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lointaines. Dès qu'il eût touché notre sol d'Amérique, il ne se donna aucun repos, parcourant les lacs et les rivières, s’enfonçant avec une téméraire hardiesse dans les forêts inextricables, affrontant sans cesse le terrible inconnu des régions barbares.
Un auteur du dix-huitième siècle a osé avancer que ces explorations périlleuses étaient peu en rapport avec la dignité de gouverneur, Heureusement pour son pays, Champlain comprit mieux sa mission.
Le commandant d’une colonie éclose d'hier, dans une contrée sauvage, ne pouvait pas jouer le rôle du personnage purement décoratif, dont la plus sérieuse occupation est de faire valoir, loin de tout danger, le prestige de son emploi. Sa pensée visait à de plus réelles grandeurs ; et c’est en elles qu'il trouva la force de la réaliser. Abandonné dans des solitudes lointaines, cet honnête homme eut à redouter toujours une défaillance ou une trahison de ceux qui avaient le devoir de l'aider.
La France venait de traverser une période de guerres désastreuses, mais ’édit de Nantes et le traité de Verveins, en quinze cent quatre-vingtdix-huit, avaient rétabli la paix. La prospérité renaissait rapidement.
Champlain, gardien vigilant attaché au berçeau de cette colonie, avait le droit d'attendre
pour elle les soins attentifs qu’une mère dévouée doit à son nouveau-né.
Hélas ! l'acte d’un fou ou le crime d’un misérable peuvent avoir des conséquences nationales éternelles.
La fanatique qui poignarda Henri IV eut l'un de ces gestes tragiques aux effets lamentablement séculaires. Le sort de la Nouvelle-France fut, désormais, confié à des compaguies mercartiles, plu:s-=videment occupées du soin de leurs intérêts que de la régénération chrétienne du Cavada. * Il n’est peut-être pas téméraire de dire que la barbarie servait mieux leurs profits et qu'elles n'étaient nullement pressées dela voir disparaître, pour la remplacer par de braves colons parlant 1: langage de France, défrichant les terres, vivant de leurs récoltes et élevant de beaux enfants dass la crainte de Dieu et l'amour du Roi.
Défricher, cultiver, c'était faire reculer devant l’homme civilisé les bêtes à fourrures: et il im-
* Au retour de mon voyage, lorsque je m'efforçais do faire entendre la nécessité que nos pauvres sa u Vu ges avaient d'un secours puissaat, qui favorisact leur conversion et qu'il y avait cont mille âmes à gaigner à Jésus Carist, plusieurs nul dévots me demandaient s'il y avait cent mile eséus à gaigner auprès voulant dire par lu que là conversion et 1 salut des âmes ne leur estait de rien et qu'il n'y avait que le soul teraporée qui les peust émouvoir à laide et séconurs dudict pays—Sagard. Le grand voyagé du Pays dos Hurons page 236
Ce commentaire est confirmé par le Père Leclercq.— Voyage de 1516 P, 105,
portait fort peu à la plupart des Associés que les sauvages fussent sans foi ni loi, pourvu qu'ils vinsent, chaque année, à Tadoussac, échanger pour des brimborions les riches peaux de castor dont leurs canots étaient remplis.
S'il est vrai que le cominerce fait la richesse d’un nation, la rapacité des marchands peut aussi, en certaines circonstances, causer sa ruine. Ilen fut ainsi pour la Nouvelle France. Si vaste que soit la terre septentrionale d'Amérique, tant de cupidité qui brusquement s'y déchaîna devait inévitablement s'y heurter à la convoîtise, La forêt abrita de nobles ambitions, mais elle couvrit aussi bien des hontes. La jalousie, plus d’une fois, mina sourdement l’œuvre sainte du patriotisme ; et la probité native des indigènes, avant d’être corrompue par l'exemple, dut s'étonner des luttes déloyales dont certains traiteurs leur donnèrent le spectacle,
Champlain, souffrant déjà du mauvais vouloir des uns et de l'indifférence des autres, se vit encore, lui si désinteressé, forcé de lutter contre le lucre et la volerie,
À ses premiers pas sur la terre du Canada, le Père de la Nouvelle-France trouva les naturels divisés en deux groupes distincts, séparés par une haine aussi tenace que féroce.
Placé, dès le début, dans l'alternative d'être l'ami des uns ou l'ennemi de tous, il subit l’inévitable, en faisant alliance avec ceux qui, les
Premiers, l'avaient accueilli, et se trouvaient, d’ailleurs, être alors les plus forts,
Cette sage solitique devait faciliter l'œuvre des découvertes, en Procurant aux explorateurs des guides sûrs dans Ja forêt, leur évitant maints tâtonnements sous les flêches assassines.
