souillé, où s'était abattue cette innocence ?
Que serait-ce alors? L’ambition? Mais, malgré le sacrifice de leurs vies, les radicaux pouvaient être vaincus. Devant les troupes de ligne, disciplinées, aguerries, pourraient-ils résister? La naturelle félonie d'Arteaga ne le poussait-elle pas toujours du côté du plus fort?
Eh bien! quel motif donc?
Une réflexion subite suspendit sa marche distraite. Elle répondit à sa propre pensée par un « oh! » d’épouvante. Son cœur battit violemment; ses jambes tremblèrent. Elle s’assit sur une marche de marbre, se sentant défaillir, presque sûre d’avoir deviné! l
Et cela lui sembla tellement monstrueux, tellement épouvantable, qu’une douleur physique
martela son cerveau; devant ses yeux, des lueurs bleues et des points d’or l’empêchèrent de voir;
ses mains devinrent froides, puis le patio, le
ciel, l'escalier de service montant sur l’azotea
(terrasse) se prirent à tourner, tourner, et Flor crut un instant qu'elle allait s’évanouir.
Quand elle se sentit plus calme, plus Etes elle se leva. Les ombres passaient et repassaient derrière la porte vitrée. La réunion allait finir; les voix parlaient plus haut; mais celle de Lysandre les dominait toutes, et chacun de ses éclats semblait à la jeune fille les coups d’un tocsin — appelant au péril — tocsin dont le battant frappait sur son cœur.
Elle se rapprocha et regarda. Flor connaissait presque tous les conjurés et ne voyait pas la physionomie de Lysandre. Assis devant une table, Le dos tourné à la porte, il semblait écrire,
Au même instant, il se leva et dit, en prenant son chapeau :
— Bueno, amigos, envoyez donc l'ordre que.
les colons attendent. Ce matin, à cinq heures, ils peuvent partir avec le wagon rempli d'armes. Et nous!... chacun à notre poste! Demain soir, nous serons là-bas !... |
LE RS 6 RÉ EN NE nt Ge A ER LE ANGES RE ES SAT QUE TE jar SU Tu ca ane à #1 HET f N
Flor courut vers l’escalier de fer, montant aux chambres de bonnes. Deux fois elle faillit tomber, tant son émotion était forte.
Poussant une porte qui résistait, elle entendit du bruit.
— Ouvrez vite, dit-elle, c'est une amie de M° Linden.
La femme de chambre en jupon, stupéfaite, reconnut la doctora qui l'avait soignée à l’hôpital.
— M°”° Kerven!
— Oui, moi... Gardez mon chapeau. Donnezmoi votre châle... Là, c’est bien.
— Mon Dieu, mademoiselle !...
— Taisez-vous... et demain ne dites rien à personne. Une chose grave.
Les radicaux se retiraient avec prudence, mettant un certain temps à sortir, l’un après l’autre. Ce fut miracle que Flor pût s’élancer sur les
pas de Lysandre sans être aperçue.
Il était deux heures du matin; peu de noctambules passaient dans la ville sage. Cette nuit d'été — sous ce ciel, si riche en étoiles — conviait à la Joie. La terre énervée par la chaleur du jour — bien qu'on fût en novembre —
goûtait la fraicheur de ‘cette heure, dans un silence langoureux de créole lassée.
La silhouette que suivait la jeune fille l’empêchait de jouir de ce calme, troublé de temps en temps par les sifflets des vigilants (agents de police), qui s’appelaient de cuadra en cuadra. Flor, par moments, se sentait faiblir ; la peur lui venait de ne pouvoir suivre Lysandre jusqu'au bout. Et pourtant, il le fallait! Artéaga avait dépassé la rue où 1l demeurait; il n'allait pas chez lui! |
A cette constatation, confirmant l'horrible doute,\ le cœur de la vaillante fille eut un brusque sursaut, puis s’arrèta;: son pouls se fit imperceptible, les petits points d'or faillirent encure se confondre avec les étoiles!.…
Oh! avoir la force de le suivre! Mais elle fut obligée de ralentir le pas, n'en pouvant plus, étouffée par-son cœur fou.
