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VIII. — Révélation de la sainteté de Germaine

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I, — Naissance de Geneviève. — Saint Germain.

La plupart des auteurs qui ont écrit la vie de sainte Geneviève ne se sont pas accordés sur l'état de fortune et l'origine de sa famille; les uns la font naître de parents nobles et riches, les autres de pauvres cultivateurs. 11 est certain que dans son enfance Geneviève garda les troupeaux, et cela confirme l'opinion qu'elle naquit dans une position modeste. En ces temps antiques, aux mœurs simples et pasto-

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raies, les g:ens aisés même gardaient leurs troupeaux ou les faisaient garder par leurs fils ou leurs filles : c'est sans doute ainsi que Geneviève exerça l'état de bergère. Cette version est la plus vraisemblable : c'est la plus généralement adoptée. Nous avons toujours eu coutume de nous représenter Geneviève sa houlette en main; c'est ainsi que son souvenir, traversant les âges, est arrivé jusqu'à, nous; c'est dans cette humble condition que Dieu s'est plu à glorifier l'ange protecteur de la France, la patronne de Paris.

Dieu a placé des saints dans toutes les conditions de la vie, pour nous montrer que la sainteté est de tous les états. Chacun reçoit une mission particulière dans le monde; humble ou sublime, il est tenu de la remplir. Dieu met à notre portée les grâces nécessaires à notre situation, et il nous récompensera dans le ciel selon que nous en aurons profité. Là, toute distinction humaine disparaît, et Dieu pose la couronne immortelle dç gloire sur le front des bergers comme sur le front des rois.

En proposant à notre vénération des saints choisis dans toutes les conditions de la vie, Dieu nous donne un modèle et un encouragement. On comprend que les pauvres ne peu=vent imiter les largesses des pieuses reines Clotilde 6t Elisabeth ; mais qu'ils ouvrent cet admirable livre de la vie des Saints, qu'ils

contemplent ces immortelles figures des Vincent de Paul, des Geneviève et tant d'autres, et ils verront comment le.3 plus pauvres mêmes peuvent pratiquer la grande vertu de la charité.

Le père de Geneviève se nommait Sévère et sa mère Géronce; ces noms indiquent qu'ils étaient d'origine gallo-romaine; ils exerçaient la profession d'agriculteurs.

Geneviève naquit au village de Nanterre, près Paris, vers l'an 423, sous le règne de Cbildéric.Lessaints,dansleciel,célébrèrentla

naissance de cette créature privilégiée par des cantiques d'allégresse-, les anges entourèrent son berceau, répandant sur sa jeune âme des flots d'innocence et de pureté. Les hommes, bornés dans leur vue, ne virent dans cette enfant qu'un être ordinaire, voué à la condition la plus vulgaire. Mais Dieu, dans son infime sagesse, se plaît à confondre la présomption des hommes -, parfois, il enlève violemment au monde ceux sur lesquels il fonde son appui, et lui laisse en retour ceux sur lesquels ils ne comptent pas.

Dès son enfance, Geneviève portait, empreint sur sa figure, un air particulier qui frappait les regards; sur son front candide semblait passer parfois un reflet de la gloire qui lui était réservée. De bonne heure, elle donna des preuves de la plus ardente pieté; son esprit élevé et pénétrant lui montra dans

la relig-ton la seule source des vraies joies et la véritable force pour supporter les épreuves inséparables de cotre existence ; son âme, avide des choses du ciel, voulut se donner sans partage au divin époux vers lequel elle se sentait invinciblement attirée. Son père, homme plein de piété, désirait que sa fille se consacrât à Dieu en qualité de vierge, il eut bientôt la satisfaction de voir l'accomplissement de ses désirs.

Dans les Gaules, à cette époque, l'épiscopat était illustré par les plus saints évêques. Dignes successeurs des Apôtres, ils étaient les pères et les pasteurs des peuples, leur distribuant la parole de la vie éternelle et les secours nêeessaires poor supporter les misères du temps ; ils soutenaient avec fermeté et indépendance les droits des opprimés, et donnaient aux puissants de la terre des leçons de sa^ gesse et de miséricorde. Le souvenir de saint Hilaire, le courageux et éloquent évêque de Poitiers, était encore vivant; on n'avait pas non plus oublié le vaillant guerrier de Pannonie, l'illustre Martin, depuis évêque de Tours, dont les miracles nombreux étendaient l'éclat de son nom jusqu'aux pays lointains. A l'époque présente, saint Loup occupait le siège de Troyes : sorti de ce monastère de Lérins qui donna tant d'évêques au monde et de saints à l'Eglise, il répandait autour de lui le charms

de ses vertus-,et, un jour, sa parole, comme une digue infranchissable, s'opposera aux dévastations d'Attila, ce conquérant barbare. Saint Germain, évêque d'Auxerre, était également renommé pour sa sainteté et sa science; aussi, en voyant l'Angleterre désolée par l'hérésie de Pelage, les prélats des Gaules choisirent saint Loup et saint Germain pour les envoyer prêcher la vraie doctrine et ramener au bercail les brebis égarées.

