‹ Fleur des ondes [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 27 · PE LES SCENE LEA EEET ON · texte numérisé non relu

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74 L'ENLÈVEMENT camper, en attendant le jour.

des revenus de la chasse munis avaient rejoints : installés a Préparaient tous à festoyer.

La Source,

Plusieurs camarade provisions, les utour du feu, ils se

qui connaissait les mœurs de la forêt, comprit que les Français ne Couraient aucun danger immédiat : leurs ennemis les enmèneraient dans leur pays, afin que ies chefs décidassent de leur sort et que to

ute la nation assistât au supplice,

Mais l'avenir l'épouvantait. Elle grimpa dans un arbre, d'où elle pouvait surveiller sans être aperçue, et se résigna à l'inaction.

La brise était froide. Parfois, la jeune fille sentait ses membres engourdis par l'immobilité, un frisson douloureux picott

ait sa chair : et ses dents cla uaient, maiselle ne faisait pas attention q

à ce malaise : son anxiété la rendant presqu'insensible à la douleur physique. Une seule pensée la préoccupait: sauver les captus.

Les sauvages n'avaient pas l'habitude de veiller: elle comptait sur leur sommeil pour se glisser auprès des blancs, Couper leurs liens et fuir avec Eux. Mais ce fragile espoir fut déçu: ils ne s'endormirent pas et reprirent leur aussitôt que l’aurore eût éclairé l'horison.

Pour cette étape, ils délient les prisonniers, et les forcent à marcher sous l’incessante menace des tomohacks meurtriers. Philippe et Paul

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garaent une attitude fière qui étonne et exaspère leurs ennemis.

"a Source, dans sa cachette aérienne, se desespè.e de ne pouvoir au moins faire u: signe à ses amis. Ah ! que ne donnerait-elle pas pour pouvoir seulement leur souffler à l'oreille : ‘* Vous êtes pas abandonnés, je veille sur vous. ”?

Lorsque le cortège eut assez d'avance, elle se glissa à bas de son arbre et reprit sa poursuite, constatant avec épouvante que les fuyerds abandonnaient déjà l'épaisseur du bois pour se diriger vers la rivière. Ce fut une nouvelle angoisse ajoutée à sa souffrance. Les Iroquois entendaient regagner immédiatement leur pays; ils avaient caché leurs canots en quelqu’endroit sûr où ils allaient les reprendre : c'était la fin de toute illusion. Elle devrait abandonner ses amis.

Devant l'écroulement de son dernier espoir, une pensée lui redonne du courage. Cette païenne a vu, tous les soirs, Philippe s'agenouiller pour prier un Dieu qu'elle ne connait pas ;

elle se souvient, et aussistôt s'écrie dans son âme : ‘‘ Dieu de Philippe, Dieu des Français, laisseras-tu périr tes amis!” Sa pensée bouleversée s'attache désormais à l'attente de l'improbable, Machinalement, sans plus conjecturer, à la façon d’un chien fidèle, elle suit son maître. Le soleil annonçait le milieu du jour, lorsque retentirent des cris furibonds, poussés par une multitude. La pauvrette put juger qu'elle était

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dans le voisinage d’un Campement. Redoublant de précautions afin d'éviter toute surprise, et montée de r'ouveau dans un arbre pour s’anprocher à portée de la voix, elle se glissa des ra‘neaux d’un pin gigantesque à ceux d’un autre.

Il y avait là une troupe nombreuse d’Iroquois et des chefs parmi eux : une exnédition guerrière évidemment. Ceux qui avaient enlevé Philipe et Paul n'étaient que des éclaireurs, poussés par leur audace jusqu'aux abords de la bourgade des Algornquins. Les Iroquois méditaient une revenche, La défaite de seize cent dix était une blessure douloureuse à leur orgueil : ils voulaient attaquer jeurs ennemis à l'improviste, afin qu'ils n'eussent pas le temps d'appeler les Français à leur aide,

La Source devina tout cela, et son cœur Saigna, mais ce fut moins POUT Sa nation qu'elle savait vaillante, en état de se défenire, que pour ses anis Sur qui retomberait la vengeance des redoutables vaincus.