Dans une maison de superbe apparence, haute de quatre étages, d'architecture cossue et mignarde, Arteaga. venait d'entrer, sans avoir. sonné. On l’attendait, sans doute!
L'espoir de la jeune fille'se trouvait déçu. Elle avait cru pouvoir rejoindre Lysandre avant que:
VE CEUR) DB TPAIRE 312
la porte ne fût ouverte... Et pas même de nom sur cette porte lourde, en cèdre sculpté! Le président de la République demeurait plus loin, le ministre des relations extérieures — elle s’en souvenait — restait avenue Alvear, celui des... - Mais le vigilant venait vers elle et lui disait avec rudesse :
— Circulez! circulez!
— J'attends quelqu'un, murmura Flor.
— Ah! vous attendez? fit-il en ricanant. Sa face jaune crut dessiner un sourire et ne réussit qu'à rendre plus hideuse et plus cruelle sa figure d’'Indien, à tête de fœtus humide ou de chien mouillé. |
— Circulez quand même, caramba! on ne stationne pas devant la maison du ministre de la guerre!
Ni le bruit diseret et élégant de ses jupes de -soie, ni la sveltesse de l’aristocratique taille, se dessinant sous le châle que Les bras serraient, ni les cheveux blonds en buée, tremblant au doux vent de la nuit, n’attendrissaient ce fils de cannibale et de chrétien.
La porte s’ouvrit; une ordonnance passa, ‘se
frottant les yeux. | | 21
— Holà, amigo, où vas-tu? demanda l'Indien.
—— Au télégraphe et chez le président, à cette heure ! | |
— Ouvrez-moi donc, dit la jeune fille au domestique. Le docteur Arteaga m'a donné rendez-vous chez M. Laro, et ils m'attendent.
Plus compétent que le chino en élégance et en distinction, sans hésiter, il ouvrit poliment la porte, avec un sourire malicieux. |
— Allez! allez, dit Flor, ne m'annoncez pas, je connais le chemin,
La jeune fille montait — sans courage maintenant — l'escalier monumental, titubant à droite, à gauche, et se sentant tout près de défaillir.
«Oh! pensait-elle, cette dépêche qui s’en va! oh ! les pauvres colons étrangers, arrivant pleins de bravoure, et attendus, tués comme des bêtes d’abattoirs! Oh! l'infâme trahison !! »
Elle arrivait au palier de marbre, entre les lions froids paraissant de neige, et ne savait encore ni ce quelle allait dire, ni ce qu’elle allait faire.
Un étroit rayon de lumière — comme un trait de phosphore — brillait sur le marbre. Flor le
suivit. Il venait de l’imperceptible ouverture d'une portière, qu’elle souleva. Le ministre et Lysandre stupéfaits, la regardèrent.
Tandis qu'un sourire énorme — à la Gargantua — coupait en deux la respectable figure de Son Excellence, Arteaga, épouvanté, touchait le bras de la jeune fille, croyant à une apparition.
Et comme M'° Kerven, d’une voix creuse, lui disait :
— Je viens toujours à l’heure du remords, Arteaga! il devint blôme.
J'ai à vous parler, poursuivit-elle, descendez; monsieur le ministre m’excusera.
S'il l’excusait ! Je crois bien. Ah! la délicieuse fille dont le châle noir venait de glisser! Comment, Arteaga la connaissait et n’en avait rien conté aux amis! [l l’avait trompée probablement, puisqu'elle l'avait relancé jusque-là, de si rude manière. Ah! s'il voulait la lui céder! Elle serait son rayon bleu, ce rayon fortifiant, indispensable aux neurasthéniques. La robe rouge de Richelieu l'avait épuisé, dans des envolées parnassiennes, trop violentes. Apparue au déclin
d'une nuit, comme une aurore — il assoirait
cette vision sur un nuage blanc, vêtue de ciel, les pieds dans le bleu, la tête blonde illuminée d'un peu de soleil.
Ah! ce type exquis, gracieux, l’avait-1l longtemps cherché!
Il le reposait des profils grecs, des beautés classiques sans défaut. Certes, il en avait assez de ces figures régulières, n'évoquant aucune pensée neuve, émotionnante, chez ce blasé, que la lillérature du pays des fiords et des icebergs avait congelé.
