SG FLEURETTE
— Il y en a une de mariée, Famée.
— Cela m’est égal, celle dont je désire connaître le nom, c’est ma marraine.
— Ta marraine !
— Eh oui, vous ne vous rappelez pas... celle qui m’a nommée Fleurette.
— Tiens, c’est un joli nom, aussi joli que toi, et ce n’est pas peu dire.
— Il ne s’agit pas de moi, monsieur, s’écria Fleurette avec impatience; mais d’elle ; de ma protectrice, de celle qui a donné si généreusement, à une pauvre fille, une pièce d’or, cause de sa fortune.
— Oui, oui, je me rappelle, s’écria Ludovic, en s’étendant sur le divan, c’est une bêtise qu’elle fit là ; eh bien! après, ou en veux-tu venir? Que me demandes-tu?
— Son nom, monsieur, le nom de cette noble demoiselle si charmante et si aimable déjà ! son nom, monsieur, répétait Fleurette d’une voix suppliante, parlez, parlez donc.
— Clotilde de Kéroualle, dit Ludovic, la cousine de ces demoiselles, orpheline sans fortune, la Cendrillon de la maison.
— Où demeure t-el le ? où est-elle ? à Paris ?
— Non... au fin fond de la Bretagne, où sa tante, madame la marquise, prétend qu’on vit avec plus d’économie que dans la capitale; c’est vrai, et avec plus d’ennui. Du reste, voilà un an que je n’ai entendu parler de ces dames, et à moins que quelque grand événement de famille ne nous les ramène, elles vivront et mourront, la mère dans son vieux château, et les filles dans quelque couvent des environs.
— Ah! ce château, si je pouvais y aller, fut-ce à pjed!
— Pourquoi ? que leur veux-tu ?
Elle ne répondit pas.
— Au fait, dit-elle en elle-même en le regardant, à quoi bon lui dire? il ne me comprendrait pas.
— Eh bien ! si tu n’as à leur faire, comme filleule, que des compliments de bonne année, autant leur écrire.
— Eh ! je ne sais pas écrire, s’écria- t-elle avec désespoir.
— Un instant, dit Ludovic, en la retenant sur le divan, d’où elle voulait se lever, maintenant que j’ai répondu à toutes tes questions, à mon tour de t’interroger.
— - Vous n’aurez pas le temps, monsieur, car voici mademoiselle Justine qui revient.
Justine rentrait en effet, et cette fois avec un aplomb rare, elle s’écria, en riant comme une folle : j’ai fait attendre monsieur et je lui en demande pardon. J’étais depuis dix minutes à la porte de madame, chez qui je n’osais entrer, tant je croyais l’entendre dormir d’un bon sommeil... Et Larose s’est moqué de moi en me disant que madame était sortie.
— Sortie à cette heure, dit Ludovic étonné.
— Oui, monsieur, je ne voulais pas le croire ; il paraît que la mère de madame est indisposée... elle a envoyé prévenir madame. . . qui est sortie. . . et vite et vite.
— C’est bien, dit Ludovic, sans s’inquiéter autrement de l’indisposition de sa belle-mère...
J’attendrai.
Justine le regarda d’un air étonné.
— Je peux attendre, répéta le jeune homme en jetant un coup d'œil sur Fleurette.
Puis s’adressant à Justine :
— Dis seulement à mes gens de s’en aller... je n’ai pas besoin d’eux.
Justine sortit vivement en se disant :
— Elle doit être chez Héloïse, je cours la prévenir.
Un instant après, on entendit le roulement de la voiture qui s’éloignait, et Ludovic, se rapprochant de Fleurette, la contempla un instant en silence avec une admiration qui avait quelque chose d’impertinent.
— Sais-tu, petite, que tu es vraiment très-drôlette et trèsgentille ! c’est moi qui te le dis.
— Je vous remercie de me le dire, répondit -elle froidement, mais je le savais déjà.
— Cela prouve alors, continua-t-il en la regardant d’une manière significative, cela prouve que si tu voulais...
Il s’arrêta, comme attendant la réponse de la jeune fdle, qui garda le silence.
— Me comprends-tu ? •
— Parfaitement.
— Si donc tu voulais, répéta-t-il lentement...
— Oui, dit Fleurette en riant, mais je ne veux pas.
— Tu ne vendrais plus de bouquets, continua Ludovic en achevant sa pensée.
— Chacun son goût, j’aime mieux vendre des bouquets.
— Nous donnons donc dans les grands sentiments! s’écria Ludovic avec ironie.
— Moi ! dit Fleurette en haussant les épaules, les grands sentiments sont pour les grandes dames, mais nous autres...
— Alors, qu’est-ce que tu attends pour te décider?
— Ma volonté, mon idée, mon caprice.
— C’est mieux, dit Ludovic, en se rapprochant d’elle avec empressement, et cette idée... ce caprice... que faudrait-il faire, chère petite, pour l’obtenir?
— Une seule chose.
— Laquelle ?
— Me plaire !
Loin d’être déconcerté par cette réponse, Ludovic l’interpréta dans le sens le pins favorable à son amour-propre. Il n’y vit qu’un aveu indirect.
— Je comprends, dit-il en caressant avec complaisance l’extrémité de ses moustaches, tu aimes mieux ne pas en convenir tout de suite et te faire prier, eh bien î on te priera.
Fleurette ne répondit pas.
— Je te demande donc avec prière, avec instance, de me dire quel jour tu m’aimeras !
Fleurette, sans se fâcher le moins du monde, leva ses jolis yeux vers lui, et dit en riant :
— Je ne vous répondrai pas : jamais, parce qu’il ne faut décourager personne; mais je vous répondrai : pas encore !
— Allons, allons, répondit le jeune homme en cherchant à cacher son dépit sous un sourire, tu n’as décidément pas oublié notre première entrevue, et tu m’en gardes rancune.
— Si peu, monsieur, qu’avant de vous quitter, et en mémoire de cette première rencontre, je veux vous rendre un important service.
— Toi, voilà qui est curieux ; je t’écoute.
— Eh bien ! monsieur n’en parlez à personne et faites-en votre profit : on vous trompe ici.
— Vraiment î
— Je vous le certifie. Il y a deux autres personnes que vous, dont on reçoit les bouquets. Tenez, dit-elle, en les lui montrant, les voici.
— Je le savais, dit-il froidement.
Fleurette s’éloigna de lui, en poussant un cri d’indignation.
— Vous le saviez, dit-elle, et vous continuez à venir!
— Cela t’étonne! dit-il en souriant avec amertume; quel-
que riche que je sois, tout devient si cher maintenant, à commencer par les passions de ce quartier-ci, que ma fortune ne me permet pas d’en avoir une à moi tout seul. Tu ne me comprends peut-être pas, petite.
— Trop bien, fit la jeune fille avec dégoût.
— Et puis, ma mère, qui veut toujours me tenir en tutelle, ne me permet ni de me ruiner, ni de m’afficher.
— Elle a raison, votre mère.
— Je commence à le croire. Il y a telle jeune fille inconnue, plus jeune, plusjolie que mademoiselle Délia; qui l’éclipserait bien vite, si on se donnait seulement la peine de la mettre un peu en vogue.
Fleurette n’eut pas l’air de comprendre et se dirigea vers la porte d’entrée.
En ce moment, cette porte s’ouvrit et parut mademoiselle Délia en toilette du matin élégante.
Elle venait de faire une excursion au dehors, un déjeuner champêtre probablement, car elle avait les vives couleurs que donne l’air des bois ou des champs. Elle donnait le bras à un charmant jeune homme, qui ne faisait pas partie du triumvirat.
— Ah ! s’écria mademoiselle Délia en apercevant Ludovic.
Ali! vous m’attendiez, cher, je vous demande pardon, je
viens de chez ma marchande de modes, j’ai rencontré en route Saint-Féstève, mon maître de chant que je vous présente. Il m’a donné le bras jusqu’ici, parce que c’est aujourd’hui mon jour de leçon.
— Que je ne vous empêche pas de la prendre, dit Ludovic, je m’en allais, et madame votre mère, comment se porte- t-elle?
— Comme le pont Neuf, mon cher; mais vous avez l’air contrarié.
— De ne pouvoir déjeuner avec vous ; j’ai un rendez-vous d’affaires ; c'est ce que je venais vous dire.
LA BOUQUETIERE 91
— Ali! s’écria Délia, comme c’est fâcheux! je n’ai pas de chance. On vous verra du moins ce soir, je suppose. Puis, sans attendre la réponse de Ludovic :
— Bonjour, petite, dit-elle à Fleurette ; où est donc Justine ? comment n’est-elle pas là, à mon arrivée?
— Elle sera allée chez votre mère, qu’elle croyait malade, s’écria Ludovic ; elle est si attachée à toute la famille !
— C’est vrai, répondit naïvement Délia; je vais prendre ma leçon. Saint-Estève, venez-vous?
Et saluant Ludovic de la main :
— A ce soir, très-cher.
Délia termina la scène par cette brillante sortie; elle disparut dans le salon, suivie de son maître de chant.
Quant à Ludovic, cachant de son mieux son dépit, il s’élança vers la porte de l’antichambre ; mais, au moment de partir et la main sur le bouton de cristal, il s’arrêta :
— Fleurette, s’écria-t-il avec chaleur, dis un mot, et demain, à toi, la survivance de Délia, à toi ma voiture, mes chevaux, mon amour, de plus, un mobilier neuf et brillant.
Fleurette partit d’un éclat de rire.
— Qu’as-tu donc ? s’écria-t-il étonné.
