‹ Fleurs de pommier: versChapitre 8 sur 23 · L'AME DU POETE · texte numérisé non relu

L'AME DU POETE

A FtBBBS^ OBUfOOiUS.

Pourquoi tous vos désirs ouIhIs changé de sphère?

Vous aviez de beaux jours pleins d*oinbre et de mystère ;

Vous aviez un sentier frais ^ solitlrire et doux -,

De votre bonheur pur le monde était jaloux :

Et soudain , agité par quelque impatience ,

Vous avez secoué cette calme indolence

Comme un peu de poussière^ et Ton voit chaque soir

Un jeune promeneur, pâle et vêtu de noir,

- 58 -" Errer comme un maudit dams les plaines désertes , Tenant à tous les sons ses oreilles ouvertes , Aspirant , aspirant et Todeur des prés verts, Et les vapeurs du ciel , et la brise des mers. Parfois votre regard pâlit, shumecte et nage j Vous perdez votre force avec votre courage :

Tout votre être s'efface et s'endort mollement Dans les mornes ennuis d'un long isolement :

Parfois une énergie infatigable, immense , Fait lever en sursaut votre âme qui s*élance , Et qui, pour réparer ses moments de langueur. Dépense en un matin son trésor de vigueur ^ Alors il faut la voir, bfavant tous les obstacles , A sa volonté jeune impo^r des miracles ; Il faut vous voir co9rir , ardent comme un lion , Ne vous inquiétant ni d^s bruits qui se font, Ni des accusateurs dont la foule se pre.^se , Ni des chocs douloureux qui vous heurtent sans cesse.

Aussi , les cœurs de choix qui vous aiment touj(»ur.^ ,

Qui de près et de loin Yeillenl sur tous vos jours, Et qui comptent les pas faits par vous dans la vie y Comme une tendre mère y affligée ou ravie \ Ces cœurs , interrogeant Técho de votre cœur. Cherchent À pénétrer sa sombre profondeur , Et vont se demandant quelle ivresso nouvelle Vous ckHopte et vous abat, vous pousse el vous harcèle. Quelques-uns , convaincus par vos regards troublés , Vos rapides élans brusquement rappelés , Vos lueurs de plaisir bien vite disparues j Vos aspirations aux choses inconnues , Signes mystérieux qu'ils ont vus maintes fois j Disent que Tamour seul fait trembler votre voix. Et s*allumer vos yeux > et brûler votre haleine : Qu'une femme aura pu , sans effort et sans peine , Recueillir dans sa main vos transports vagabonds, Les mêler et les fondre au feu des passions : D*au(res , vous accordant de grandes destinées , Révent un but plus haut, des luttes moins bornées , Un amour idéal , un généreux désir ,

Qui s aidresseol au ciel , au inonde , à l'avenir....

Moi J'ai bien peur , hélas! au milieu de leurs doutes , Que vos pas inégaux ne suivent ces deux routes -; Que votre soif d*aimer ne pntse^n même temps A deux sources sans fin de désenchantements.- L'humanité qui souffre y et la femme qui pleure , Assises sur le seuil de votre humble demeure , Ont toutes deux bientôt ému votre pitié:

Vous leur avez donné votre àme par moitié :

Dans vos bras caressants et sur votre poitrine Vous avez abrité Timmortelle orpheline Donttous lesdieux sont morts^ont tous les rois s'en vont^ La vierge qui rêvait , ei qoi penchait le front Sous le pqids imprévu des douleurs de la terre , Vous l'avez consolée avec Tamour d'un frère.

Mais tous ces dévouements coûtent plus d'un effort : L'aigle seul> dans les airs , jouit d'un libre essor ; Le mal s'attache au bien comme le lierre au chêne } Pas une affection ne vit sans uM haine :

£t e'est là ce qui read vos jours durs et flétris , Ce qui coûte du sang à vos membres meurtris j C'est ee double tribut de sympathie ardente Qui ronge jusqu'au bout votre nature aimante. Allez ! dévouez-vous à ce sort orageux ; Faites-Toub digne et grand , si vous n'êtes beureux ; Et réchauffez toujours d'une étreinte féconde Ce qu'il reste de pur dans l'homme et dans le monde.

1" SepUmbre 1856.

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