L'historien Feland a reproché injustement à Champlain d'être allé, sans necessité, massacrer les Iroquois dans leur PAYS. On voit bien, pourtant, par le discours du grand sagamo des Montagnais à de Pontgravé, en seize cent trois, que lessauvages posèrent comme prix de leur amitié, que les Français les aidassent dans leurs guerres contre les Iroquois.
De Pontgravé avait engagé sa parole : Champlain en supporta bravement les conséquences, I] ne pouvait pas donner à ces peuples naïfs le dégradant exemple du manquement à la foi jurée.
Ce fut, Cépeudant, avec une visible répugnance qu'il se décida à Ja triste corvée, la différant jus qu'en seize cent neuf, alors que les chefs Iroquet et Ochatcguin lui reprochèrent de leur avoir fait attendre, plus de dix lunes, l'accomplissement de ce’te promesse,
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Les sauvages ne Comprirent pas, tout d’abord, cé que signifiait pour eux ja civilisation ;: car, fiers et avisés, ils n'auraient Pas manqué d'oublier
Pour quelque temps leurs inutiles querelles, afin de se liguer contre le réel danger.
En seize cent huit et longtemps après, les Montagnais, les Souriquois, les Algonquins et autres peuples duCanada, voyaient avec bonheur les Français parcourir leurs pays, y bâtir des demeures, éventrer le sol pour lui arracher ses richesses et faire toutes actions de gens qui entendent s'établir en permanence.
Cent ans plus tard, ils avaient changé d'idée, la cruelle expérience les ayant reñseignés.— ‘ Ne voyez-vous pas, disait le chef des Onontagnès, en dix-sept cent cinq, que la nation se trouve entre deux haches puissantes, capables de l'exterminer : la hache française et la hache auglaise, Quand l’une sera victorieuse de l'autre et n'aura plus besoin de secours, elle ne manquera pas de tomber sur nous. Laissons-les donc se battre entre elles, en ayant soin, sculement, que l'une ne l'emporte point sur l’autre, ”?
Les naturels ne pouvaient considérer les Kuropéens que comme des intrus : s'ils ne venaient en amis et protecteurs, ils devaient être tenus POUT USurpateurs, guettant le moment favorable à s'emparer de leursterres. Et il est vraiseine blable que ces hommes farouches et Soupçonneux, avant de guerroyer entre eux, n'auraient fait qu'un bon repas d'une poignée de blancs isolés, loin de tout secours, sur le rocher de Québec,
En accompagnant ses alliés dans leurs expédi.
ditions guerrières, Champlain courait le risque d’une flèche empoisonnée venant interrrompre son utile carrière : mais il comptait sans doute qu en tombant au milieu d'eux, combattant pour leur cause, il attacherait à jamais, par le souvenir et la reconnaissance, ses rudes amis à la France. Et Champlain était un apôtre. Il ne rêvait point d’anéantir les sauvages ; mais voulait de ces races vigoureuses, aux forces neuves, à l'énergie indomptable, faire un peuple civilisé.
Les groupes épars qui maintenant forment une infime minorité, nous semblent indignes de fixer longtemps l'attention : c'est plutôt une pensée de pitié que l’on arrête sur eux. Mais ces maîtres du pays, fiers et redoutés, à l'époque lointaine de Champlain, justifiaient l'espérance qui fleurissait dans son cœur.
Et si la France avait secondé efficacement ses efiorts, qui oserait dire qu’il n’eût pas réussi ?
On peut supposer que Henri IV, qui faisait grand cas du pâturage et du labourage, n'aurait pas manqué de donner une poussée vigoureuse à la colonisation sur ce territoire que Champlain venait d'ajouter au Patrimoine national, Mais les ministres qui succédèrent au profond Sully estimèrent-ils vraiment les richesses négligées de nos lointaines forêts ?..
Il est vrai que les propos intéressés de certaine courtisans, aussi bien que la navigation d'alors et les guerres de religion qui désolaient ja France mettaient Tadoussac et Québec loin de Paris.
Autant qu’un honnête homme peut moralement différer d’un honnête homme, le comte Samuel de Savigny différait de son frère jumeau, Olivier. Mais la nature fantasque avait habillé leurs âmes dissemblables d'enveloppes identiques: tous les deux étaient blonds. élégants, et se distinguaient par la finesse, la régularité des traits autant qu par la noblesse et la fierté de l'allure.