— J’ai, j’ai, monsieur, que si mademoiselle Délia vous entend, vous allez me faire perdre la clientèle de sa maison, et j’y tiens.
• — Adieu, s’écria Ludovic, furieux, en se précipitant dans l’antichambre.
— Adieu, répéta Fleurette.
Elle se laissa tomber sur le canapé, y resta quelques instants plongée dans ses réflexions, puis levant la tête :
— Décidément, dit-elle, je crois que j’aimerais mieux Etienne.
Le lendemain était un dimanclie. C’était, d’après ce qu’avait dit Guillaume, le seul jour où la caisse d'épargne fut ouverte, dans l’intérêt de l’ouvrier qui avait ainsi la semaine pour faire des économies, et le dimanche pour les placer.
Guillaume avait promis à Fleurette de la venir prendre sur le midi. Fleurette était laborieuse, par conséquent matinale: mais ce jour-là était dimanche, où elle allait réaliser le fruit de ses économies et assurer le placement de sa petite fortune. C’était jour de fête.
Aussi il était près de neuf heures et Fleurette était encore dans son lit ; c’était la première fois que cela lui fut arrivé.
Elle rêvait à sa position qui n’avait rien que de rassurant, elle rêvait aux singulières propositions qui, depuis quelques jours, lui étaient faites et qui ne l’effrayaient pas non plus.
Les offres de Ludovic ne F avaient pas plus éblouie, que le désespoir d’Etienne ne l’avaient attendrie.
Aucun des deux soupirants n’avait fait battre son cœur, Aucun des deux, il faut le dire, n’avait excité son indignation, et leurs propositions n’offraient à sa moralité qu’un défaut, celui de ne pas lui plaire.
Cependant, comme nous l’avons dit à la fin du dernier chapitre, quoiqu’elle ignorât complètement ce qu’était l’amour, un instinct secret et qui ne trompe guère, lui disait qu’Etienne l’aimait et que Ludovic ne l’aimait pas; que la tendresse jalouse et grossière de l’un avait quelque chose de flatteur, et les déclarations élégantes de l’autre quelque chose d’humiliant. Quant à Guillaume, il ne lui venait pas même à l’idée qu’il eût de l’amour pour elle et que son amitié dût jamais y ressembler.
La jeune fille retournait toutes ces idées dans son cœur, ou plutôt dans sa tête, lorsqu’elle entendit frapper à la porte de sa chambrette.
LA BOUQUETIERE 93
Madame Beaurin, avait seule le droit de monter à son cinquième étage ; elle venait rarement dans la semaine ; mais, le dimanche, elle apportait volontiers à Fleurette son déjeuner, composé d’un petit pain et d’une tasse de lait,
— Entrez, cria-t-elle du fond de son lit.
Ordre d’autant plus facile à exécuter que la clé était toujours à la porte, tant la maison de#M. Ducresson ou plutôt de madame Beaurin offrait de sécurité aux locataires, tant Fleurette avait de confiance dans ses voisins ; et comme la porte ne s’ouvrait pas, elle répéta de nouveau :
— Entrez.
Un pas lourd se fit entendre. Fleurette poussa un cri. Un jeune homme était au milieu de sa chambre; ce jeune homme était Etienne.
Il avait refermé la porte derrière lui, et regardait tous les objets qui l’environnaient d'un air troublé et indécis.
— Vous, Etienne! s’écria la jeune fille, chez moi, à cette heure ! que me voulez-vous ?
Il ne répondit pas et porta la main à son front.
— Répondez, qui vous amène? que venez-vous faire?
— Je n’en sais rien, dit-il, après un instant d’hésitation, et puis tournant ses yeux du côté de la jeune fille, si, vraiment, je le sais, mademoiselle Fleurette.
— Eh bien ! dites-le et allez-vous-en.
— Le dire, c’est difficile ;. .. m’en aller, ça l’est encore plus, car je ne peux plus marcher, dit-il en trébuchant et en tombant sur une des deux chaises, qui formaient le mobilier de l’appartement.
U était ivre.
Fleurette s’enveloppa dans ses couvertures et lui dit d’un air de mépris :
— Vous m’aviez juré de ne plus boire.
— C’est vrai.
— Et vous avez bu, à l’instant meme.
— C’est vrai — pour vous... pour vous seule... et pas encore assez... par malheur — j’ai envie d’y retourner ..
— C’est ce que vous pouvez faire de mieux, partez.
— Non pas, fit-il après un instant de réflexion ; puisque j’ai fait la faute, il faut la boire... ou plutôt, puisque je l’ai bue... il faut la... non! s’écria-t-il, en se reprenant, je m’embrouille, tenez, et il cherchait à rappeler ses idées; je vais tout vous raconter et vous verrez;... vous conviendrez vousmême, car vous êtes juste et raisonnable, qu’il faut que ça ne soit pas maintenant... Oui, morbleu! s’écria-t-il en frappant avec force sur la table, ça sera, il y va de mon honneur, car on est honnête homme ou on ne l’est pas, et je le suis, je le suis, répétait-il avec force.
Fleurette vit aisément qu’il cherchait à s’animer lui-même et à se donner ainsi une audace et un courage qu’il n’avait pas, et dans la position difficile où elle se trouvait, elle pensa que la douceur valait peut-être mieux que la colère.
— Oui, Etienne, lui dit-elle, oui, vous êtes un honnête homme.
— N’est-ce pas? s’écria-t-il avec chaleur.
— Vous l’avez toujours été.
— Excepté hier... mais ce n’est pas ma faute, vousle savez, c’est mademoiselle Charlotte, c’est Pierre, c’est les autres qui m’y ont poussé, ce sont de faux amis.
— Mais moi, Etienne, je suis votre véritable amie.
— Oui, vous, Fleurette, vous! continua-t-il avec attendrissement. C’est pour cela...
— Que vous allez tout me dire.
— J’ai cru que vous le saviez.
— Du tout, dit la jeune fille, reprenant un peu de confiance.
— Imaginez-vous qu’hier, est-ce hier? oui, en vous quittant, j’ai été à l’atelier pour voir ma sœur Michelette.
— Que vous avez vue ?
— Non, elle n’y était pas ; mais Charlotte, mais Pierre, mais les demoiselles de l’atelier, elles y étaient.
— Eh bien ?
— Eh bien ! je ne me rappelle pas comment c’est venu, on m’appelait le fidèle berger, l’amoureux transi; enfin, on se moquait de moi..., et on n’aime pas cela. Enfin elles disaient toutes, s’écria-t-il avec un redoublement de colère, que tu ne voulais pas de moi, Fleurette, que tu n’en voudrais jamais.
— Qui sait?
— Oui, qu’en savez-vous ? ai-je dit; elle sera à moi, j’en suis sur! Alors, entends-tu les éclats de rire, car ils disaient tous en me raillant : Quand donc? Quand donc? Ces mots-là, je les entends encore, ils retentissent toujours à mon oreille... Quand donc?
— Il ne fallait pas y faire attention.
— C’était plus fort que moi, ça me donnait la fièvre au cerveau et la rage au cœur. Mais j’ai trouvé bientôt le moyen de les faire taire et de les confondre à mon tour ?
— Comment cela? dit Fleurette avec inquiétude.
— « Ah! vous demandez quand donc? quand donc? eh i) bien! vous n’avez plus rien à me demander, » ai-je répondu d’un air malin.
— Tu as dit cela, s’écria Fleurette avec indignation.
— Oui, oui ; et j’ai bien fait ! Si tu les avais vus alors stu-
péfaits, renversés ! Et moi je riais à mon tour, ils m’ont voulu faire lever la main.
— Et tu l’as fait ?
— Il le fallait bien ; le moyen de reculer !
— Mais tu es un infâme !
— Est-ce que je dis le contraire? — Fallait voir comme ils m’ont félicité, Charlotte surtout! comme ils m’ont fait des compliments sur ce qu’ils appelaient mon triomphe.
— Mais c’est un indigne mensonge !
— Sans doute, aussi faut que ça n’en soit pas un. C’est ce que je me dis depuis ce matin, parce que je suis un honnête homme ; — je suis un honnête homme, répéta-t-il en cherchant à se lever, et>, dès que j’ai juré, il faut... que ce soit la vérité, — et il s’avança vers Fleurette.
— Etienne, s’écria la jeune fille, si tu fais un pas de plus, je ne te revois de ma vie.
— Je comprends, dit-il, en s’arrêtant, parce que je suis gris; — mais il fallait — tu le comprends, — jamais sans ces petits verres d’eau-de-vie, je n’aurais osé venir chez toi... ni te regarder en face... Il m’en aurait fallu quelques-uns de plus, pour me troubler encore plus la vue... et m’empêcher de te reconnaître.
— Tu me reconnais donc? lui dit Fleurette, en le regardant avec un air de fierté qui lui fit baisser les yeux. Tu reconnais celle qui t’a fait l’aumône, celle qui a partagé, avec toi, le peu qu’elle avait, et tu viens chez elle pour la voler.
— Moi ! s’écria le jeune homme avec émotion.
— Tu reconnais celle que tu avais juré de protéger et de défendre, et tu viens l’attaquer.
— Oh ! non, mamzelle Fleurette, dit-il en tremblant.
— Tu reconnais celle qui a été ton amie, celle qui t’ai-
mait, et tu veux lui arracher par force l’alTection qu’elle te destinait peut-être de son plein gré.
— Non, non, jamais, s’écria-t-il en baissant la tête et en étendant vers elle une main suppliante! pardon, mamzelle, pardon.