La Française pâlie n’avait rien de ces beautés impeccables, et elle avait bien plus, avec sa physionomie immatérielle de rève, avec la diaphanéité de sa peau, que le sang — pauvre de force, mais riche du passé — colorait à peine. Ses yeux étaient couleur du Tage, et grande, elle avait les membres longs des statues, faits” pour les mousselines enveloppantes et les soies molles. Le croisement des races n’avait pas. modelé son visage. Elle semblait, au contraire, l’image d'une race qui s’en va à tired’aile, portant une lueur d'intelligence subtile et une douleur ineffable dans la suavité de ses traits. |
— Mademoiselle, dit humblement Son Excellence, asseyez-vous. !
Il ne trouvait pour lui offrir ni l’escabeau ancien des reines mortes, ni le nuage, ni le trône qu'il eût voulu. Là-haut, sur le vitrail obscurci par la nuit, Ophélie offrait de la main une place ASASŒUr, . Lysandre vint troubler cette extase.
— Tout est convenu, amigo? dit-il ennuyé.
— Non, rien n’est convenu, corrigea la jeune fille d’une voix sifflante, rien, monsieur! Cet homme est venu ici pour vous tromper, Excellence, et vous donner de fausses nouvelles. Il est payé par les radicaux! |
Lysandre la regardait d’un air qu'il voulait rendre dédaigneux.
.— Amigo, n'en croyez rien. M°° Kerven divague, sans doute. Elle croit à tort que nous nous occupons de politique.
— Oh! Excellence, je vous en supplie, démentez la dépêche que vous venez d'envoyer!
Il est encore temps! Cet homme a menti!
Il lui aurait obéi, ce littérateur, vivant si peu de la vie réelle, type dégénéré, anémié, produit très rare d'une nouvelle race, germe lardif
Br
d'une vieille semence où revivait — avec ses névroses — quelque lointain aïeul.
— J'ai tout entendu, poursuivit-elle, en s’approchant du ministre, et j'ai su ainsi qu Arteaga venait chez vous. Les troupes du gouvernement quittent le Rosario, croyant aller, par | votre ordre, au-devant des colons. La ville restera sans défense et elle sera prise. C’est le plan des radicaux... croyez-moï... et sans contreordre, vous serez vaincus... Excellence!
Ah ! n’écoutez jamais Arteaga! Quand il parle, il ment! Ne le regardez pas; s'il se tait, ses yeux mentent encore. Quand'il badine, qu'il joue, qu'il presse votre main, qu'il vous serre dans une fraternelle accolade, ne répondez pas à son sourire, à sa feinte tendresse, 1l ment!
Il ment à l’église, quand il prie, monsieur le ministre. il ment aux femmes dans le salut respectueux, qu'il accompagne d’un regard impur.….
De toutes les nationalités implantées dans l'Argentine, il a pris les défauts, n'ayant aucune qualité de la sienne... le squelette seulement. Ah! vous ne savez pas tout ce que cet homme a fait! et je ne peux pas... je ne peux pas.
Mais Flor souffrait; à bout de forces, elle toucha son front, chancela et perdit connaissance. Elle était trop délicate, trop faible pour de telles secousses.
Pieusement, le ministre l’assit et balbutia :
— C'est votre faute, Arteaga. Ah! vous êtes un traître !.. Ah! les radicaux vous payent !...
Lysandre haussa les épaules. :
— Et vous l’avez crue! C'est la fiancée de Mendel, amigo! Depuis sa mort, elle est devenue folle ou à peu près, tout le monde le sait. Radicale enragée, ne rêvant que complots et trahisons, elle est très compromettante. Je l'ai laissée parler pour ne pas l’exciter davantage. IL faut l'emmener au plus vite! je m'en charge.
— Non! non! Je vais faire atteler!...
Lysandre perdait patience.
— Alors, reprit le ministre, vous dites qu'elle estfolle? C’est bien dommage!.. bien dommage...
Il admirait encore la tête inerte, appuyée sur son bras. :
— Amigo, il vaut mieux que cette jeune fille reprenne ses sens chez elle. En la gardant davantage nous nous exposons.. et hâtons-nous, car Je dois partir pour le Rosario.
