‹ Fleur des ondes [microforme] (volume 2)Chapitre 23 sur 27 · on em thé Ve € 0 PTE RES MENT | ’ ds · texte numérisé non relu

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Soir, silencieux, contemplait le cher visage que la mort ombrait de mystère.

En quelques phrases brèves Le Carcois avait expliqué la fin tragique de la jeune fille. Mainterant, lui aussi se taisait, rêveur et farouche Telle était, cependant la réputation de cet homme, que nul ne songea à mettre sa parole en doute : tous plaignaient l’amoureux de vingt ans qui, parti seul sur les pas de celle qui le dédaignait, ramenait son cadavre,

Tout à coup il se fit un grand bruit à l’entrée du bourg : des jeunes gens criaient : ‘‘ Voilà nos amis les visages pâles, que nous croyions perdus"!

En effet Philippe et Paul arrivaient avec Fleur des Ondes.

Le Carcois alla au devant d’eux : et, touchant

hilippe à l’épaule, il lui fit signe de le suivre.

Celui-ci remarqua l'immense tristesse du sauvage.

—‘" Qu’as-tu donc, mon ami ? lui demanda:til avec intérêt.

L’Indien, l'amena auprès du cadavre :

—‘" Vois ! elle est morte ; dis que tu lui pardonnes !”?

—“* Morte ? s'écria Philippe, La Source est morte ?’’

—‘" Elle est morte ! répéta Le Carcois avec plus de tristesse. Jure que tu lui pardonnes ”’.

—‘" Lui pardonner ? reprit le Français sans comprendre, elle était le modèle des filles de la

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nation, et je ne fis toujours qu'adinirer sa vertu ”’!

Les yeux du guerrier brillèrent d'orgeuil à cet es ; täis il ajouta péniblement :

‘ Tu ne l’as donc pas reconnue ? C'est elle qui a fait cela, continua-t-it en pointant la blessure que Philippe avait au poignet.

Et ce dernier, ne pouvant retenir un mouvement d'horreur : ‘ Quoi ! c'était elle? cria-t-elle en gardant la ligne rouge qui striait Ja joue pâle de Fleur des Ondes.

Ah ! reprit le Carcois, avec désespoir, elle est morte et tu vas la maudire ?.... tu n’as seulement pas soupçonnée le secret de la pauvre LT té PE

I! continua en hésitant : Je vaiste faire e la peine, mais il faut que tu saches !....l'u n'as pas Compris que son cœur s'était tes irné vers toi .... Nous nous aimions depuis l'enfance, mais tu es venu...,. elle a été éblouie, et m'a oublié ”’!

—"" Moi ? soupira Philippe avec effarement.

—"" Oh ! je ne t'en veux pas: je sais bien que tu n'as point voulu jouer avec le cœur d'une simple fille des bois. Elle était adorée de tous, ici, comment aurait-elle su comprerdre qu’on pouvait ne pas l’aimer ? Pourtant, toi, tu aimais ailleurs ” continua Le Carcois, se méprenant comme sa pauvre amante,

À cette déclaration, Philippe rougit violemment ct regarda Fleur des Ondes à la dérobée.

—"" Quand elle s’en est aperçue, sa fierté n'a pu supporter un tel désappointement ”.

Le Carçois parlait lentement et bas : Philippe écoutait, la tête penchée, le regard fixé sur !a morte. Il leva les yeux et le sauvage y vit des larmes.

—‘" Mon frère pleure, c’est donc qu'il par donne ? ’’

Savigny se laissa tomber à genoux : ‘‘ Ah:

naïve enfant, comment ai-je pu sans le vouloir te faire tant de mal ? c'est à ton âme aimante à me pardonner maintenant ! ’’

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Sete nos osseuse see,

Les femmes de la tribu procédaient aux apprets funèbres. Les deux jeunes gens s'éloignèrent à l’autre bout de la cabane.

—"" Mon ami, dit Philippe, tu es le plus brave et le meilleur ; toi seul était digne de celle que nous pleurons. Il est uvre autre vie où tu la retrouveras. ?”

—"" Je le sais, réqondit Le Carcois et son cœur est à moi sans partage maintenant : elle me l’a dit, au moment suprême de la séparation !?!

Les sauvages ne dédaignaient pas l'élégance, et, tant qu'ils étaient jeunes, — faisaient grand cas de la tenue. L'été, leur vêtement était sommaire ; mais l'hiver, qui était pour eux la saison des divertissements, ils apportaient plus de soin à leur toilette. Le costume masculin se composait alors d’une braie en fourrure et de chausses en peau de caribou mégie, ornées de découpures et de raclures de cuir encollées. Un manteau également de fourrure, qu'ils rejetaient en arrière, et des manches attachées dans le dos par des cordons complêtaient leur accoutremnent. Ils se chaussaient de mocassins.

Les jeunes gens élégants se faisaient coudre leur chausses sur le corps, afin qu’elles fussent mieux ajustées ; dans ce cas, ils n’en changraient que lorsqu'il fallait les remplacer par des neuves. La propreté était inconnue chez la plupart des sauvages. Par leur zèle à se parer lorsqu'il s'agissait d’aller à la danse les jeunes indiennes pouvaient rivaliser avec les demoiselles des pays civilisés,

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Elle se peiguaient alors le visage de noir et de rouge —-délayés avec de l'huile d'ours—et elles ornaient leurs cheveux de rubans d'étoffes aux couleurs brillantes ; elles chargeaient leurs poignets de bracelets, leur nez, leur cou, et leurs oreilles de paudeloques.

Une de leur bizarres coutumes consistait À se couvrir le dos de la poitrine de carrés d'écorce ou de cuir bouillie, sur lesquels elles cousaient des fragments de coquillages. Ces étranges parures avaient, parfois plus d'un pied de superficie,

Champlain, dans le recit de ses voyages, parle de l’une de ces demoiselle qui portait un ornement ne pesant pas moins de douze livres, ‘‘ sans les autres br yatelles dont elle était atournée ‘”.

Comme celle de son âge, La Source (tait coquette, et son père voulut que dans sa mort même, elle fut la plus belle et la mieux parée.

Les amies de la morte commencaient la dernière toilette, Fleur des Ondes se mêla à leur groupe. Défaisant les longues nattes de La Source, elle peigna soigneusement ses cheveux, avec nn peigne d'’arêtes de poissons taillées et polies comme l'ivoire ; puis elle les ramena sur la pcitrine eu un fichu soyeux et lustré.

On revêtit la morte d'habits splendides qui, jadis, avaient fait l'envie de ses compagnes : une robe en peau de caribou soigneusement mégie, enjolivée de broderies en poils d'orignal. d’un dessin compliqué—travail patieut et ingé-

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