Quand il. evauchaient l’un près de l’autre, Promenant leur jeunesse insouciante sous le ciel de la Saintonge, on disait, en les regardant avec admiration : ‘‘ Comme ils sont beanx, nos aimables seigneurs, et qu'ils s: ressemblent }*" Rien n'était plus vrai, car seule l'expression de leur regard trabissait une diversité de tempéramment : les yeux de l’un rayounaient, ceux de l'autre lançeient des éclairs: ce qui faisait rêver le premier, exaltait le second. L'airé jugeait avec le cœur, le cadet avec la raison,
Ët quant au courage, Samuel avait cette ferimeté douce qui sait simplement aller jusqu'à l'héroisme ; Olivier était brave avec éclat.
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Malgré cette différence de leur Caractère, et Peut-être à cause de cette différence, ils s’aimaient d’une tendre affection, Et bien certainement, fallait-il qu'ils s’aimassent, Puisque l'intérêt même, ce grand briseur de l'amitié, n'avait pas relâché le doux lien qui les unissait, Samuel avait hérité le titre et Les biens paternels : Olivier ne possédait que son épée. Mais leur bourse était commune et largement ouverte ; chacun d'eux pouvait avoir l'illusion que la fortune lui appartenait entièrement.
Le père n'avait Pas voulu diviser un patrimoine peu considérable, afin d'assurer l'avenir de sa Trace : car elle était glorieuse, l'histoire de la noble lignée des Savigny.
A vingt-cinq ans, les deux frères menaient encore la vie des gentilhomtmes Catpagnards : chassant beaucoup, VoYageant un peu pour tromper l1 monotonie d'une existence dont tous les jours se ressemblaient,
EE ses...
Ayant été Surpris par l'orage, au cours d'une Proinenade, ils s’arrétèrent à une maison de bonne apparence, située non loin de Jeur château. Un grand Sarçon à l'air niais, les bras derrière le dos, regardait béatement tomber a pluie qui tachetait d'étoiles sombres le sable de l'allée,
En voyant les Cavaliers s'avancer vers la bar-
rière, il courut au-devant d'eux, sous l’averse, tenant sa main tendue audessus de son crâne un peu chauve ; puis, sans attendre une requête, il tira le loquet et dit d’un air déluré : ‘‘ Entrez, entrez vite! il ne fait pas bon dehors par ce temps ! ”
‘Tu sembles bien assuré que tes maîtres ne maudiront pas des importuns? répondit Olivier que les avances du valet amusaient ”?.
‘* Maudire un beau gentilhomme comme Monseigneur ? N’ayez crainte : je sais, au contraire, que monsieur le duc bénira l'orage qui vous amène. Allez par là, ajouta-t-il, en moxtrant la maison, je vais mettre vos montures à l'abri, ”’
Les deux frères étaient perplexes sur la qualité d’un duc dont les gens se montraient si bavards, mais ils n’eurent pas le temps de se communiquer leurs impressions: comme ils montaient le perron, un homme d’une trentaine d'années parut sur le seuil, et leur dit: ‘" Soyez les bienvenus, Messieurs !” Le comte s'excusa, en expliquant la situation. Son hôte reprit: ‘‘ Vos arrivez bien ; ma sœur était un peu frileuse, nous avons allumé un bon feu ; vous vous sécherez à loisir pendant que la tempête passera. Puis il ouvrit l'unique porte Connant sur le vestibule, et les voyageurs aperçurent au fond d’une vaste salle, près de la cheminée, paresseusement allongée Sur un fauteuil, une femme habillée de flanelle blanche.
Le bois résineux crépitait en fusant dis étincelles: et, dans a pPénombre, la flamme dansante éparpillait du rayonnement autour de Ja belle oisive, La pierre de sa bague, l'agraffe en diamant de son fichu, le peigne d'écaille qui retenait son opulent chignon rütilaient tour à tour de scinti]lements fugaces : c'était un Merveilleux émiettement d'étoiles.
Samuel et Olivier furent ravis.
La jeune fille n'avait Pas tourné la tête. Son frère fut obligé de l'interpeller.
‘" Ma chère Mercédès, voici Monseigneur le comte de Savigny qui vient nous demander une place au coin du feu, ?’
Elle regarda les deux gentilhommes avec étonnement, sourit et tendit la main, ‘ Je me réjouis d’une circonstance qui nous procure l'avantage de votre visite,’ dit-elle. Puis, ayant indiqué des sièges auprès d'elle, elle continua, en s'adressant à Samuel : ‘ Nous sommes étrangers, mon frère et moi, dans cette contrée, et, par conséquent, un peu solitaires, La vie, parfois, me parait monotone : tout évènement qui brise cette uniformité Claustrale, me fait grand plaisir’?
