Fleur des belles épées
a monture de cette admirable épée est de cuivre doré relevé de filets d'argent formant de petits rinceaux fleuronnés. Le fond sur lequel ils s'enroulent en ferme saillie est chargé d'émail translucide disposé alternativement par taches bleues d'azur et vert clair. Le centre du pommeau présente, dans une petite rosace émaillée de ces deux couleurs, cinq
points d'émail rouge rangés en cercle.
La longueur totale de cette arme souveraine est de 1 mètre 2 centi-
mètres 5 millimètres, depuis le sommet du pommeau jusqu’à l'extrémité de la lame, dont la
partie supérieure est, aux deux faces sur 27 centimètres, finement gravée et dorée. Ces gravures, dessinées pour être regardées la lame tenue la pointe en l'air, représentent au-dessus de cette signature : Opus Hero (ou Herc), des emblèmes et des sujets de personnages à l'antique surmontés d'un grand monogramme de César Borgia et des abréviations suivantes : Ces. Borg. Car. Valen.' — C'est-à-dire César Borgia, cardinal valentin. A cet ensemble, s'ajoutent les locutions latines : < Jacla est alea. — Cum nomine Cesaris, amen. — Fides prevalet armis; et ces deux mots de sens incorrect : Bene merent.… »
Si l'on songe à la considérable importance de ce fils d'Alexandre VI, de ce César Borgia bien trop aimé de sa sœur Lucrèce; si l'on se figure ce somptueux dont les chevaux de main étaient, aux fêtes de Chinon, ferrés d'or massif, on comprendra que son épée de parement, faite pour flatter tout son orgueil, représente à elle seute la perfection comme ouvrage italien de la fin du XV: siècle.
L'abbé Galiani, dans ses lettres à Madame d'Epinay — Naples, 2 octobre 1773 — s'exprime en ces termes au sujet de César Borgia et de son épée dont aujourd'hui nous donnons en grandeur exacte la reproduction jusqu'à présent inédite. — « Puisque, dit-il, vous avez Brantôme, ma belle dame, voici de quoi il s'agit : je possède une pièce fort curieuse, c'est
l'épée de César Borgia, duc de Valentinois, fils du pape Alexandre VI, qu'il fit travailler exprès
avec des emblèmes allusifs à sa grandeur future et à son ambition. Il est superflu de vous
conter comment, par quels détours, cette épée est tombée entre mes mains. Je voulais en faire
un présent lucratif au pape, et selon mon usage, l'accompagner d'une dissertation érudite pour en illustrer les emblèmes. Je pris la plume en main et je commençai à écrire.
& César Borgia naquit — j'en suis resté là, car jamais, au grand jamais, il ne m'a été possible, dans ma bibliothèque et dans celles de tous mes amis, de trouver en quelle année était né ce gaillard-là. »
Dans une autre lettre (5 mars 1774), l'abbé Galiani n'ayant rien pu apprendre de positif sur la famille des Borgia en fait d'origine et de date de naissance, écrit à Madame d'Epinay :
« Je reçois la réponse de M. de Foncemagne; quoique sa feuille me soit parfaitement inutile,
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elle a. servi à me prouver l'état actuel des savants de Paris et leur pitoyable imbécili
Galiani légua l'épée de César Borgia à un prélat : Mgr. Honoré Gaëtani, à condition de la payer à ses héritiers cent onces d'or. Dans le cas où il n'accepterait pas ce legs, ou ferait difficulté de payer la somme fixée, il lui substituait l'impératrice Catherine de Russie. Ce legs prouve qu'il renonce à son cadeau lucratif et à sa dissertation.
Le fourreau non terminé de cette épée est maintenant à Londres, au South Kengsington Museum. Il est, dit le catalogue de ce musée, qui l'attribue à Pallajuolo (Italien) « décoré d’allégories, de groupes et de médaillons empreints et ciselés dans le cuir. » Il passe, ajoute le texte, pour avoir appartenu à César Borgia dont le monogramme est trois fois répété sur
i le revers du fourreau.
Dans mon troisième volume de l'Histoire de l'épée (maintenant en préparation), on trouvera, sur le glaive de parement de César Borgia, quelques détails inédits que le peu d'espace m'empêche de donner ici.