— Je te l’accorderai, reprit-elle avec force, si tu en es digne, si tu m’obéis.
— Toujours !
— Va donc d’abord ouvrir cette porte.
Il y alla et d’un pas assez ferme, car il était déjà à moitié dégrisé, et il se tint debout sur le seuil.
— Maintenant, lui dit-elle, va-t’en.
— Oui ! Fleurette.
— Retourne chez toi.
— Oui, Fleurette.
— Tu ne chercheras pas à me voir d’aujourd’hui?
— Vous croyez...
— Je le veux.
— J’obéirai.
— Tu m’attendras demain, sur les midi, chez ta sœur Michelette.
— Et là vous me pardonnerez.
— Nous verrons.
— • Ah! s’écria-t-il en faisant un pas pour rentrer dans la mansarde, vous m’avez promis...
— Rien ! si tu ne commences pas par obéir.
— C’est juste, dit-il en s’éloignant.
Et, un instant après, Fleurette entendit le bruit de ses pas se perdre peu à peu dans l’escalier.
La jeune femme sauta à bas de son lit, ferma sa porte au verrou et s’empressa de s’habiller.
Exact au rendez-vous, Guillaume arriva à midi précis. Fleurette était prête. Ses économies, qu’elle avait comptées trois ou quatre fois, de peur de se tromper, se montaient à huit cent trente-deux francs, Tous deux se rendirent à la caisse d’épargne.
Chemin faisant, elle lui raconta ses aventures de la matinée et celles de la veille, dans leurs moindres détails et sans restrictions aucunes, lui accordant ainsi, d’elle-même et comme chose toute narurelle, ce quil ne lui serait jamais venu à l’idée de livrer à Ludovic ou à Etienne, son amitié, sa confiance, son âme tout entière. Elle ne s’aperçut pas que, pendant ce récit, Guillaume pâlit souvent; elle ne sentit pas que le bras, sur lequel elle s’appuyait tressaillit plus d’une fois.
— , Ce que tu me racontes-là est grave, dit-il en secouant la tête.
— En quoi donc ? répondit-elle en riant, puisque Etienne a obéi, et qu’il est parti sur-le-champ.
— Oui; mais la veille, devant ces jeunes filles envieuses et bavardes et devant leurs amants, tous ouvriers du quartier, il a dit que tu étais à lui.
— Puisque ce n’est pas vrai !
— Et si on le croit ?
— Que veux-tu que j’y fasse ?
— Mais ta réputation, Fleurette...
Ma réputation... dit-elle en haussant les épaules, à moi
Fleurette, la bouquetière, la fille du peuple ! es-ce que j’en ai une seulement? Et, si j’en ai une, qui y pense?... ou qui &’en inquiète?
— Mais, tes amis d’abord !
— Mes amis! je n’en ai qu’un, Guillaume... c’est toi! et comme tu sais la vérité et que tu n’en doutes* pas, peu m’importe ce que penseront les autres.
— Certainement, mais un bruit comme celui-là, meme mensonger, fais du tort à une jeune fille, et si tu voulais te marier. . ,
— Moi, me marier! fit-elle, en partant d’un éclat de rire, à quoi bon ?
— A quoi bon? dit Guillaume d’un air étonné, ^tu es, Fleurette, une singulière fille, et tes idées le sont encore plus.
— Mes idées, je n’en ai pas du tout, et je n’ai jamais pensé à ce dont tu me parles là.
— Mais d’autres peuvent y penser pour toi ! un mari peut se présenter...
— Un mari! allons donc! qui m’épouserait? Qui voudrait jamais m’épouser? A moins, dit-elle, que ce ne soit pour les huit cents francs que j’ai là.
C’est vrai, dit-elle, en réfléchissant, je n’y pensais pas, alors mon parti est pris ; raison de plus pour n’y jamais penser.
Guillaume, qui allait parler, s’arrêta et garda le silence.
— J’ai raison, n’est-ce pas? continua-t-elle, et tu m’approuves.
— Certainement, répondit froidement le brave commissionnaire.
Us étaient arrivés à la caisse d’épargne. Fleurette déposa son argent et prit son livret; mais, à son grand chagrin, Guillaume ne revint pas avec elle. Il avait une affaire qui l’appelait dans un autre quartier.
Elle se promena seule, sur les boulevards, regarda les belles boutiques d’étoffes et de bijouterie. Elle les contemplait d’un œil d’admiration plutôt que d’envie, car elle n’aspirait jamais qu’au possible, et il ne lui venait pas à l’idée qu’elle dût jamais posséder de pareils trésors.
Elle rentra chez elle de bonne heure, et fut étonnée, après avoir, comme à l’ordinaire, allumé sa petite lampe, d’apercevoir, sur sa cheminée, un superbe bouquet dans un verre d’eau, et pas un bouquet de seconde main et de hasard, mais un bouquet tout neuf et fait exprès pour elle.
— Quelle singulière idée, pensa-t-elle, de m’envoyer un pareil cadeau, a moi, bouquetière!
Mais, en regardant de plus près, elle vit sur la cheminée une petite boîte en carton qu’elle s’empressa d’ouvrir, et qui contenait une très-jolie broche en or.
Comment expliquer un pareil cadeau ? Qui le lui envoyait ? Ce ne pouvait être ni son ami Guillaume, ni son amoureux Etienne. Ils étaient, tous les deux, trop pauvres pour cela.
Serait-ce monsieur Ludovic? mais la conversation de la veille n’avait pas dû lui sembler assez agréable, pour qu’il cherchât à en rappeler le souvenir.
Ne serait-ce pas plutôt quelques jeunes gens, qu’elle aurait rencontrés le matin chez mademoiselle Délia, ou dans quelques maisons élégantes du quartier.
— Attendons, dit-elle ; l’amoureux mystérieux se fera connaître.
D’ici là, elle était seule, elle était chez elle, rien ne l’empè' chait d’essayer la broche, devant la petite glace à cadre doré, qui décorait le milieu de sa cheminée.
L’or et les bijoux sont si aisés à porter, qu’il vont bien à tout le monde; il semble, quand on s’en pare pour la première
fois, qu'on n’ait fait que cela toute sa vie. Fleurette fut donc charmée d’elle-même et se trouva un air de grande dame.
Elle ôta plusieurs fois sa nouvelle parure, pour avoir le plaisir de la remettre, et, le matin, elle en était déjà ornée, lorsque madame Beaurin entra dans sa chambre, je ne sais sous quel prétexte.
Elle devait connaître Fauteur de ce brillant cadeau ; bien plus, elle seule, ayant la clé de la chambre de Fleurette, avait pu y placer, pendant son absence^ le bouquet el le bijou ; mais elle affecta une surprise manifestée par de grandes exclamations.
— Du reste, s’écria-t-elle, je me doutais bien, mademoiselle Fleurette (c’était la première fois qu’elle l’appelait Mademoiselle), que ça ne tarderait pas, par bonheur pour moi, qui n’aurai bientôt plus à monter cet éternel cinquième.
— Pourquoi cela ? demanda Fleurette.
— Parce que Mademoiselle est dans l’âge et la position où, chaque mois, l’on descend d’un étage, et vous serez bientôt au premier, comme mademoiselle Délia.
A ce nom, Fleurette rougit, et par un mouvement involontaire, elle porta vivement la main au bijou, qu’elle détacha de sa robe et qu’elle jeta sur la cheminée. Madame Beaurin n’eut pas l’air de remarquer ce mouvement.
Fleurette descendit rapidement l’escalier et sortit. Elle regarda de loin, au coin de la rue et n’aperçut pas Guillaume à son poste habituel.
Ou il n’était pas encore levé à cette heure-là, ce qui était bien extraordinaire pour lui, ou bien il était déjà en courses.
Elle commença les siennes et s’occupa avec activité de ses affaires. Dans la journée elle pensa quelquefois à Etienne, plus souvent au mystérieux amoureux, qui se plaisait à exci-
ter ainsi sa curiosité. L’inconnu a un grand charme pour toutes les imaginations, et surtout pour celles des jeunes filles.
Le soir, en rentrant dans sa chambrette, elle voulut tout d’abord donner un coup-d’œil au cadeau de la véille. Nouvelle surprise! un autre bouquet l’attendait, et de plus, une boîte en maroquin rouge.
Elle l’ouvrit et y trouva une petite montre de femme en or et une chaîne d’or.
Si, !a veille, Fleurette avait été heureuse d’une parure, tout-à-fait deluxe pour elle, quel ne fut pas son ravissement à l’aspect d’un bijou qui, outre son éclat et son élégance, était pour elle d’une absolue nécessité.
Une montre était une chose indispensable, un meuble dont vingt fois par jour elle avait, dans ses courses et dans ses affaires, regretté la privation.
Elle retournait et examinait celle-ci dans tous les sens, et son admiration redoubla quand elle s’aperçut qu’elle était à répétition. Jusqu’à minuit, heure à laquelle elle se décida enfin à se coucher, ce fut un carillon perpétuel dans la petite chambre de la jeune fille. Elle s’endormit en rêvant à l’auteur de ce cadeau ; elle ne le devinait pas ; mais bien certainement il y avait là une galanterie, un à-propos et une délicatesse qui excluaient l’idée de monsieur Ludovic : ce ne pouvait être lui.
Le lendemain, levée et habillée de bonne heure, elle jeta, avant de partir, un dernier regard sur sa montre. Elle ne put résister au désir de passer la chaîne autour de son cou.
