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fleuve ; et, s'arrêtant à l’ elle dit simplement :
Les jeunes Françai
plus bizarre intérieur vie.
entrée d’une grotte, ‘" Entrez, messieurs. ”’
S pénétrèrent alors dans le qu'ils eussent vu de leur
C'était une caverne proionde dont l’entrée, une crevasse étroite, de trois pieds au plus, se prolongeait à ciel ouvert une dizaine de pas, et aboutissait à un élargissement irrégulier formant une salle naturelle.
CO: y pénétrait par cinq degrés descendants, taillés à même le roc. Ce logis étrange recevait la lumière par une fissure qui donnait à l'est, et
allait en rétrécissant vers le haut, rappelant vaguement une fenêtre ogivale saus châssis. Un
jour déclinant y filtrait, en ce moment, de pâles rayons qui ajoutaient à l'aspect fantastique du lieu. Les cassures du granit semblaient bordées de perles et de diamants ; la voûte, hérissée de pointes et d'arêtes nor1ibreuses, prenait l'aspect imposant d’un cintre gigantesque, surchargé de scuiptures. Chaque anfractuo:.‘ avait l'allure scintillante d’un feston de pierreries ; tout coin d'ombre semblait receler les étonnantes beautés d’une architecture innommée.
La fenêtre, comblée à mi-hauteur et arrangée en foyer, servait en même temps de cheminée.
Il y flambait des bûches qui répandaient une
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Chaleur parfumée. La lueur mouvante de ce bûcher ajoutait son Caprise à la féerie locale : lorsque montait in bouquet d'étincelles, les Parois de la grotte S'illumiraient d'une rutilance fugace ; on eût dit des étoiles jouant à cachecache dans les insondables profondeurs de la nuit.
Enervés par tant d'émotions, les deux amis éprouvèrent un vif Saisissement devant ce spectacle Magnifique. Ils eutendirent au-dessus d'eux le vo'ettement de multiples ailes et des Piaillements angoissés ; au même moment, un grand animal gris sortit de la pénombre et s'avança lentement, Paul, qui en était le plus près, eut un mouvement de surprise,
La jeune femme Je TemarqUua et dit: ‘4 C'est un beau caribou que j'aime bien ‘’, Jille caressa la gentille bête. Puis montrant la voûte: ‘Notre entrée a reveillé mes amis ailés ; mais, après leur salut de bienvenue ils se rendormiront. Je COtuais leurs coutumes, je vous assure ”.
Devinant, sans doute, le trouble de ses hôtes, elle ajouta : ‘: Je vais faire de la lumière, vous VOUS Y reconnaîtrez mieux ÉE
Prenant deux torches, elle les alluma à la flamme du bûcher, et les planta chaque côté de la porte, dans des cavités pratiquées à cette fin. Ce subit éclairage rompit brutalement je charme :les consoles eïguirlandées, les chapitaux divinement ciselés, les rosaces merveilleuse s'évanouirent ;
mais à cette magie inquiétante, succéda pour les Français le tableau reposant du confort modeste.
Tout ce que l’ingéniosité et le bon goût avaient pu tirer de la forêt se réunissait dans cette demeure rustique, pour la rendre coquette. Au milieu de la chambre, une grande pierre plate, posée sur quatre gros cailloux, tenait lieu de table ; dans une coquille rempiie d'huile, lampion primitif et fumeux, brülait une poignée ae mousse. Le sol disparaissait entièrement sous des fourrures. L’ameublement comprenait encore trois escabeaux, faits de troncs d’arbres depouillés de leur écorce et taillés de telle sorte que trois branches fourchues tenaient lieu de pieds. De chaque côté du corridor, c'est-à-dire dans la partie la plus abritée, étaient deux lits de sapins recouverts de peaux d’ours. Une large claie servait de porte. Les murailles en roc massif, dissimulaient leur sévérité sous une avalanche de fleurs sechées, de feuilles d'érable et de grands papillons. De place en place, de larges panneaux en écorce de bouleaux, décorés artistement, donnaient à ce logis un étrange aspect de sauvagerie et de civilisation.
Les Français allaient de l'étonnement à l’admiration, et de j’admiration au ravissement. Ils s'étaient assis, à l'invitation de leur guide qui avait pris un siège ; pendant un instant, tous trois restèrent silencieux. Enfin, Philippe commença, uu peu intimidé : ‘‘ Madame, par quel
Ada ct TE
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mots pourrons-nous vous témoigner notre reconnaissance ? ??
—"* Contentons-nous d’un mot bien français :
le devoir, répondit-elle en riant ; je n'ai pas fait
autre chose en vous sauvant. v ous ne pensez
pas, je suppose, que j'aurais pu vous laisser assassiner par ces cruelles seus, puisque 11a bonne étoile m'a conduite de ce côté ? Cet après- midi, comme le soleil était beau, je suis allée me P'oiener pour voir les premiers bourgeons éclos. Vous volà forcément mes bôtes le choix des hôtelleries d t-elle avec tristesse ’’.