À force d'arguments, le ministre laissa Lysandre soulever Flor, la prendre dans ses bras. En descendant l'escalier, M. Laro éclairait cette figure idéale et analysait une sensation nouvelle, lui faisant croire que cette jeune fille était morte ét qu'ils l'emportaient au caveau.
Deux cents vers, d’un seul jet et d'une merveilleuse inspiration, furent la conséquence de cette secousse.
Quand M. Laro en écrivait la dernière ligne, le mot de la fin, le soleil se levait, inondant de rouge les mains de son Excellence. Et les colons là-bas se mettaient en route!!
Les Larsan avaient choisi un jour de la semaine pour renouveler ce dîner de l’autre soir, et resserrer leur amitié. en lui donnant un caracière plus familial. |
Mais le matin même du jour où Blanche attendait, M"° Kerven parut, agitée, pâlie, une. valise à la main. |
— Je vais au Rosario, leur dit-elle, pour rejoindre les membres de la Croix-Rouge... je crains des malheurs.
— Ne partez pas seule, mademoiselle Kerven.”
Je vous accompagne. Entre collègues comme nous, ces choses-là se tolèrent.
— Merci, don Eduardo. Je n’osais pas vous le demander. Blanche, vous garderez Lucienne?
— Avec beaucoup de plaisir, répondit la jeune fille, pensant que ce voyage valait encore mieux
que le diner, quant aux résultats.
- Après leur départ, comme M°° Lucienne
voyant sa compagne énervée et tapant du pied
LE
plusieurs fois dans la Journée lui en demandait
la cause :
— Malgré moi, mademoiselle, oui, bien malgré moi, croyez-le, je me surprends à dire, — et j'en suis en colère, car J'ai bon cœur — : « Bénie soit la Révolution ! »
Et toutes deux se comprirent.
Dans les rues du Rosario, on voit maintenant le spectacle affreux résultant des luttes intestines et des tueries savantes de l’homme, qui, grâce à sa civilisation, sait rendre la mort prompte et facile et la naissance de plus en plus difficile. | :
Mourants, blessés, amis, ennemis, exhalent leurs plaintes douloureuses dans de dernières convulsions. |
Le carnage cesse, ayant atteint son paroxysme sur les colons, l'ennemi admettant de combattre ses frères — triste préférence! — mais pas des. étrangers. La trêve est proclamée enfin, trop. tard pour les corps à terre. Des étudiants det
médecine, quelques sœurs, des infirmières passent, se penchent, lasses et pâles, les brassards marqués de la croix.
— Des Suisses, des Français, des Belges, dit un soldat qui passait. Pourquoi se mêlent-ils de nos querelles ? |
— Ils ont leurs convictions comme nous; ils obéissent au même joug..., répond son compagnon.
— Que ne sont-ils restés à travailler leurs champs !
Le courage est admirable partout où il se trouve! Ils meurent pour ton drapeau et pour le mien. Braves! je vous salue !.…
Du milieu de cet amas sanglant, un homme cherche à se soulever, Péniblement, s’aidant des mains, car ses jambes paraissent insensibles et nagent dans le sang, il parvient à s’asseoir, Son visage se teint du vert précurseur de la mort. Il délire, et l'œil gai se voile; il sourit, mais ses lèvres s’affinent, se resserrent, se décolorent, et il chante, au moment où il devrait pleurer cette vie qui l’abandonne :
Amour sacré de la patrie Conduis, soutiens nos bras vengeurs!
Sa voix tremble, éraillée, lamentable. Cette
voix qui s'éteint, saluant sa patrie en ces vers, fait ressortir l'ironie de son sort : il meurt pour ur AUtTEN:e
Les deux soldats, ses ennemis il y a une heure,
se retournent, émus, pour le regarder, et s’éloi-
gnent.
Mais venant du Cabildo, Lysandre Arteaga et
son escorte débouchent de la place principale. LL
est tranquille au milieu de ces colères, très fier de son rôle, et passe superbe, satisfait de lui-
même, l'œil hautain, les moustaches fines, soi=
gneusement raidies à la Napoléon HIT. Il vient
de parlementer avec les délégués du gouvérne-
ment au nom des radicaux...
