Fleurs de pommier: vers
la hâte pmir sauver une impression qui s'effaçait, ou donner une date à un souvenir. Il espère que son recueil aura trop peu de pages pour qu'on s*avise de l'appeler un livre, et trop peu de poésie pour que Ton songea l'honorer lui-même du nom de poète.
Le 23 août 1707 , on inhuma, dans le chœur de l'église de Châteauneuf-sur-Loire, à côté de la sépulture seigneuriale, le corps d'un homme qui habitait le pays depuijs trente ans , et dont personne n'avait jamais su le nom , l'âge ^ la patrie. On l'appelait l'homme mystique, le pénitent, l'homme de toile, parce que toujours et partout, erniéA^ oùidvÊ^en kiven^ il élatt véim4t ioi\e. On leidisait déi belle ÉaiHe çtdë;b«Ue figure, dune propreté exquife , de imi^ri simplet , de manières dofeieès et quelque peu languissantes» CH iho«iiiie, q^i paraissait avoit reçu une éduqa^iop 4'élHp^ tprs^v^iUait au moojMifiiiur gagner sa
vie^ et se faisait aimer de tous ceux qui rapprochaient. M. et M"* de Là Vrillière, qui habitaient le château^ essayèrent bien des fois de lui arracher le secret de ses malheurs ; mais il ne leur répondait que par des spupirs^ leur prenait les mains ^ les serrait dans les siennes^ et pleurait en silence. On loi construisit /sur un petit teri'ain écarté^ une loge oti il mourut subitement, après bien des années de solitude , ignoré et pourtant regretté de tous. Lés habitants chez lesquels il avait su éveiller à la longue lintérét le plus profond et la compassion la plus sincère^ accompagnèrent en foule son ronvoi : aucun nom ne put être gravé sut* son tombeau > et, lorsqu'on alla visiter sa cellule^ ou ny trouva que des vêtements usés et les fragments d'une lettre dont 1 écriture n était plus lisible.
Nous n'ignorons pa:^ que l'art est uue grande et sérieuse
chose ; mais lious croyons savok aiiflsî iquei a^^ plus pures aspirattons demeurent à l'élal d« réVes, et q«e ee quH y a de méilletH* en noils reste en nous. Jjes {loètesquî seminifestent vraiment aii monde accooipljssient un devoir plein de gravité et de tncrifice^ ils lui font généreufiement partager leur double don de don^eud" et de force ^ !4e teii* dresse et de puissance. Mais oeuX'-4à. au moins portent haHtet loin leur renom de4>oésie, et deviennent^ avec le temps 9 glorieux: parmi les hommes : ^tandis qu'il esti^ aux environs de la Muse , une multitude de pauvres isolés., bien pareils , selon moi , à Thomme mystique vêtu de toile, €e«x-ci aimebt «t souffremt , en se taisant sur leurs amours et sur leurs âouffrances, et meurent souvent avolit 4*avoir pensé à apprendre aux antres leur âge et leur nom.
Que Ton se garde bien de chercher dans ce qui suit une manifestation complète et vraie de la Muse , d*y «her-
cher même une œovre d'art j ou seulement un acte littéraire. Ce sont de simples paroles dites aux bons et aux faibles , des sourires pour les femmes , des caresses pour les petits enfants ; un ou deux reflets des choses sociales ) quelquefois , à de longues distances , et sous un Toile de vapeurs mobiles , une grosse larme venue du cœur et tombée par mégarde sur des mains amies. Il n'y a là rien qui vaille et rien qui dure , mais rien non plus qui prétende valoir et durer : et , si l'auteur eût pu craindre un Tetentissement quelconque > si surtout il n'y avait un certain orgueil au fond des mystères de Tanonyme ^ il eût caché son nom à tous j comme fit le pénitent de Châteauneuf y et la première page de ce recueil fût demeurée aussi blanche que la pierre de sa tombe.
FLEURS DE POMIIIIER,