LETTRE A L. B
Oh ! vous avec bien fait y en traversant la vie , En suivant chaque voie au gré de votre envie. De rester quelques jours aux lieux que j'ai connus; De frapper de vos pieds les lambris vermoulus
Que tourmenUU aiufôt ma longue *rapatieoce ; De donner wi sourire anK mêmes jeux d enfance ^ Et, le soif; de venir chercher votre cfaeret A la place encor chaude où ma iéie rêvait.
Vpus fvez découvert, dans cette Jbalte heureuse , Une trace de moi sur V^rëne poudreuse Où mille intérêts vils s'agitaient chaque jour ^ Vous vous êtes penché vers elle avec amour :
Puis un rayon lointain , rayon de poésie , Coloré des reflets d'une âme un peu choisie , Brilla sur votre front , et vous fit tressaillir , Et toute une amitié nac|i\it d'un souvenir.
Maintenant , vous pouvez courir au bout du monde ,
Ne ramener jamais voire nef vagabonde
Près des rochers brumeux qui m'auront v^ w'asseoir ;
Ne plus jeter votre ancre ^n même golfiç noir;.
Le sort a marié nos muses fraternelles^
Delà même ro^ée il a mouillé leurs aijes ; .
Et si , dans lavattir > nous ne nous trouvons pas , De loin > fipôre/en fcttourànty nous nous tendrons les bras.
Vous aviez de nouveau replié votre ten^e :
Je fais beaucoup de vœux pour que votre âme ardente
Ait un meilleur abri sous un ciel plus clément ;
Pour qu'elle ^îve enfin dans son pur élément.
le voudrais vous savoir riant et plein de joie ^
Car celui dont la vie est une triste proie,
Li vrée à tous lés maux dont lë monde ait gémi ^
$iç ^ent toujours^ heiiretfK du bonheàr d^àn ami.
jf'ai voulu comme vous quitter mon lit de cendre :
Le démon du départ vint aussi me surprendre '
Un soir que je dormais sur mon code civil :
« La geôle où tu languis est sombre , me dit-il ,
L*enceinte de ses murs étouffe ton haleine ,
Et ta muse avant peu sera morte à la peine :
Va ! fais-toi jeané et libre > étends tés ailes d or. » —
Et j*ai cru sa parole » et j'ai pris mon essor. —
D abord j'ai mis le pied sur la^ublime^crèle
Qu'assiège iocessainineDl reffbrt de la tempête :
Géant pyramidal qui menace le ciel ;
Roc maudit dont Tarchange avait fait un autel j
Sombre écueil où nos rois de leuro mains irritées ,
Livrent à leurs vautours de nouveaux Prométbées ,
D'ardents révélateurs , délaissés et vain^usji
Qui spuiTrent pour le peuple > et qu'il p& connaît plus.
Puis j'ai vuS|iint-Malo> UvilkfrattHiqiie^ Sain t-Brieuc et Cessou , avec salour cellM|iie ; Puis la Basse-Bretagne aux calvaires pieux > Peuple soumia encore au frein religieux 5 Peuple à part^ langue à p;ut> formes el mœurs nouvelles, Hommes auxgrands yeux bleus, femmes sveltes et belles, Démarche grave et lente, et^ parmi les brouillards. Des clodiors dentelés que chercbent les regards.
Brest est bien beau, le soir; quand sur sa rade immense L'escadre pacifique etii doïiiiant se balance.
Et que la luo'e paie éclaire (bus ses mâts y Quand le menrëillëux port est pur^é de forçats : Brest est un paràdKd , loraqne datis sbn eiîceintè On trouve cckliiiie mot quelque loyale étreinte , Un front plein de pensée où l'on pose sa main , Et quelique voix de soeur qui votts dise : « à demain ! i
Que de Pardons j^i vus sur la lande embaumée ! Que de j^làts de blé noir ^ sous la Iiutte enfumée , Ont apaiséLla kiim dû pauvie voyageur !
Il marchait, il mai'dliait , sàînè fetigue fet sans peur : Toujours il«ppeiÉil ,*de ses regards avîtfes'. Un monument informe ^ un autel de Druides :
Et Carnac le voyait > seul et le sac au dos , Explorer ses menhirs rangés le long de» flots.
Dans les pays damnés de la chouannerie > Le poète a porté sa douce rêverie :
Il a foulé le sol où naquit Cadoudal ; Visité Quiberon , Heu sanglant, nom fatal ;
Pèlerin incrédule > il a brûlé son cierge Aux autels dç ^inte Anne et de la saipte Vierge) Puis Vannes l> reçu> puis^hâtapt son retour, |l a yq Plogrmel et Rennes dans un jour. - ^
Ami, je vous fatigue, et vous êtes, sans doute. Aussi pressé que moi de finir cette route.
Adieu donc, e\, pensez au. cœur qui bat pour vous: Vous voyez : j*ai bien pu vous abandonner tous ^ . J'ai pu pendant. un mois errer sur les bruyères ^ : Maisj'ai prôté Toreille aux voixquî me, sont chères ; Et je suis revenu , soumis à leur appeL i — Adieu , je vous envoie un salut fraternel.
S6 SvpUmbrc 1855.