Cette chaîne brillante faisait un si bon effet sur sa robe de mérinos noir, qu’il lui fut impossible de s’en détacher. Elle la garda. Elle avait d’ailleurs tant de courses à faire dans la journée, qu’elle avait besoin de savoir l’heure.
Elle voulait d’abord raconter son aventure et montrer sa
montre à Guillaume et lui demander conseil; mais, ce jour-là encore, le commissionnaire n’était pas à son poste, et madame Jacques la charbonnière donna à entendre à Fleurette que Guillaume avait accepté l’entreprise de plusieurs centaines de voies de bois à scier, et que cet important travail le retiendrait quelques jours dans je ne sais quel hôtel du faubourg Saint-Germain.
Forcée jusque-là de se passer des avis d’un ami si prudent et si dévoué, Fleurette descendait lentement le faubourg Montmartre, lorsqu’elle entendit son nom prononcé par une voix jeune et vibrante qui lui était bien connue; c’était celle de Charlotte, qui venait de l’aborder sans façon.
— Te voilà ! ma chère Fleurette, que je te fasse mon compliment.
— Sur quoi?
— Il parait que nous nous sommes décidée à ne plus être prude, ni pie-grièche ; tu as bien fait, c était de la duperie et du temps perdu. C’est ce que tout le monde disait à l’atelier, où nous t’aimons toutes, à commencer par moi.
— Tu es bien bonne.
— Quant à celui que tu as pris, on pouvait choisir mieux; mais Etienne n’est pas mal ; il t’aime depuis longtemps ; c’est le frère d’une amie ; il faut bien commencer par quelqu’un, .et si ce n’était les colères auxquelles il est sujet...
Tout ce petit discours avait été débité avec une volubilité si grande, que Fleurette n’avait encore pu placer un mot ; elle ne vit qu’un moyen de s’opposer au torrent qui menaçait de l’envahir ; elle mit sa main sur la bouche de Charlotte qui, suffoquée par le manque d’air, se mit à tousser, et Fleurette profita vivement de ce temps pour prendre la parole.
— Très-bien! clière amie, très-bien, dit-elle, je te remercie de l’intérêt que tu me portes, mais il est inutile , attendu qu 'Etienne ne rn’est rien, absolument rien, et qu’alors ses bonnes ou mauvaises qualités me sont tout-à-fait indifférentes.
— Allons donc, fit Charlotte en haussant les épaules, ne vas-tu pas nier la chose ? C’est Etienne, Etienne lui-même qui nous a dit. ..
— Un mensonge, s’écria Fleurette, un mensonge que vous n1 auriez pas du croire et que je lui défie de prouver.
— Ecoute, chère amie, dit Charlotte en affectant un sangfroid superbe, ce qui est fait est fait ; il n’y a pas à revenir là-dessus. Maintenant, que tu en sois fâchée et que tu trouves, comme je te le disais tout à l'heure, que tu aurais pu mieux choisir, c’est vrai, c’est l’avis de tout le monde. Avec ta jeunesse, ta gentillesse et ta tournure, tu pouvais certainement trouver quelque chose de très-bien, de très comme il faut, et je conçois que tu aimes autant qu’on n’en parle pas. Est-ce là ton idée? Avoue-le franchement; tu nous connais, nous serons muettes ; on se doit ça entre amies, à charge de revanche.
— Eh non! s’écria Fleurette avec colère, je répète, je jure qu’Etienne n’a jamais été rien pour moi, et je te prie toi et ces demoiselles, de le dire, comme je le dis, hautement et partout.
— Convenu, répéta Charlotte avec sang-froid, on le dira. Après cela tu pouvais bien l’avouer. Mon Dieu, tu trouveras peut-être plus mal ; mais si tu as trouvé mieux, c’est tout simple.
— Moi, dit Fleurette avec indignation.
— Certainement. Et j'en vois la preuve, dit Charlotte, en attachant un regard malin sur la chaîne d’or que Fleurette par-
tait à son cou et sur la montre passée dans sa ceinture; elle est de bon goût, riche et distinguée, j’en ai toujours rêvé une comme celle-là... et je comprends très-bien, ma chère, continua-t-elle, avec un rire où perçait l’envie, que tu ne veuilles pas sacrifier ni briser, pour monsieur Etienne, ^des chaînes comme celle-ci ; nous ferions toutes comme toi.
Adieu, s’écria-t-elle, en se dégageant des mains de Fleurette qui voulait la retenir et se justifier, adieu, je n’ai pas le temps de causer plus longtemps, je serais en retard pour l’atelier. Mes compliments à ton nouveau. Tu nous le présenteras, n’est-ce pas ?
Elle avait déjà tourné le coin de la rue et disparu, que Fleurette était encore immobile à la même place ; mais, revenant peu à peu à elle, et reprenant son sang-froid, elle se dit :
— Ça ne se passera pas ainsi. Je tiens peu à l’opinion de ces demoiselles, mais je tiens à la vérité et on la connaîtra.
Elle avait donné, la veille, rendez-vous à Etienne chez Michelette ; elle y courut. Mais Fleurette n’avait pas de chance ce jour-là. Michelette, par extraordinaire, s’était levée de bonne heure et était déjà partie pour Y atelier ; elle résolut d’aller l’y rejoindre.
Elle arriva rue Neuve-Coquenard, gravit l’escalier et entendit un grand bruit. La porte de l’atelier, restée entrouverte, laissait distinguer des voix d’hommes et des voix de femmes, et d’ailleurs on criait si fort, que, ïh porte même fermée, on n’aurait pas perdu un seul mot. On prononçait son nom, elle s’arrêta et écouta :
— Oui, oui, disait une de ces demoiselles, Fleurette, sans qu’il y parût, était la plus coquette de nous toutes, et ce n’est pas peu dire !
— Ce n'est pas vrai, criait Michelette. Je m’en rapporte
JOo fleurette
à Charlotte elle-même, qui n’a jamais rien pu dire sur son compte,
— Moi! répondit Charlotte, je ne peux pas parler, parce que, depuis ce matin, je sais de Fleurette elle-même des choses que la délicatesse me défend de révéler ?
— Lesquelles? s’écria Etienne, qui était assis auprès de sa sœur, et dont la voix retentissait au milieu de toutes les autres, car il répondait à la fois à Pierre, à Léopold et à Charlotte, quelles sont les choses que la délicatesse vous défend de révéler.
— C’est à vous que je les dirais moins qu’à tout autre, répliqua Charlotte d’un air pincé, car vous savez mieux que personne ce qu’on doit penser de la vertu de Fleurette.
— Et si vous vous trompiez, répondit Etienne en pâlissant et en élevant la voix, si Fleurette était toujours la plus honnête fdle de vous toutes!
Un long éclat de rire répondit à cette proposition audacieuse.
— Et ce que tu nous as dit l’autre jour ! ‘s’écria Léopold.
— Ce que tu nous as juré! ajouta Pierre.
— Etsi je m’étais vanté ! répondit Etienne, si j’avais menti !
— Toi !
— Oui, moi î
Tout le monde s’écria à la fois, et Fleurette était debout en dehors, près delà porte, écoutant toujours, et son cœur battant avec force, en entendant Etienne faire, de lui-même, un pareil aveu.
— Oui, continua Etienne avec force, c’est moi qui ai inventé tout cela. Elle ne m’a rien accordé, je n’ai rien obtenu ; traitez-moi comme vous voudrez ; j’aime mieux attirer votre mépris sur moi que sur elle.
— Eh! qui nous dit que tu ne mens pas encore, en ce moment ? s’écria Léopold.
— Qui vous le dit ! répondit Etienne, dont les lèvres pâlissaient de colère, qui vous le dit? moi, qui assommerai le premier qui doutera de ma parole, à commencer par toi, Léopold.
A ces mots, un grand tumulte éclata dans l’atelier. Léopold et Etienne voulaient sortir; les hommes qui étaient là, et les femmes elles-mêmes, à commencer par Micheletté, se jetèrent au-devant d’eux pour les retenir; et Fleurette, craignant d’être surprise, épiant et écoutant aux portes, Fleurette se hâta de descendre l’escalier et de sortir de la cour sans avoir été aperçue.
Jamais Fleurette n’avait ressenti, en faveur d’Etienne, ce qu’elle éprouvait pour lui en ce moment.
Quoique la délicatesse des sentiments lui fût à peu près étrangère, quoiqu’il lui fût difficile d’apprécier, par la comparaison avec tout autre espèce de courage, ce qu’il y avait d'héroïque dansjcelui-ci, un instinct secret lui disait que s’accuser ainsi soi-même devant les autres, ne point reculer devant sa propre honte, braver le mépris pour rendre l’honneur à une pauvre fille, était quelque chose de beau, de sublime, qui ne pouvait venir que d’une haute vertu ou d’un ardent amour. Dans cette occasion, par malheur, un seul mobile dirigeait Etienne, celui de reconquérir l’afTection de Fleurette qu’il avait perdue. Qu’importe? c’était une belle action de
plus, dont l’amour était cause et dont il fallait lui tenir compte.
Elle attendit le soir, et quand elle supposa que Miclielette était revenue de l’atelier, elle se rendit chez elle pour lui parler de son frère.
Elle gravit le cinquième étage de la jeune ouvrière et, au moment où elle frappait à la porte, elle entendit dans l’intérieur de la chambre un mouvement qui lui fit présumer que Miclielette était en effet de retour.
Ce fut elle qui lui ouvrit, et elle avait un air de trouble et d’inquiétude qui effraya Fleurette.
