‹ Fleur des ondes [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 27 · DEL PT · texte numérisé non relu

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traîner les canots avec des cordes. À une demilieue plus loin, ces braves traversèrent à force d'avirons, des rapides où ils coururent grand risque d'être engloutis. Le premier de juin, ils se trouvèrent en face d’autres rapides encore plus redoutables. L'eau y bouillonnait si fort qu'elle semblait n'être plus que de l'écume, et augmentait grandement le danger d'aller donner sur l’un des écueils qu'elle cachait. À cet endroit le Père de la Nouvelle France faillit perdre la vie.

A canse de l'épaisseur du bois, comme il était impossible, de porter les canots par terre, les vaillants explorateurs se mirent en devoir de les tirer contre le courant avec des cordes. Celui que tenait Champlain, s'engagea dans un tourbillon et 1..traîna à l'eau. Heureusement le héros tomba entre deux rochers et ne dut son salut qu'à cette circonstance. ‘Ha ce ‘“anger, raconte-t-il, je m'escriay à Dieu et commencay à tirer mon canot qui me fut renvoyé par le remouil de l’eau qui se faict en ces sauts.

Lors estant eschappé ie loray Dieu, le priant nous préserver, Notre sauvage vint après pour me secourir, mais i'étris hors de danger et ne se faut estonner si j'étais curieux de conserver nostre canot : car s'il çût esté perdu, il fallait faire estat de demeurer, ou attendre que quelques sauvages passassent par là, ce qui est une pauvi attente à ceux qui n'ont de quoi disner et qui *

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sont accoutumés à telle fatigue. Four nos Français, ils n'en eurent pas meilleur marché par plusieurs fois pensaient êstre perdus : mais la divine bonté nous préserva tous. ’?

Ces facheux incidents ne purent interrompre la périlleuse expédition dont les difficulté, devenaient.de plus en plus grandes.

Parfois les voyageurs étaient obligés de marcher courbés, repliés sur eux-mêmes,se frayant à coups de haches un chemin dans l’enchevêtrement des arbres renversés, passant tantôt dessus, tantôt dessous, haletants, épuisés. À un certain endroit, afin d’alléger les canots, ils sacrifièrent les vivres, se résignant, dans cette extrême fatigue, aux seuls hazards de la pêche pour leur nourriture.

Enfin, le sept juin, après tant de peines, ils arrivèrent chez. les sauvages cantonnés au lac du Rat-Musqué, dont le chef, Nibachis, et toute sa tribu n'en pouvaient croire leurs yeux que des Français se fussent hasardés en de tels périls pour les venir voir,

Le jour suivant, Nibachis fit équiper deux canots, afin de conduire ses hôtes chez une nation amie, établie sept lieues plus loin, sur les bords du Lac aux Allumettes, Le chef, nommé Tes- Souat, reçut les Français avec une grande magnificence. 11 donna en leur honneur une tabagie à la quelle furent conviés les sagamos des nations voisines.

Champlain aÿrelaté cette fête :

‘Le lendemain, tous vindrent avec chacun son escuelle de bois ét sa cuiller, lesquels sans ordre ny cérémonie s’assirent à terre dans la cabane de Tessouat, qui leur distribuast une manières de bouillie, faite de Maïs escrasé entre deux pierres, avec du poisson, coupé par petits morçeaux, le tout cuit sans sel. Ils avayent encore de la chair rostie sur les charbons et du poisson bouïili à part, qu'il distribua aussi. Et pour mon regard, d'autant que je ne voulais pas leur bouillie, à cause qu'ils cuisinent fort salement, je leur demandai du poisson et de la chair pour l’accommoder à ma mode : ils m'en donnèrent. Pour le boire, nous avions de la belle eau claire. Tessouat qui faisait la tabagie, nous entretenait sans manger, selon l'usage ”’.

Après le rcpas, Champlain expliqua aux sauvages qu’il était venu jusque dans leur pays, pour faire amitié avec eux au nom du roi de France, qui désirait peupler leurs terres et en exploiter les richesses. Les sauvages se réjouirent naïvement à cette perspective *,

Le Père de la Nouvelie France demanda aux Indiens de lui donner quelques canots et des hommes qui l’aidassent à poursuivre son voyage vers la Mer du Nord * Mais tels étaient les dangers de cette entreprise, qu'ils refusèrent,

* Tous les détails de ce voyage sont empruntés à Champ: lain, Voyage de 1613.

® La Baie d'Hudson.

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