Jetant un regard vers son frère qui l’observait d'un air sévère et inquiet, elle ajouta : ‘Oh! je suis très heureuse avec mon frère Alonzo, mais je n’en éprouve pas moins le désir de me distraire, parfois ; dans ces Parages, les divertis. sements sont peu variés.
‘© Vous le dites avec tant de conviction, ma SŒuT, que vous devez convaincre ceux mêmes qui voudraient douter, interrompit Alonzo, avec un sourire forcé, ?’
Mercédès pinça les lèvres, et ne répondit plus.
Le comte feignit de ne Pas remarquer ce visible embarras, et donna habillement à ja conversation la tournure banale des propos ordinaires entre gens qui ne se connaissent pas.
Olivier étant le plus gai et le plus loquace, en fit à peu près tous ies frais.
Le rigide Espagnol se dérida à la fin, et raconta qu'appartenant à la vieille famille des ducs d’Alombrès, il avait dû quitter son pays pour des raisons politiques, et qu’étant le seul protecteur de sa sœur, il lui avait sacrifié son goût pour le métier des armes. C'était d'un bon frère, et le Comte Samuel se sentit d'emblée une naissante sympathie pour celui qui préférait à la gloire le devoir filial.
Pendant ce temps, l'orage semblait avoir déchaîné toute la furie des éléments, A chaque instant, la foudre déchirait les pues, rayant rapidement l’espace d’un zigzag lumineux qui portait dans le lointain, au bout de sa flêche d’or, l'incendie et la ruine.
Le ciel devint si noir, qu'il fallut allumer les bougies, et les deux gentilhommes durent prolonger leur visite. Le duc fit aporter une colla-
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20 PROLOGUX
tion que dona Mercédès offrit avec une grâce séduisante,
Lorsqu'il fallut se séparer, le comte dit à son hôte : ‘* Mon frère et moi sommes de grands chasseurs ; si cette distraction est de votre goût, je serai charmé de vous l'oïfrir aussi souvent qu'il vous plaira. ’ Le duc remercia avec aisance et parut euchanté de l'invitation.
Quand les deux frères furent en route, Olivier dit, d'un air railleur : ‘ Ah ! Monseigneur, vous vous êtes donc aperçu que la demoiselle est jolie à ravir? ’’
‘Pourquoi cette question ? repondit Samuel avec inquiétude.
‘Bah !'ne faites pas le mystérieux ; je sais bien qu'il n'est point °ans vos habitudes d'ouvrir Comme cela, toutes grandes, les portes de Savigny au premier inconnu qui nous met à l'abri durant une ondée. Tandis que je bavardais avec le grave Alonzo, vous, Sournois, admiriez, je suis sûr, les charmes de la belle Mercédès,.
À vrai dire, elle mérite cette attention : ravis- Sants Yeux noirs, très brillants, mais un peu durs peut-être, le nez droit, la bouche ferme et mignonne, le teint blanc, les mains fines. ,
‘" En effet, interrompit le Comte ; mais il me semble que si vous avez bavardé avec le frère, vous n'avez pas négligé de reluquer la sœur !
‘Oh ! moi, c'est différent, j'ai l'habitude de détailler d'un Coup d'œil le visage d’une jolie
femme ; mais vous que j’ai vu amoureux seulement des clairs de lune et des levers de soleil, j'ai bien compris que vous étiez ému devant cette étrangère.” Puis, changeant de ton: ‘‘ Avez-vous remarqué comme son frère ne lui ressemble pas ? Ah !'tenez, ceiui-ci, avec sa tignasse roussâtre et ses yeux quelconques, me semble un démenti effronté et choquant à la beauté légendaire du type espagnol. C’est sans doute pour se faire pardonner sa laideur félonne, qu’il s'attache obstinément à la grâce de sa sœur. Je le crois, cependant, un galant homme, ”’
‘* Je le crois aussi, répondit l’ainé des Savigny; la chevaierie qui le retient à l'écart pour protéger une femme, en est la preuve à mes yeux. Le duc d'Alombrès n'est pas beau, j'en conviens, mais assurément, il possède un brave cœur. ”’
‘ D'ailleurs, reprit le cadet, mi-sérieux minarquois, le frère d’une aussi aimable personne ne peut être, à coup sûr, qu’un honnête homme. "? Et, redevenant grave après un silence : ‘‘ Samuel vous avez trop regardé les yeux charmeurs de la jolie Mercédès, cela vous empêche de penser qu'elle serait tout aussi en sureté dans un couvent tandis que le belliqueux Alonzo ferait son devoir de soldat. ..s’il en a le goût. Sans vouloir calomnier un gentilhomme, je crois que celui-ci préfère au bivouac, un bon feu de cheminée.