Devant cette borhommie charmante, les ; Jeunes
BEnS reprenaient leur assurance ; le naturel leur us revenu.
on n'a pas ans cette contrée, ajouta-
‘On ne peut rien regretter chez vous, Madame, répondit Philippe galamment, mais avec sincérité ’?,
—‘" Que la nécessité de répartir, ajouta Paul, Le craignait de paraître sot en se taisant ’”,
‘ Votre amabilité ne doit pas me faire . les devoirs de l' hospitalité, reprit l'hôt:sse après quelques moments de causerie : je vais Vous préparer à diner. En attendant, veuillez ne pas sortir de cette caverne ; ici, vous êtes dans un asile inviolable ‘ AuCUL de ces pauvres êtres Superstitieux n'oserait franchir mon seuil,
mais s'ils vous retrouv aient dehors, je
ne répondrais pas de vous.
Eux ne songeaint point à s'éloigner. Brisés par la fatigue et les émotioi; violentes qu'ils avaient éprouvées, ils subissaicnt la réaction ; pris de lassitude, ils savouraint la douceur du repos.
La jeune fille alla prendre, près de l’un des divavs primitifs, quelques albums aux feuillets d'écorce de bouleau argenté, taillés régulièrement et reliés entre eux par de minces éclisses de frève; les posant sur la table, elle dit : ‘‘ Voilà tout ce que je puis vous offrir comme distraction ! "”
Tandis qu'elle allait à ses occupations, les deux amis se mirent à tourner les pages avec curiosité. I] y avait là des esquisses en couleur représentant des coins de paysage, des têtes d’Indiens et des fleurs.
La maîtresse du logis s'était éloignée vers le fond de la caverne ; et, déplaçant une claie semblable à celie qui fermait l'entrée, mais plus petite, elle démasqua une cavité de quatre ou cinq pieds, habilement utilisée en garde-manger, d'où elle tira deux canards parés et prêts à mettre à la broche, un pain de farine grossière cuit sous la cendre ; puis elle posa sur la table une damejeanne remplie de gros vin, trois assiettes, et trois gobelets en terre cuite ; quelques couteaux en silex complétèrent le service.
Tout en s’occupant de ces menus soins, elle continuait à converser. S'approchant de temps en temps la mystérieuse jeune fille nommait
à ses hôtes le modèle de tel portrait qui leur paraissait plus intéressant, et leur racontait brièvement l'histoire de tous ces humbles souvenirs qu’elle avait illustrés. Tel petit ruisseau était celui où, enfant, sa mère lui apprenait à pêcher la truite ; cet arbre magnifique avait été le témoin de ses premières leçons : c’est là, que pendant l'été, son père l’amenait, pour lui enseigner la lecture et l’écriture.... Choisissant parmi les albums le plus fané de tous : ‘ Voilà mon premier livre”. Et le feuilletant avec émotion ; ‘‘ Il a été fait par mon père regretté.’ C'était l'alphabet complet, patiemment dessiné. Sur les dernières pages, l'élève avait commencé à tracer des caractères.
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Lorsque le gibier fut à point, l’aimable hôtesse invita ses convives. Le repas commença joyeusement.
Depuis un an que son père était mort, lentement miné sous ses yeux, par une langueur incurable, l’orpheline ne s’était point remise de l’ébranlement que lui avait causé son chagrin. Une vieille femme qui passait pour sorcière, la soignait avec sollicitude ; mais son mal était d’avoir vingt ans, d’être Française et ensevelie dans cette barbarie. Le remède était de la rendre à la civilisation dont elle avait innés tousles raffinements.
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Maintenant qu'elle entendait dans son gîte le doux parler si cher au mort vénéré, qu'elle voyait auprès d'elle des hommes ayant ses goûts et ses mœurs, une vie nouvelle activait son sang: les roses de ses joues avaient refleuri et le plaisir avivait l'éclat de sa prunelle.
—** Madame, dit Philippe, il y a donc encore des fées bienfaisantes, sur cette terre ? Tout ce qui m'est arrivé depuis quelques heures, me fait croire que je rêve: après le cauchemar du bûcher, la griserie de la grotte enchantée. Par pitié, dites qui vous êtes, où nous sommes, et si tout ceci n’est pas un songe, ajouta-t il, en montrant ce qui l'entourait ’’.
—‘‘ Pour un songe, ce serait trop modeste, interrompit la jeune fille : vous êtes simplement dans la demeure d'une pauvre métis.
Mon histoire est courte et peu compliquée : on m'appelle l'leur des Ondes, et je suis née dans cette forêt, d'un père français et d'une mère iroquoise.
Je n'avais que cinq ans, lorsque ma mère mourut. J'ai été élevée par mon père qui m'a enseigné sa langue et ce qu'il a pu, dans notre isolement, des mœurs de son pays. Depuis que j'ai eu le malheur de le perdre, j'ai vécu solitaire, sans autre amis, qu'un caribou, les oiseaux dun ciel, et une vieille Algonquine qui fut prise par les Iroquois et que je me fis donner pour la soustiaire au supplice. Elle m'en témoigne une