__ Voici le gouverneur! crie le moribond,
voyant un homme si imposant. ...Gare à Guil-
laume Tell !..
Il saisit son Hole qu’il peut à peine sou-
lever, et tire. Un soldat de l’escorte tombe. La.
seconde balle frappe Lysandre et le tue net. | Oh! pauvre « petite mouche !... »
— Touché! murmure le colon avec son calme d'irresponsable. Le gouverneur ne pensera plus
à l'impôt! #
HN AR di Pr Le Dé de dt
FHÉFLEUR DE L'AIR. 325
— Ah! canaille! assassin ! gueux d’étranger, * voilà pour toi! vocifère un soldat se détachant du groupe. | | | Et d'un coup de revolver, il achève son | agonie.
Les médecins accouraient à Lysandre et au soldat. Edouard Larsan allait au meurtrier, tâtait le pouls, touchait le cœur; c'était fini.
Et comme il l'avait fait pour tous ces cadavres, relevant leur nom, recueillant les derniers souvenirs qui pouvaient ètre chers aux familles, il prit le portefeuille usé du Français. Soudain, il pâlit de surprise, regarde ce corps aux vêtements de miséreux, aux longs cheveux peu soignés, rares et gris, à la barbe emmèêlée, au visage de blond. | n Lu colonel venait vers lui. Edouard, vivement, cache le portefeuille.
— Docteur, quel est cet homme?
| — Je n’ai pas pu l'identifier, mon colonel. Il pr a sur lui aucun papier.
— C'est ennuyeux. Est-ce bien l'assassin d Atteaga?
— Lui-même.., mais qu'importe son nom, puisqu'il est mort! Cet homme délirait.. il a
326 “ FLEUR DE L'AIR frappé en fou, et chantait la Marseillaise, il y à un instant. — Docteur, remarquez la bath de ses.
mains. Ce n'est même pas un colon, © ‘est un fai néant, un a/orrante.. = Sur cette oraison fe le colonel on i4 dos. | Fe Pieusement, Eduardo joignit les mains du.
cadavre sur la poitrine, puis appela les brancardiers. En le soulevant les jambes oscillèrent comme des battants de cloches. Coupées toutes. > deux à la même hauteur, elles tenaient seule ment par des lambeaux de chair. ra — Monsieur le docteur... presque tous ces colons sont mutilés ainsi. Ils arrivaient de leurs colonies, conduisant un wagon d’armes. Nos soldats n'en ont fait qu'une bouchée, et. le: 3 train aura passé sur les blessés, Les achevant… On les a rejetés sur le côté pour déblayer la voie. En effet, ayant regarde les rails, Le docteur
détourna les yeux. FES “Par là-bas, Flor venait vers Are Instinetive= | ment, le jeune homme se placa devant le COTPS.. 5
— Ne le cachez pas, j'en ai vu bien d’autres,
$ r . Lg ALERTE 2 et un de plus! Oh! ajouta-t-elle horrifiée, ils. SA s . S "A
on ‘ont pas fait EE voyez comme ils le mettent! .
Les la surchagés de besogne, l'avaient placé sur la civière, la pointe des pieds vers le sol, les talons éculés en l'air. Le mort, difforme, macabre, semblait tordu.
Le docteur prit une jambe et la retourna. Flor allait saisir l’autre.
— Non! non! je vousle défends, mademoiselle Anita. Voilà pour vous des Journées affreuses, Aujourd huimême, vousdevezvousen retourner!
— Alors, venez, nous partirons ensemble.
4h en ai assez, en effet.
Partez avec les autres, mademoiselle Anita.
Beaucoup de ces morts n’ont pas de famille, je
veux les accompagner au cimetière. .
__ — On leur fera des obsèques grandioses, don Édnardo. Ilsne s’en iront pas seuls et on les pleu-
rera! On les aimait tant, les révolutionnaires!
— N'insistez pas, amiga. Je me prive d’un
| grand bonheur en vous laissant revenir seule; et
même mieux, Je crois manquer à mon devoir; mais Je dois en accomplir un autre.