— Qu’est-ce donc? qu’y a-t-il? lui demanda celle-ci, en se laissant tomber sur une chaise, dans l’espèce de palier qui précédait la chambre de Miclielette.
— ■ Il y a que mon frère s’est battu pour toi.
— Comment cela?
— C’est que tu ne sais pas ce qui s’est passé ce matin à l’atelier.
— Si, vraiment.
Et elle lui raconta tout ce qu’elle avait entendu et la scène dont elle avait été témoin, sans se montrer.
— Tu ne sais rien, s’écria Miclielette, tu es partie au moment où le monde se précipitait entre eux, pour les séparer.
— Oui, vraiment.
— Et Charlotte, pour apaiser la colère de mon frère ou plutôt pour l’augmenter, s’écria: qu’il avait grand tort de se mêler d’une querelle pareille et de s’occuper de toi ; que cela ne le regardait en rien, attendu que tu 11e te souciais pas de lui; que tu en aimais un autre; que tu lui avais avoué le malin même.
— Moi ! s’écria Fleurette indignée.
— Elle avait promis, il est vrai, de garder le silence; mais dès qu’il s’agissait d’une bataille entre Etienne, mon frère, et Léopold, qui ne lui était pas indifférent, elle devait dire la vérité, pour empêcher de plus grands malheurs.
— Mon frère, écumant de rage, répétait : ce n’est pas vrai ! ce n’est pas vrai! Fleurette n’aime personne.
— Ahî vous le croyez, continua Charlotte, et je vous dis, moi, qu’elle aime quelqu'un de très-riche, qui lui fait des cadeaux magnifiques, témoin ce matin, une montre et une chaîne en or qu’elle portait à son cou.
— Ah ! s’écria Michelette, au milieu de son récit, en regardant le corsage de Fleurette, elle avait raison, cette montre, cette chaîne, les voilà.
— Eh non ! répondit vivement la bouquetière, je t’expliquerai tout, achève, achève !
— Eh bien ! poursuivit Michelette toute tremblante, mon frère, en entendant cela, s’élança sur Charlotte avec tant de furie, qu’on a cru qu’il allait la tuer. Léopold s’est précipité au devant d’elle ; Léopold avait une canne à la main. Il y en avait là une, celle de l’inspecteur, qu'Etienne a saisie, et alors nous avons toutes reculé effrayées.
Mon frère est très-fort au bâton ; mais il était tellement hors de lui, qu’il frappait au hasard et en aveugle, et l’autre, qui avait plus de sang-froid, a paré tout ses coups, et lui en a porté un au bras, qui l’a désarmé et l’a renversé ; on croit qu’il a le bras cassé.
Fleurette jeta un cri.
— Et tu l’as abandonné? dit-elle.
— Non, il a eu la force de venir et de monter jusqu’ici.
— Il est donc là, s’écria Fleurette,
— Oui, dans ma chambre; il souffre beaucoup, mais je
no
suis seule, et n’ose le quitter, pour aller chercher le chirurgien, parce que si, pendant ce temps-là, il se trouvait mal. . .
— Ne suis-je pas là? dit Fleurette. Va chercher du secours ; je resterai auprès de lui aussi longtemps qu’il le faudra.
— Merci, merci, dit Michelette en s’élançant dehors, je reviens le plus vite possible.
Fleurette entra dans la chambre du malade, qui jeta un cri de joie en la voyant :
— C’est vous, Fleurette, vous que je revois!... si vous saviez...
— Je sais tout, je sais tout ce que vous avez fait pour moi, je viens vous en remercier.
Et le voyant d’une pâleur mortelle, produite par les vives souffrances que son bras lui causait.
— Je ne suis pas ingrate, Etienne, croyez-le bien et tout ce que je pourrai faire pour vous le prouver, je le ferai.
— Un mot seulement, un mot. Ce que disait Charlotte, n’est pas vrai, n’est-ce pas?... Vous n’en aimez pas d’autre.
— Non, je vous le jure.
— Et jamais vous n’avez reçu, ni cette montre dont elle parlait, ni cette chaîne. . . Ah ! fit-il, en poussant un cri, qu’estce que je vois là? Vous m’avez donc trompé.
Et ses joues et ^es lèvres, pâles tout à l’heure, devinrent couleur de pourpre : le sang lui porta à la tête avec tant de violence, que Fleurette en fut effrayée et craignit une congestion
Elle s’empressa de lui bassiner le front et les tempes avec de l’eau froide, et, tout en s’occupant de ces soins, elle lui expliquait, par demi-phrases et par mots entrecoupés, comment cette parure se trouvait portée par elle.
— Quant à celui qui me l’a envoyée, je ne le connais même pas, je te le jure.
* — Mais Charlotte, mais ces demoiselles ne le croiront jamais. Elles ne sont même pas persuadées... que, moi, je leur aie dit la vérité.
— N’importe, Etienne, c’est une belle action que tu as faite là.
— J’ai eu beau m’accuser pour te justifier, elles croient ou elles feignent toujours de croire que tu es à moi, ce qui n’est pas vrai... et c’est là ce qui m’enrage... Je suis furieux !
— Que ta générosité ait été inutile, — tu te trompes, car moi je ne l’oublierai jamais ; et tu verras, Etienne, si je t’en sais gré et si je t’en remercie.
— - Ah ! si cela était, dit-il avec joie ; mais ses yeux se reportèrent de nouveau sur la chaîne, et il s’écria avec désespoir : mais ce grand seigneur qui t’aime sans se nommer, et qui te fait des présents pareils, l’emportera toujours sur moi.
— Ne le crois pas.
— Le seigneur riche, dit-il en secouant la tête, sera toujours préféré à l’ouvrier pauvre.
— Pas par moi, tu ne me connais pas.
— Eh bien, prouve-moi que tu me pardonnes, en m’accordant à moi qui suis malheureux, à moi qui souffre, ce que tu as refusé à mon amour.
— Etienne, Etienne! que me demandes-tu là?
— Ah! tu disais que tu étais généreuse, que tu étais reconnaissante... ce n’est pas vrai.
— Je le suis, je le suis plus que tu ne crois.
— Tu n’as pas renoncé à ton grand seigneur.
— Si, vraiment.
— Tu y penses encore... car tu as beau dire, tu le connais... tu l’as vu. ..
— Non, je te le jure, je t’en donnerai toutes les preuves.
— J’accepte et n’en demande qu’une, que tu ne peux me * refuser, sans te jouer des douleurs que j’endure en ce moment.
— Moi ! s’écria-t-elle, jamais !
— Alors dis oui, dis-le, répéta-t-il vivement, dis-le!
Troublée, hors d’clle-même, elle ne répondait pas.
— Eh bien! continua Etienne avec chaleur, si tu ne veux pas répondre, laisse-moi ta main, laisse-moi la prendre, ce sera dire oui.
Ah! s’écria-t-il en la saisissant, c’est promis, c’est juré! Et jamais, je le sais, Fleurette n’a manqué à sa parole.
La porte s’ouvrit,
Michelette rentra suivie de M. Desroehes, un jeune chirurgien qui n’était guère connu que des pauvres de son quartier. En attendant la réputation, il avait du talent, et prodiguait à ses malades des soins et une assiduité que, plus tard, souvent, on n’a pas le temps de leur donner, quand la vogue et la fortune sont arrivées.
Il examina attentivement le bras d’Etienne. Il reconnut qu’il n’y avait pas fracture : le coup, qui était des plus violents porté du bas en haut, à l’extrémité du coude, avait causé une luxation complète et, partant, une forte déviation de l’épaule.
La douleur avait été si vive^ue le bâton que tenait Etienne avait dû tomber à l’instant de sa main, subitement paralysée.
En homme habile et qui sait son métier, M. Desroches n’hésita pas un instant. Sans consulter son malade, il saisit son bras, et avec autant d’adresse que de force, le fit rentrer dans sa cavité. La souffrance fut si forte,’ qu’Etienne ne put retenir un ou deux cris perçants.
— Courage, lui dit Fleurette, courage !
Il se tut, dévora sa souffrance, et essaya meme de sourire; mais cela lui fut impossible.
— Maintenant, dit le docteur, essayez de remuer le bras.
Etienne essaya, mais s’arrêta en disant :
— Ça me fait trop mal.
— N’importe, il faut vous forcer.
Ce n’était pas l’avis d’Etienne à qui la colère donnait volontiers de la force et du courage ; mais la colère était passée, la douleur régnait seule, et, si Fleurette n’eut pas été là, il eût probablement envoyé promener le docteur.
Celui-ci, après s’être assuré, par les mouvements du convalescent. que la luxation était réduite, rendit par un bandage artistement assujetti, le bras immobile et défendit à son malade de s’en servir avant six ou sept jours.
— Rester tout ce temps-là sans remuer le bras ! s’écria Etienne, que dira mon patron?
— Il fera comme toi, dit Miclielette, il prendra patience.
— Mais c’est à mourir d’ennui !
— Qui sait ? dit Fleurette en souriant, peut-être viendrat-on vous voir.
Et le malade, consolé par cet espoir, se résigna à son sort.
Fleurette, en retournant chez elle, réfléchissait à la promesse qu’elle avait faite à Etienne. Elle y réfléchit bien plus encore pendant toute la nuit.
Emportée par un premier mouvement de reconnaissance et de pitié, elle avait promis, elle ne pouvait pas le nier et lie voyait aucun moyen de revenir sur sa parole.