Elle vit les chefs se réunir en conseil ; elle les entendit délibérer longuement : elle comprit qu'ils s'étaient arrêtés au parti de martyriser l'un des prisonniers en Jui laissant toutefois la vie sauve, puis de le renvoyer ainsi massacré au gouverneur, lui mendant : ‘ Voila comme vos alliés veillent sur ceux que vous leur avez confiés! Si Vous ne nous livrez les Aïgonquins que vous gardez, nous mettrons à mort celui des vôtres

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que nous ter . ncore. ’” Renseignés par un des leurs, pr ‘1er à Québec, et qui s'était

échappé, les :roquois espéraient, par cette perfidie, briser l'alliauce des Français avec les Algonquins.

Tout est prêt pour le supplice. Philippe et Paul voient en frémissant pétiller le feu qui 1ôtira leur chair. Les anciens font de lorgs discours, et les femines dansent autour des condamnés. Ceux-ci ne comprennent pas la langue de leurs bourreaux, et sont dans une angoisse mortelle ; ils connaissent la cruauté des indigènes et ne conservent aucune illusion sur le sort horrible qui les attend.

La Source souffre en quelques instants le plus affreux des tourments. Elle agonise de rage impuissante, Que pourrait uue faible enfant contre cette horde assoiffée de sang? Elle n'auraient pas plutôt touché le sol que vingt flêches auraient percé son corps. Mais elle espère encore que c’est Philippe que l’on gardera comme Ôtage, et elle se jure de le sauver ou de mourir avec lui.

Un vieillard, s'adressant aux Français, dit avec de grands gestes en brandissant sa hache : ‘‘ Nous combattions à armes égales avec les Algonquins ; la valeur seule triomphait dans les batailles ; mais vous êtes ventis vous mêler injustement à

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nos querelles, portant des inventions meurtrières, et vous avez tué nos chefs en vous cachant Comme des lâches. Nous vous montrerons comme nous traitons les imprudents qui se placent inutilement entre nos ennemis et nous. ’?

Le vieillard lève sa hache sur Philippe de Savigny. Habituée à ces Spectacles sanglants, La Source ne détourne pas les yeux, mais elle défaille ..,

À ce moment, on entend le bruit des branches sèches qui se brisent en s'écartant brusquement.

Les sauvages alarmés se redressent en portant la main à Jeurs armes, mais subitement ils changent d’attitude et se jettent la face contre terre, en donnant tous les signes de la terreur et du respect. Etonnés aussi, les Français voient apparaître une femme étrange, comparable à nulle autre de leur Connaissance,

Elle avait le teint doré des filles de Ja forêt, des cheveux châtain-clair et des yeux bleus. Au lieu de la simple jupe courte dont se vêtaient les Indiennes, elle portait une longue tunique d’étoffe ornementés à profusion d'écailles de poissons luisantes comme des paillettes. Ses pieds étaient chaussés de mocassins brodés, attachés par des lanières de cuir peint, et ses poignets nus étaient sans bracelets,

Toute la bande restait immobile comme dans l'attente d'un oracle,

La femme mystérieuse étendit les mains devant

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elle, d’un geste autoritaire ; et, s'avançant avec assurance jusqu’auprès des prisonniers, elle coupa leurs liens et leur dit en français: ‘ Vous n'avez plus rien à craindre : suivez-moi ! ?”” Philippe et Paul croyaient rèver, mais ils obéirent. Donnant la main à ses pro‘égés, l'inconnue traversa les rangs des Iroquois. Nulne fit un geste pour la retenir ou lui enlever les jeunes gens. Tous trois s’engagèrent dans l'épaisseur de la forêt. De tenrs en temps, les deux Français se pressaient la main, pour se prouver qu'ils étaient bien éveilés. Leur protectrice les fit passer par des fourrés épais et des éclaircies où le soleil dorait le sable humide ; sa marche rapide sous le bois prouvait une grande habitude des lieux : elle allait, sans la moindre hés'tation, à travers les multiples sentiers, suivant un chemin familier. Parfois elle écartait un rameau qui obstruait la voie; le p'oyait d'une main exercée, en disant simplement sans se retourner : ‘‘ Attention ! puis se rangeait pour laisser passer les deux hommes. Quand les branches s'étaient refermées, elle reprenait les devants. Eux la suivaient, un peu gênés malgré la gravité des circonstances par l'autorité de cette femme qui, ‘d’un geste, les avait arrachés à la mort, et les entraînait à sa suite sans même entendre leurs remerciements.

Enfin, après une heure de marche silencieuse, l'inconnue gravit un petit rocher au bord du

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