— Alors. adieu! Tout ce que vous faites,
Edouard, est noble et bien.
Elle serrait sa main tristement, quand ils avi sèrent une femme anxieuse, regardant à terre les corps étendus et portant des bouquets de violettes. :
Il alla vers elle, en prit quelques-uns, et dit à la-jeune fille : | |
à ce mort... C'était un de vos compatriotes... un Français...
— Donnez-les
Elle plaça les bouquets entre les mains jointes et, s'inclinant, baisa le front en écartant les mèches grises.
Ælle se retournait et vit Edouard les VouUx pleins de larmes.
: — Oh! qu'avez-vous?
— Un peu d’énervement. Je suis brisé... et, partant, peu courageux. À
Mais ces larmes, dans les yeux d’un vaillant, L avaient encore plus attristée.
— Je reste, moi aussi, dit-elle, nous nous en irons ensemble. ee
— Vous n'en ferez rien... Anita... Si vous | m'aimez... un peu, vous obéirez! 330
Flor, à ces mots, sentit son regard devenir dur, baissa les yeux pour ne pas qu ‘il les vit. Et tout : doucement, elle dit, après un effort :
COFREUR DE L'AIR 329
: — Alors... alors, je m'en vais!...
Eduardo Larsan a fait enterrer seul et seul a suivi le corps de l’homme qui frappa Lysandre. Sa tombe, par ses soins, est entourée d’une grille de fer forgé, son nom gravé sur une croix de marbre. Jamais, plus qu aujourd’hui, il ne s’est incliné devant ce Dieu qui conduit les événements. Il sent sa main tellement justicière, tellement vengeresse, qu'il se tranquillise seulement à la pensée que sa vie est pure de toute faute, et qu'elle protègera Flor.
Lorsque Anita était enfant, il n’a pas entendu, lui, comme les autres, la voix implorante de la mère et de l'épouse délaissée, demandant aux colons : « Connaissez-vous un Breton, d’une trentaine d'années, se nommant Kerven ? »
Et c'est à cette pauvre femme qu'ils penseraient — ceux-là — en lisant sur cette tombe : Antoine Kerven, né à Kerhouart (France).
Décédé au Rosario en septembre 1893. »
Edouard repart pour Buénos-Ayres, se promettant que Jamais personne au monde ne saura qui, dans le délire de l’agonie, a rendu veuve [a « pauvre petite mouche ».
M Mado te . . Eduardo.
salon ; demande à vous père
+ « Moi aussi, je lui parlerai, a jourd’ hui même, maintenant ! Jean, j tenir la promesse que je vous ai ï faite dar : ue ce mon âme !. ne te
vient + si pales si Fe . L flamme
ee bougie crépite le souvenir ne
C est in 4 n ‘en reste vien Re
| est, tout j pour celui qui est ha: la
LRASRE 2 vie ! Lee
Et Flor sent aussi que pour elle il n’est rien autre chose qu’un brave garçon, qu’elle estime et qu’elle aime... mais pas d'amour !..
N'importe ! Le grand portrait n'étant plus en face d’eux, elle croit pouvoir dire tout...
Bon ami, bon ami, accourez à l’aide de la à petite fleur que vous avez recueillie, S0IÈnrR et qui souffre pour se laisser aimer !.
— Excusez-moi, Anita, si je viens, vous sa-
chant seule, dit le docteur Larsan. J'ai des raisons pour vous faire aujourd'hui une demande, que j'aurais cependant voulu ajourner.. J'ex- pose peut-être mon bonheur à la faire si tôt. — Edouard, jé crois savoir où vous placez votre bonheur! Alors, attendez un instant, laissez-moi parler la première; moi aussi, j'ai à . vous dire quelque chose de très grave...
Une contraction plisse sa bouche, mais passe vite; elle baisse les yeux et ajoute doucement : + — Je voudrais prendre. pour toujours.
cette main tendue... qui m'a été offerte l’autre soir, re. |
0 Fort — .. Mais je ne serais pas loyale, si je n’a- vouais, Edouard, que vous méritez mieux que
moi! Votre amie a perdu l'enthousiasme de la : jeunesse. elle ne sera pas la compagne vaillante qu'elle aurait pu être... ayant trop souffert.… Elle aura besoin de tout ce qu'elle pourrait donner : force, courage, conseil. Elle sera pour vous, peut-être... Édouard, si vous la voulez encore, une très triste compagne !.….