Quelles raisons donner à ce pauvre garçon, qui s’était presque fait tuer pour elle? Quelles raisons se donner à ellemême? Comment justifier, à ses propres yeux, son ingratitude et sa mauvaise foi? Elle ne l’aimait pas, c’est vrai; mais elle n'aimait personne, mais elle n’avait pas même l’idée qu’un autre amour fût possible.
Sa réputation, comme elle l’avait dit elle-même, n’était qu’un bien faible argument à faire valoir: Mademoiselle Charlotte et ses compagnes semblaient être décidées, quoi qu’il arrivât, à en faire désormais assez bon marché.
Il n’y avait qu’une personne, à qui elle eût pu raconter la situation embarrassante où elle se trouvait.
Cette personne, c’était Guillaume. Mais madame Jacques lui avait appris que, pour sept ou huit jours, il resterait éloigné du quartier. C’était fâcheux, et, à vrai dire pourtant, elle n’en était qu’à moitié contrariée ; elle n’aurait jamais su comment s’y prendre, pour faire un pareil aveu au brave Guillaume.
La promesse ou plutôt la faute était faite, et, ne pouvant plus revenir sur ses pas, Fleurette prit le parti de se résigner, ou plutôt de s’étourdir; elle avait quelques jours devant elle, c’était tout ce qu’il lui fallait.
Etienne, de son côté, avait peine à modérer sa joie. Il avait atteint le but de tous ses désirs ; son amour et son orgueil étaient satisfaits. Les ouvriers, ses camarades, plus beaux et mieux faits que lui, ne pourraient plus le plaisanter sur l’absence de ses bonnes fortunes, et puis une conquête telle que celle de Fleurette, devait, par la suite, lui en amener bien d’autres.
Il n’avait, du reste, aucune raison de douter de sa bonne foi, et il en fut bien plus sûr encore, quand il la vit, le lendemain, arriver à son atelier.
Elle n’était pas seule, il est vrai, et donnait le bras à Michelette. Toutes deux venaient savoir des nouvelles du blessé ; c’était tout naturel : l’une était sa sœur, l’autre avait été défendue par lui.
Si quelqu’un avait pris parta l’accident de la veille, si
quelqu’un en avait été mécontent, c’était à coup sûr le patron d'Etienne, qui se voyait ainsi privé de son ouvrier pendant quelques jours.
Malgré son caractère bourru, il était d’ordinaire assez galant envers Michelette, et celle-ci, pour désarmer sa mauvaise humeur et pour plaider la cause de son frère, avait laissé un instant, au jardin, Fleurette seule avec Etienne.
Fleurette garda un instant le silence. Puis, tremblante et les yeux baissés, elle lui dit :
— Etienne.. . je t’ai fait hier une promesse.
— C’est ma vie, cette promesse-là, c’est mdn sang, s'écria vivement le jeune homme, plutôt mourir que d’y renoncer!
Fleurette tressaillit.
— Est-ce que par hasard tu voudrais y manquer? s’écriat-il, les traits décomposés et le visage pâle comme celui d’un mort.
— Non, dit Fleurette, je ne manque jamais à ma parole, tu le sais, et si cela m’arrivait jamais...
— Eh bien! dit Etienne, les lèvres tremblantes d’émotion.
— Eh bien ! répondit froidement la jeune fille, tu pourras me tuer, je te le permets.
— A la bonne heure, murmura Etienne.
— Aussi... je ne viens pas reprendre ma promesse, mais toi, Etienne, qui es un brave et honnête garçon, je viens te prier de me la rendre.
— Moi !
— Et de vouloir bien attendre encore.
— Moi! répéta-t-il avec une fureur qu’il s’efforcait de maîtriser.
— Si tu fais cela, je t’en aurai une reconnaissance éternelle, et tu y gagneras, peut-être, la seule chose qui te manque à mes yeux.
— Laquelle donc?
— Mon amour.
— Tu ne m’aimes pas ? Et qui donc aimes-tu ?
— Personne plus que toi, répondit Fleurette, c’est de la bonne et sincère amitié, c’est une affection de sœur que je t’ai vouée depuis longtemps ; mais j’ai souvent entendu, à l'atelier, ces demoiselles parler de l’amour; elles ne s’en faisaient pas faute, devant moi ; et, dans les peintures si séduisantes qu’elles en traçaient, je n’ai rien vu qui ressemblât à ce que j’éprouve pour toi.
— Ça me suffit, je m’en contente, je n’en veux pas plus. S’il n’y en a pas assez de ton côté, il y en aura trop du mien, ça, rétablira l’équilibre. Je réclame donc ta promesse, — tu me l’as donnée, — elle est à moi, tu en es encore convenue tout à 1 heure
— C’est vrai, dit Fleurette en pâlissant, je ne dis pas non.
— C’est tout ce que je demande. Le docteur a dit que dans huit jours, je serais guéri. Ce sera un dimanche, nous irons promener ensemble.
— - Soit.
— Ou si tu préfères qu’on ne nous voie pas...
— Ça m’est égal, dit Fleurette d’un air découragé.
— Cela vaut mieux, dit Etienne en se ravisant. J’irai t’attendre à la barrière Clichy, au père Lat huile , où je commanderai notre dîner. J’y serai à quatre heures, et toi, à quatre heures et demie... n’est-ce pas?
Elle baissa la tète et ne répondit pas.
— Etienne! Etienne! crièrent plusieurs ouvriers qui l’appelaient, voici le médecin, M. Desroches, qui vient te faire s a visite .
Il se retourna vers eux, fit quelques pas au-devant du doc-
LA BOUQUETIÈRE i 17
leur , mais auparavant il voulut adresser un adieu à Fleurette, il ne la retrouva plus, elle venait de s’enfuir en courant.
— C’est égal, dit-il, elle ne m’échappera pas cette fois. Elle est à moi!
Le lendemain, ni madame Beaurin, ni mademoiselle Justine, ni M. Rymbaud, personne enfin de ceux avec qui Fleurette était en relations ne se serait douté de la scène qui s’était passée la veille.
Elle avait repris son sang-froid habituel et vaquait, avec son activité ordinaire, aux affaires de la journée.
Elle avait fait tout ce qui lui était raisonnablement possible pour ne pas entrer dans la voie où elle était poussée malgré elle ; en dépit de ses efforts, le sort l’y rejetait et, soumise comme les Orientaux, à la fatalité, elle ne la discutait plus, elle l’acceptait, elle s’y abandonnait. C’était écrit là-liaut.
Notez que, pour elle, la question n’était pas une question de principes. Etait-ce bien? était-ce mal? Elle l’ignorait complètement; aussi ce n’était pas là ce qui l’avait fait hésiter. Un instinct secret, dont elle ne pouvait se rendre compte, lui disait que, contrairement à ses autres compagnes, elle ne devait se trouver ni heureuse, ni satisfaite d’elle-même, dans une existence semblable. Mais, après tout, cela ne lui était pas démontré; elle n’en avait pas la preuve, et puisqu’elle avait promis et que sa résolution était prise, il ne fallait plus s’en occuper. C’est ce qu’elle fit.
Pendant les huit jours qui suivirent son entrevue avec Etienne, elle ne pensa pas plus à lui qu’à la barrière de Clichy, au père Latliuile et à cette noce improvisée, qu’avant l’annexion de Paris à la banlieue, on appelait vulgairement mariage du treizième arrondissement .
La veille seulement, elle se rappela qu’il y avait six jours au moins qu’elle n’avait vu Michelette. C’était bien de l’indifférence pour sa future belle-sœur. Elle se dirigea vers sa mansarde.
Dans l’étroit et sombre escalier qui y conduisait, elle rencontra, au deuxième étage, un homme dont l’obscurité l’empêcha de distinguer les traits. Son costume, était celui d’un ouvrier; il était nu-tète et avait l’air tellement agité, qu’il manqua, en descendant l’escalier, de renverser Fleurette, et ne se retourna même pas pour lui faire des excuses.
Fleurette, qui n’était pas susceptible, ne s’en émut pas autrement ; elle continua sa longue ascension et arriva au sixième étage.
Elle frappa. On fut quelque temps sans lui répondre ; elle crut qu’il n’y avait personne et s’apprêtait à redescendre, quand la porte s’ouvrit.
Michelette parut, et l’air de terreur empreint sur tous ses traits se dissipa à la vue de sa jeune amie.
— Ah! que je suis heureuse de te voir î lui dit-elle en l’entraînant dans sa chambre, et Fleurette sentit que la main qui pressait la sienne était encore toute tremblante.
— Qu’as -tu donc ?
— Rien... rien, j’étais aujourd’hui un peu souffrante et je n’ai pu aller savoir des nouvelles de mon frère.
— Ni moi non plus, dit naïvement Fleurette.
— Ni même aller à l’atelier.
LA BOUQUETIERE
- — Et quelle maladie as-tu?
— Une forte migraine, répondit Michelette, sans trop penser à ce qu’elle disait.
— Ah! mon Dieu, s’écria Fleurette en la regardant, est-ce la migraine qui a produit cette bosse noire, que je te vois au front et cette déchirure à la joue?
— Tu crois ? dit Michelette en rougissant.
— Mais certainement, cela saigne.
Et elle s’empressa d’étancher, avec son mouchoir, quelques gouttes de sang qu’elle fit voir à sa compagne.
— Je ne sais pas comment cela s’est fait, balbutia Michelette, je me serai écorchée, sans m’en apercevoir.
La réponse parut singulière à Fleurette, qui n’insista pas. Elle voulut s’asseoir sur une des deux chaises qui décoraient l’appartement, et la trouva occupée par une casquette d’ouvrier, qu’on y avait, sans doute, oubliée.