‘* Mon cher Olivier, vous risquez d'être injuste pour un étranger...
‘ Mais vous ne l'avez donc point entendu, Samuel, exposer sa fausse thévrie de crois ou meurs? Lorsqu'on a ce feu-là dans l’âme, sa Sœur fût-elle la plu. belle fille de toutes les Espagnes, on doit la mettre à l'abri derrière les murs d’un cloître, et courir ensuite vers le Nouveau-Monde, planter sa bannière.
“Vous ne songez pas à ce qüe deviendrait cette pauvre enfant, s’il était tué ? ’?
Mass vous y songez, vous...Et soyez assuré qu'il ne manquerait pas de preux chevaliers, heureux d'offrir à l’intéressante abandonnée une autre protectic:,
‘Olivier, pouvez-vous exprimer une telle extravagance ? je n'ai vu cette jeune personne qu'une fois ?, ,
‘ Bah! sera-t-elle plus jolie quand vous l'aurez vue vingt fois? D'ailleurs elle est intellig-nte, puisqu'elles’ennuie dans la société de ce rousseau, et bonne : elle a employé une périphrase pour le lui Cire. .”
‘" Vous êtes sé, ère : sSongez que cette belle personne à vingt ans, que ses goûts, que son éducation la destinent à un rôle moins obscur, ??
Olivier devint très grave : ‘ Je songe à tout cela et à bien d'autres chôses encore, Voulezvous savoir le fond de ma pensée ?
"C'est mon plus vif désir. "?
Eh! bien ; jusqu'ici, dans le rêve et l'étude :
vous vous êtes enfermé l'art a été votre seul
amour ; vous n’avez pas morcelé votre cœur dans des affections éphémères. Vous l'avez gardé tout entier et vous le donuerez de même... Vous apartenez à la rare espèce de ceux qui n'aiment qu'une fois. Aimé, vous serez le plus heureux des hommes ; mais une déception vous tuerait, peüt-être. C’est pour cela que je tremble, au souvenir de votre émotion devant cette inconnue. Si le bonheur devait vous venir par elle, ce bonheur dût-il passer entre nous, je m'écarterais av © empressement pour le laisser arriver plus ve; mais si je prévoyais un mauvais pas, je me jetterais au devant de vous, pour vous empêcher de passer. ”?
‘ Votre amitié s’effraye en vain, mon cher frère ; cette jeune personne a fait sur mon esprit une impression nouvelle, je ne le cache pas, mais dans quelques jours, sans doute, je l'aurai oubliée !.. ”?
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Le comte Samuel n'oublia pas ; et, trois mois plus tard, Mercédès d’Alombrès entrait en châtelaine dans l'antique demeure seigneuriale de Savigny.
Belle, intelligente et adorée, eile semblait pour son époux le gage assuré d'une félicité durable autant que complète,
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Dai hsteuattätsé: cages
+ A ày
Il y avait dix mois que le comte Samue! vivait un rêve d'amour, lorsque de Pressants intérets le forcèrent à entreprendre un court voyage,
Après avoir vingt fois Técommendé sa chère femme à son frère, il partit accompagné d’un seul domestique, en se Pr'omettant bien de ne pas prolonger son absence. Cette première séparation lui coûtait comme si elle eût dû être éternelle,
Olivier le reconduisit jusqu’à l'entrée du bourg, et S'en revint l'âme remplie d'une Souffrance imprécise, qu'il ne pouvait définir mais qui l'accablait,
‘ Serait-ce un Préssentiment ? se demandaitil. Mais il pensait aussitôt: je suis fou, Samuel ne Court aucun danger : Les Toutes sont sûres dans ces parages, et un valet devoué l'accompagne.
Il parvint à chasser ses noires idées, et comme il passait devant la demeure du duc d’Alombrès, ses reflexions prirent Un autre cours, Voilà un Chevalier qui n'est Plus si pressé d'aller batailler Pour ses principes, Pensa le gentilhomme Puisque sa sœur a Maintenant, Je meilleur des Protecteurs, pourquoi s'obstine-t-il dans cette vie végétative, qui semblait tant Jui peser ? Je me Souviens de la Mauvaise impression que cet