— C'est comme cela que je l'aime. Que serait l'amour s’il ne protégeait, et quoi de plus doux pour moi que vous ayiez besoin de tout et que Je doive tout vous donner !... Là est la joie. ma chère Flor. | STATE
— Ensuite Édouard... oh! pardonnez la peine que je puis vous faire. 1l faut bien que je vous le dise! Je ne peux pas aimer la seconde fois comme la... première! | |
Elle ajouta PRE bas, d’une voix semblant un À pleur. :
— .… Je vous... aimerai loyalement, profon- … dément, vous admirant surtout... Je serai une femme fidèle...
Le reste ne s’entendait plus.
Le jeune docteur prit la main de sa fiancée et lui dit, ému : : |
— Merci, Flor, d’être venue à moi, la pre- »
.mière. Vous m'avez offert ce que je venais demander... et en cela, vous n'êtes pas comme les autres. C’est un charme de plus que je
trouve en vous et qui me rappelle la noble fran-
chise de Blanche.
… Je Sais comment vous m'aimez, Flor ;
rien que d'estime. Bien des hommes ne s’en
contenteraient pas, n'écoutant que leur égoïsme. Il me faut vous conquérir, chère âme. Oh ! ne
vous en défendez pas! Je le sais, je le sens bien ; mais ce peu que vous croyez me donner,
Flor, est iramense ! C’est le bonheur de vous voir sous mon toit, de vous protéger, de vous entourer de soins. et d'amour si vous le per-
mettez !
: — de le permettrai, Edouard, dit-elle en le regardant, émue de cette bonté jusqu'au plus
profond de son être.
Elle ne dit plus rien. Et comme, troublés tous deux, ils se taisaient, dans l'ambiance d’une gravité douce, peu semblable à la joie et à la passion illuminant d'ordinaire de pareilles scènes, Flor comprit qu'elle devait parler, car la tristesse maintenant les envahirait. Pour la chasser, afin que ce noble garcon qu’elle admi-
33% - . 4 FLEUR DEL re ds
rait partit tout à Mn neue la bonne créature [üt-dit.en se levant > : res — Edouard, voulez-vous embrasser votre fiancée ? Rd Transfigurée par son sacrifice, elle-même ouvrit ses bras, Et cependant ce lui fut une douce chose de sentir battre si fort, sous cette poitrine, ce cœur qu'elle troublait... et Flor sut gré au jeune homme d’avoir seulement appuyé les lèvres sur ses cheveux. Rs.
Et, chose étrange, lorsqu'elle revint dans sa chambre, les joues en feu, le Corps tremblant sous la fièvre de l'émotion, elle se prit : à sou- :
rire en pensant : à la joie des autres.
Elle était là, seule, pleine de pensées, régardant enfin devant elle avec plus de confiance, : songeant à la douce sœur que serait Blanche... n'osant pas songer au passé, de peur d’éveiller ‘les morts et les ombres jalouses. es
T— Mademoiselle, don Eduardo envoie “ceci, :
dit la bonne. , : È — Déjà! dit-elle, en prenant une lettre.
En ouvrant l enveloppe, un portrait attira son à
attention. Il était pâl, HA représentait une fillette de deux à trois ans, assise à côté d'un,
PHLEURCRE L'UR a.
lévrier, sa main, aux doigts écartés, étoilant dans une caresse, le front de la bête. Et comme * elle ne connaissait pas cette enfant, elle regarda au verso : « Anita — Kerhouart » lut-elle.
Vite, elle prit la lettre, cherchant l'explication.