Michelette s’empressa de la saisir et delà retirer. Son front et ses joues étaient pourpres, lorsque deux coups frappés à la porte d’une manière distincte et particulière, la firent tressaillir.
Elle devint pâle, et, quoique se soutenant à peine, elle s’élança sur l’espèce de palier dont nous avons parlé et qui servait d’antichambre à la jeune ouvrière.
Elle referma la porte sur elle, laissant dans sa chambre à coucher Fleurette, seule et tout étonnée.
Elle entendit la porte qui donnait sur l’escalier s’ouvrir; elle entendit un pas d’homme et une voix qui ne lui était pas inconnue, prononcer d’un ton brusque, ces mots :
— J’étais déjà dans la rue, je remonte, j’ai oublié ma casquette.
— La voici, dit Michelette à voix basse, et en lui faisant
probablement signe de ne pas parler haut, car l'homme répondit :
— Pourquoi donc me gêner? Qui donc est là ?
On répondit à voix basse :
— Une femme.
— Ce n’est pas vrai !
On parla encore à voix basse et plus longtemps. Probablement on lui nommait Fleurette, car l’homme murmura en baissant le ton :
- — C’est possible, je crois l’avoir rencontrée en montant. Mais écoute alors, écoute bien ce que jé vais le dire.
Ce fut alors l’inconnu qui parla à l’oreille de Michelette, laquelle, toute tremblante, essayait de placer, de temps en temps, un mot suppliant; mais alors il élevaitla voix, etd’un ton impérieux disait : Je le veux, je le veux.
— J’obéirai, murmura Michelette.
— - Et dès aujourd’hui, reprit à haute voix Finconnu, en fermant, avec force, la porte de sortie et en s’élançant dans l’escalier.
Michelette fut un instant sans reparaître, le temps probablement d’essuyer ses yeux, car, lorsqu’elle rentra, ils étaient rouges; il était évident qu’elle avait pleuré.
— Je te demande pardon de t’avoir laissée seule, dit Michelette en cherchant à se remettre.
— Tu ne me dois pas d’excuses, tu es maîtresse chez toi. Je m’étonne seulement... que tu ne le sois pas davantage.
— Quoi? qu’est-ce? qu’as-tu entendu? s’écria Michelette toute tremblante.
— Rien; je n’ai pu distinguer que quelques mots, c’étaient ceux-ci, dits à voix haute : Je le veux, je le veux.
Michelette pâlit.
— Comment quelqu’un ici, autre que toi, a-t-il le droit de dire : Je le veux. Cela n’arriverait jamais dans ma mansarde, je le le jure.
— Peut-être, dit Michelétte en baissant les yeux, si, comme moi, tu avais eu le malheur et la honte de devenir esclave, et si, dans ton esclavage, tu te trouvais sans appui.
— Ne suis-je pas là ? s’écria Fleurette.
— Ah! tu ne peux rien, dit la pauvre fille en se jetant dans ses bras, où elle fondit en larmes.
— Pas de larmes, pas de larmes, dit Fleurette en les essuyant. Parle, dis-moi tout, et nous verrons après, ce qu’il faudra faire.
— Eh bien! celui qui était là, c’était Pierre, l’ouvrier ébéniste.
— Celui, interrompit Fleurette, qui était de notre partie d’ànes à Montmorency ?
— Oui.
— Et que depuis j’ai vu souvent à l’atelier de la rue Coquenard.
— Lui-même; voilà plus de trois ans qu’il me disait que j’étais jolie, qu’il m’attendait à la sortie de l’atelier, et me reconduisait le soir jusqu’à ma porte en causant.
— Oui, interrompit Fleurette, comme ton frère Etienne, quand nous revenions ensemble dans le quartier.
— Et puis, chemin faisant, il me répétait qu’il m’aimait.
— Comme ton frère Etienne.
— Il me demandait, chaque jour, quand je l’aimerais.
— Comme ton frère Etienne.
— Moi, je ne l’aimais pas encore.
— Comme moi, se dit Fleurette.
— Mais ça a fini par venir; — c’est tout simple! un gar-
çon, qui toute la journée vous dit qu’il vous aime; qu’il n’àime que vous! Quand il est là, on l’écoute ; quand il n’y est pas, on y pense. Et puis les autres jeunes filles qui vous répètent : Es-tu bête ! à quoi te servira de faire du sentiment et de la vertu?... qui t’en saura gré?... fais comme nous autres, prends un amant.
— Justement ce qu’on me disait.
— Dam! que veux-tu ? je les ai écoutées pour mon malheur! et, depuis ce moment-là, je n’ai pas eu un jour sans me repentir.
— Ah bah ! s’écria Fleurette avec un geste d’étonnement.
— Pas un jour sans des souffrances ou des larmes.
— Conte-moi cela, dit vivement Fleurette.
— D’abord, au bout de quelque temps, sa tendresse était déjà bien diminuée, et moins il m’aimait, plus il était jaloux, je ne pouvais parler à personne sans être battue.
— Battue! fit Fleurette avec un cri d’indignation, battue!
— Bien souvent, aujourd’hui encore, dit-elle en montrant son front meurtri et sa joue déchirée ; pour un rien, il se met en colère, car il est brutal, il est violent.
— Autant que ton frère Etienne !
— A peu près ! Mais ce n’est rien encore, Pierre a du talent, comme ouvrier; mais il est paresseux, il aime le jeu, il aime le vin ; c’est ainsi qu’il dépense tout son argent, et quand il n’en a plus, il faut que je lui en prête.
— Te le rend-il, au moins ?
— Pas toujours! Ce ne serait rien, continua Michelette avec douceur, je rattraperais cela, par quelques heures de travail le matin et le soir ! — - Ce ne serait rien, s’il était bon pour moi, mais il me commande si durement, des choses parfois si pénibles! Tout à l’heure encore, en apprenant
LA BOUQUETIÈRE que la personne qui était là, c’était toi, Fleurette, il m’a dit à voix basse et avec colère : — Je ne veux plus qu’elle vienne ici, je ne le veux pas.
— Et quel prétexte lui donner ? ai-je répondu. — Cela te regarde. — Mais c’est ma meilleure amie. — Ça m’est égal, tu dois n’avoir d’ami que moi! Arrange-toi pour qu’elle ne remette plus les pieds ici, à dater d'aujourd’hui.
— Eh bien, qu’ as-tu répondu ?
— J’ai pleuré et j’ai baissé la tête.
— Comment, tu lui obéiras ? dit Fleurette indignée.
— Dam ! comment faire ? dit la pauvre hile, en la regardant avec un sentiment de crainte et de douleur $ que veux-tu ?...
— Ce que je veux ! c’est que ce soit lui que tu renvoies.
— Oh! non, non, s’écria Michelette avec terreur ; je le voudrais bien, mais c’est impossible.
— Et pourquoi ?
— Ça me fait froid seulement d’y penser, et je n’oserai jamais.
— Pourquoi ? répéta Fleurette avec force.
— Tant je suis habituée à lui obéir et à le craindre, et, si je lui disais de s’en aller, il me battrait.
— C’est possible, mais il s’en irait.
— Il ne s’en irait pas, et le lendemain il recommencerait ; ce serait tous les jours de nouvelles scènes. Il vaut mieux ne rien dire et se soumettre.
— Se soumettre ! mais tu y mourras ?
— J’en ai idée ! mais, une fois liée, vois-tu bien, on ne peut plus se dégager, il faut céder, il faut obéir, sans se plaindre surtout! car on ne nous doit rien à nous autres, nous ne sommes pas comme celles qui ont des maris. Elles sont bien heureuses celles-là 1
— On ne les bat pas ? demanda Fleurette avec ingénuité.
— Quelquefois, mais tout le monde prend leur défense et leur donne raison, tandis que nous, quand nous souffrons, on dit : c’est bien fait !
Fleurette resta quelques instants la tête entre ses mains, puis regardant Michelette :
— Cane peut pas se passer ainsi, lui dit-elle, aie confiance en moi, et nous verrons.
Elle rentra chez elle, ne dormit pas de la nuit, et réfléchit.
Le docteur était venu la veille faire à Etienne sa visite, mais celle-là avait été la dernière. Il lui avait rendu l’usage de son bras et la liberté de sortir. Etienne sentait son cœur battre, en pensant au bonheur qui lui était promis pour le lendemain.
Discret cette fois, il n’en avait parlé à aucun de ses camarades et pas même à sa sœur Michelette ; désirant se remettre dans les bonnes grâces de son patron qu’une semaine d’oisiveté avait mécontenté, il avait travaillé, pour deux, le samedi, et avait même fait toute la demi-journée du dimanche.
Libre alors sur les deux heures, sa seule occupation avait été de se faire beau. Il avait soigné sa toilette, qui jamais n’avait été plus élégante ; jamais aussi il n’y avait employé plus de temps, car il était quatre heures moins un quart quand il se dirigea vers la barrière Clichy.
Sa démarche était fière et son air radieux ; quoiqu’il fût convenu avec Fleurette que cette première entrevue serait toute mystérieuse, il n’aurait peut-être pas été fâché qu’à son insu son incognito fût trahi, et il regardait, de temps en temps, autour de lui, d’un œil curieux, s’il n’était pas rencontré par quelque camarade.
Il arriva chez le père Lathuile, les Frères Provençaux , hors barrière, de la petite propriété.
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Il obtint, au bout du jardin, un cabinet particulier, où il s’installa, commanda un dîner modeste, magnifique pour lui, puis, le cœur plein d’espoir et comptant les minutes, il attendit.