- « Flor, ma chère fiancée,
Pardonnez-moi de raviver une douleur... au- jourd'hui! Je devais vous remettre ces souve-
nirs trouvés sur un colon, mort au Rosario. Il
sw
se nommait Antoine Kerven!... J'ai voulu de- mander voire main d'abord, pour ne pas vous influencer et profiter du triste privilège m'ayant permis de l'ensevelir moi-même. Pour le suivre, Je ne vous ai pas accompagnée en revenant du Rosario, ma pauvre amie. Une couronne de fleurs de l'air, encore en boutons, ornait une croisée. Je l'ai demandée pour un révolution-
maire mort, pour un colon français, el tout de
- suite, avec joie même, on me l'a donnée; elle
fleurira à côté de la mienne.
« Ma chère âme, que ce soit maintenant la
dernière -épreuve de votre vie! Pensez à l’ave-
nir…. il n'est pas triste, ma douce mignonne, car
: Nous ne savons pas si les féministes ont combattu quelquefois cette mode absurde, qui donne à la jeune fille, sitôt mariée, le nom et méme le
prénom de son mari; à tel point qu'il serait loi-
sible de dire — et le mercantilisme de notre temps excuse l’aigreur de la réflexion — que,
marchandise, elle est vendue; ou bien qu'’es-
clave, elle a pris la marque du maître.
La femme devient-elle donc si faible subitement par le fait du mariage, qu'elle ne puisse garder son individualité et. par conséquent son nom personnel? Epouse-t-elle une force qui l’annihile et l’absorbe, au point de substituer au nom indiquant le sang dont elle sort, celui d’un Are Na 0+ 29
2382 "6 FÉBUR DE PAR homme, hier encore inconnu, et dont le seul mérite est de l'avoir soumise, selon les lois de la. | nature? Re La coutume sud-américaine est plus douce et moins humiliante. La jeune fille ajoute le nom de son mari au sien, en le faisant précéder du : mot de, qui signifie : ferme de.. “ee Voilà pourquoi sur la plaque de cuivre, placée : en face de celle du docteur Larsan, on lit aujourd'hui : Doctora Anita Kerven de Larsan. Ce soir-là, dans le boudoir mauve rèvé par
Bianches les amis de ne causent uns
ee un fauteuil, ne cause pas et rève à des |
ds y QU
choses couleur de sa robe : toutes noires. Elle. £ est devenue la préoccupation de Jean.
De temps en temps, Lucienne et Blanche s
* lèvent, très affairées, inquiètes, comme si elles = | tenaient dans leurs mains le sort de la Répu- . blique, et, à propos de rien, elles se regardent et. s'embrassent. Ah! cette Blanche, elle possède tout ce qui manquait à Flor autrefois pour se. faire chérir de la vieille demoiselle : elle est de. sa race ! Et cela suffit. Eduardo aussi en est... et ils s'entendent, ils s'aiment! À
de
RS Ce R[EUR DE L'AIR” 339 |
: Dans la chambre à côté, Flor sommeille dans son lit. L'abat-jour répand une lumière rose très pâle, et le jeune docteur, assis près de sa bienaimée, contemple les deux êtres qu'il adore, car ils sont deux : Flor etun fils venu au monde il y à quelques heures.
La mère ouvre les yeux et prend son enfant. Elle l’admire, transfigurée, inondée d’une Joie curieuse, qui s'étonne d'elle-même et ne se connaît pas encore.
Vous souvenez-vous comme elle serrait autre- Lois sa filleule contre son cœur, et avec quelle passionnée tendresse elle disait : « Ma Jeanne ! » Et voilà que le sentiment maternel s'éveille enelle, si violent, si impérieux, qu'elle ne sait plus si c'estjoie ou souffrance, et soudain, s'évanouissent les douleurs, se taisent les souvenirs, et Flor oublie ce qui n’est pas lui et ne se rattache pas à lui !.
Alors, la re raÿonnante, avec une flamme, une fierté dans les yeux, la jeune femme se tourne vers son mari.
— Prends ton fils... embrasse-le... Il a fixé pour nr la pauvre « Fleur de Pair » recon- | nai issante !
visage db. jeune Da Elle ne Sa don.
so. un. seul. mais Edouard Larsan lit en sa récompense dans les yeux de sa chérie, c
rh e qui semblent les: portes. de son âme
Jean, ‘contemplez votre ouvrage et sa
bonheur de votre amie. “Pour être complet
HE
< manquait. Ja passion : elle est venue L..
| Paris, 1900.