Le temps lui parut long. Il n’avait pas de montre, lui! Personne ne paraissait. Il se promena dans le jardin, il rentra dans son salon. Il lui semblait qu’un siècle s’était déjà écoulé, et l’impatience, la colère même, commençaient à le gagner, lorsque la porte s’ouvrit.
Fleurette parut en toilette simple et charmante. Il s’élança pour la recevoir en poussant un cri de joie, joie qui fut considérablement diminuée, en voyant s’avancer derrière elle, Michelette, sa sœur.
Il rougi^, pâlit et parut décontenancé.
— J’étais sûre de l’effet que nous produirions sur lui, s’écria Fleurette. Oui, Etienne, c’est une fête de famille ; nous avons voulu, ta sœur et moi, fêter ta convalescence, nous t’apportons franche amitié et bon appétit. Moi, d’abord, je meurs de faim.
— Et moi aussi, dit Michelette.
— A table, s’écria Fleurette, en voyant entrer un des garçons du restaurant.
Tout cela fut dit avec tant d’aisance et de gaîté, qu’Etienne pensa que Fleurette avait sans doute rencontré sa sœur par un hasard imprévu, qu’on lui expliquerait, ou qu’elle l’avait amenée, par un sentiment de pudeur, pour atténuer la gêne et l’embarras d’un premier rendez-vous.
Peu lui importait, du reste, puisque le soir, après avoir reconduit sa sœur, il devait, dans ses projets, ramener Fleurette chez elle.
Lé dîner fut gai. Chacun était content : Etienne, toujours animé par l’espoir : Fleurette, comme soutenue par une bonne résolution, et Michèle tte parce qu’elle était avec son amie et son frère, et, s’il faut le dire, peut-être aussi parce que Pierre n’était pas là.
On but à la santé d’Etienne ; Fleurette but à l’amitié. Etienne, assis près d’elle et interprétant autrement ce toast, l’en remercia en rapprochant son genou du sien d’une manière expressive ; mais la jeune fille ne parut pas comprendre ; ignorance qui n’étonna pas Etienne et dont il futrcharmé.
Après le dîner qu’Etienne trouva très-long, on se promena hors barrière : on était en hiver, la nuit venait de bonne heure.
Etienne proposa de reconduire d’abord sa sœur, ce qui fut accepté, et quand la porte de la rue se fut fermée sur Michèle tte :
— Enfin, s’écria Etienne,, nous voilà seuls, ce n’est pas sans peine, j’ai tant de choses à te dire !
— Et moi aussi, répondit Fleurette.
— Je vais te reconduire chez-toi ; donne-moi le bras.
— Très-volontiers.
Tous les deux ’se mirent à marcher; Etienne, rayonnant de joie, pressait contre son cœur le bras de la jeune fille, qui ne parut pas y faire attention et lui dit d’une voix calme :
— Parlons d’abord d’affaires de famille.
— ■ Demain.
— Non, tout de suite. Je suis chargée par ta sœur de te
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faire, dès que nous serons seuls, un aveu, auquel elle ne pouvait pas assister.
— Et de quoi diable s’àgit-il ? s’écria Etienne avec impatience.
— Tu ne te doutes pas, dit lentement Fleurette, que ton camarade Pierre, l’ouvrier ébéniste, est l’amoureux de Michelette.
Etienne garda un instant le silence, puis répondit brusquement :
— Si.
• — Et tu ne lui en as pas parlé ?
— Non, parce que j’aimais autant ne pas le savoir.
— C’était donc mal ? continua Fleurette en le regardant.
— Je' ne dis pas cela, répondit Etienne avec embarras ; Michelette est d’âge a savoir ce quelle fait, et après tout, elle est l’aînée de nous deux ; elle est sa maîtresse.
— C’est parce qu’elle est sa maîtresse, qu’elle est décidée, dès demain, à rompre avec lui, et comme il est possible que cela fasse du bruit à l’atelier, elle t’en prévient d’avance, pour que cela ne t’étonne pas.
— C’est dit.
— Et pour que tu saches à quoi t’en tenir.
— Je l’en remercie. Mais qu’est ce que cela nous fait à nous ? dit Etienne en regardant tendrement la jeune fille et en la pressant sur son cœur.
— Cela fait beaucoup, dit-elle, en détachant la main qu’Etienne avait passée autour de sa taille.
— Cela ne nous empêche pas de nous aimer, poursuivit Etienne en doublant le pas, mais ce n’est pas ici que l’on peut s’expliquer, et dès que nous serons chez toi...
— A quoi bon ? répondit-elle tranquillement. Dis tout de suite et dépêche-toi, car nous sommes près d’arriver.
— Qu’importe ? nous causerons chez toi.
— Non, dit-elle.
Etienne s’arrêta, comme s’il avait mal entendu.
— Comment, non ! s’écria-t-il : ce n’est pas possible ? et pourquoi ?
— Parce que, répondit Fleurette lentement et en réfléchissant, parce que Pierre a battu Michelette.
— Ce n’est pas là une raison, s’écria le jeune homme avec impatience.
— Si vraiment, une très-forte, car je me suis dit : jamais je ne donnerai à personne le droit de me battre et de me parler en maître.
L’argument était si imprévu et frappait si juste, qu’Etienne en parut un moment déconcerté. Il se remit cependant et reprit avec une émotion qu’il cherchait vainement à réprimer :
— Eh ! qui te dit que je te parlerai en maître ; qui te dit, Fleurette, que jamais je lèverai la main sur toi?
— Qui me le dit? ton caractère, tes habitudes, et, dans ce moment même, la colère qui bouillonne en tes veines et qui n’attend qu’un moment pour éclater.
— Et quand ce serait ! s’écria Etienne, qui malgré lui sentait qu’elle avait raison, quand ce serait ! n’en aurais-je pas le droit après un trait pareil, car tu t’es jouée de moi.
- — Non, j’étais de bonne foi.
— Tu m’as trompé.
— Je me suis trompée moi-même.
— Enfin , s’écria Etienne dont la sourde irritation augmentait à chaque instant, lu m’as promis, tu m’as juré.
— C’est vrai.
— Formellement juré.
— J’en conviens.
— A telles enseignes que tu as dit : Si je manque à ma parole, je te permets de me tuer.
— Et je te le permets encore, dit la jeune fdle.
— Qu’oses-tu-dire ?
— Que je Faillie mieux, répondit tranquillement Fleurette. On n’est tuée qu’une fois, on peut être battue tous les jours.
Ce sang-froid aurait désarmé tout autre qu’Etienne ; mais il ne pouvait croire que Fleurette lui dît la vérité ; elle lui paraissait trop invraisemblable.
Il s’imaginait qu’un autre motif, un autre engagement, un autre amant, lui faisait, de nouveau, manquer à sa parole et l’arrachait encore de ses bras. Us étaient arrivés à la porte de Fleurette et cet aspect, dont s’irritaient encore plus ses espérances trompées, fit éclater l’orage trop longtemps comprimé. Hors de lui, furieux : -
— Je ne me laisserai pas duper au profit d’un autre, s’écria- t-il, je te suivrai jusque chez toi ou sinon...
En parlant ainsi, il lui secouait vivement le bras et, levant la main sur elle, il la frappa brutalement.
— Merci ! répondit avec calme Fleurette, tu me prouves que j’avais raison.
Et maintenant, continua-t-elle avec un geste plein de dignité : Va-t-en, je ne t’ai plus rien promis. Tu m’as dégagée de mon serment et même de mes remords.
La rage d’Etienne ne connut plus de bornes ; c’était un insensé, un homme en délire ; il allait se porter aux derniers excès; lorsque le bras qu’il avait levé de nouveau, fut tout à coup saisi et arrêté par un poing vigoureux, qui le tint en respect et le força à rester immobile.
Fleurette jeta les yeux sur son défenseur, poussa un cri de joie et se jeta dans ses bras.
— Guillaume, lui dit-elle, Guillaume, te voilà de retour.
Mais, lui, sans lui répondre, se tournant vers Etienne :
— Je suis plus fort que toi, tu le vois.
Guillaume avait, en effet, une earrure d’Hercule et des nerfs d’acier, et le bras qu’il tenait en ce moment, comme serrée dans un étau, était justement celui qui avait récemment subi une luxation.
Etienne poussa un cri de douleur. Guillaume le serra moins fort mais le retint toujours.
— Bonsoir, Fleurette, dit-il, rentre chez toi, et à demain.
— A demain, dit-elle, d’aussi bonne heure que tu voudras, je t’attendrai.
Etienne tressaillit, mais la porte venait de se refermer. Fleurette était chez elle en sûreté. Guillaume rendit alors la liberté à son prisonnier, en lui disant :
— Si tu n’es pas content, tu me trouveras toujours ; tu sais où je demeure, ajouta-t-il en lui montrant le coin de la rue.
— Au revoir donc, dit Etienne, qui disparut furieux.
Le lendemain de grand matin, Fleurette ouvrait la porte de sa chambrette à son ami Guillaume, qu’elle embrassait de nouveau, en l’accablant de remercîments, de reproches et de questions sur une si longue absence.
— - Dix jours au moins! Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?
— Commençons par toi, dit le bon Guillaume. Que t’estil arrivé ? dit-il avec inquiétude ; d’où viennent des histoires pareilles, à commencer par celle d’hier soir.
Elle se mit alors à tout lui raconter, n’oublia rien de ce qui s’était passé, depuis son départ, ne cacha aucun détail, ne lui laissa ignorer aucun des sentiments, bons ou mauvais, dont elle avait été agitée.
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