Les deux saints partirent afin d'accomplir leur mission. Conduits par la main de Dieu, ils passèrent par Nanterre et s'y arrêtèrent quelques jours. A la nouvelle de leur arrivée, le peuple accourut en foule pour entendre leur parole et recevoir leur bénédiction. Geneviève, qui avait alors sept ans, s'y rendit avec son père et sa mère, et se mêla à ceux qui se pressaient autour des saints prélats.

Après quelques courtes et éloquentes paroles, saint Germain lève les mains pour bénir tout ce peuple réuni, quand tout à coup son regard distingue dans la foule une enfant dont l'expression, humble et recueillie, annonçait déjà une sainteté peu ordinaire. Inspiré de Dieu, il l'appelle par son nom, l'attire à lui, la bénit et s'adresse à ses parents :

— Est-ce là votre fille? leur dit-il.

— Oui, seigneur.

— Bénissez le ciel de vous avoir donné une

si précieuse enfant!... Sacbez que les ang-es ont célébré sa naissance dans le ciel. Réjouissez-vous, car votre enfant sera grande devant le Seig'neur, qui la destine à la sanctification de son peuple.

Puis, se tournant de nouveau vers Geneviève :

— Ma fille, dit-il, voulez-vous m'écouter?

— Mon père, répond Geneviève, je ferai avec bonheur tout ce que vous m'ordonnerez.

— Eh bien ! ne voudriez-vous pas être au nombre des vierg-es consacrées au Seigneur, devenir une épouse de Jésus-Christ ?

— Soyez béni, mon père, de m' offrir ainsi ce que je désire le plus, c'est-à-dire de me donner entièrement à Dieu.

— Ayez courage, ma fille, vous serez exaucée dans vos vœux, et les grâces du Seigneur ne vous manqueront pas.

En disant ces paroles, le prélat leva les yeux au ciel, rendant grâce à Dieu et admirant sa bonté, qui se plaisait à répandre dans Tâme d'une petite enfant des faveurs si précieuses. Puis, prenant une médaille de cuivre qui portait l'image du Christ, il la remit à Geneviève en disant :

— Gardez ceci en mémoire de votre divin époux, et ne soyez jamais sensible aux vains ornements de la terre qui vous feraient perdre ceux que le ciel vous destine.

IL — Enfance de Geneviève. — Premier miracle.

Mal^é son jeune âge, Geneviève avait compris la valeur et la gravité de ses engagements-, elle s'appliqua donc uniquement à se rendre digne de son céleste époux. Fidèle et assidue à remplir tous ses devoirs, attentive aux inspirations de Dieu, elle faisait l'édification de tous ceux qui l'approchaient, llien n'égalait sa ferveur et sont recueillement lorsqu'elle assistait aux offices divins. L'âme de Geneviève planait toujours au-dessus de la terre; elle semblait converser familièrement

jj LA BERGÈRE DE NÂNTERRE

avec Dieu, et la prière était son occupation habituelle.

Les jours de fêtes relig-ieuses étaient ses jours de joie ; elle les célébrait avec le plus vif esprit de foi, et son bonheur était d'assister à tous les offices publics pour mêler sa voix à la prière commune. Dieu, qui formait avec soin son âme à la perfection, voulut l'éprouver dans la chose qui lui était le plus chère, et il permit que ce fût par ceux-là mêmes qu'elle aimait le mieux.

C'était un jour de fête solennelle; tout le monde se rendait à l'église pour assister à l'office. Géronce, par je ne sais quel coupable caprice, défendit k sa fille de l'accompagner, lui ordonnant de garder la maison ce jour-là.

Geneviève, désolée, employa en vain les prières et les larmes pour fléchir la volonté de sa mère.

— Ne dois-je pas, s'écriait-elle, me rendre à l'église pour obéir aux ordres du saint évêque! Si je néglige d'y aller, je perdrai le titre d'épouse de Jésus-Christ et mes droits à ses grâces et à ses récompenses.

Géronce entra alors dans une violente colère, et se retournant ver sa fille, elle lui donna un soufflet. Geneviève se releva sans murmurer, demandant pardon à Dieu d'avoir fait impatienter sa mère.

Mais la main du Seigneur s'appesantit sur

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la mère couimble : subitement elle devint aveng'le.

Le bruit d'un pareil fait se répandit rapidement dans le pays ; chacun redoubla de respect et d'admiration pour celle qae Dieu protég-eait d'une manière si visible. Geneviève ne pouvait se consoler du châtiment infligé à sa mère; elle priait continuellement pour obtenir sa guérison. Elle l'entoura de soins et d'attentions, lui inspira une pieuse résignation, et parvint du moins à adoucir un peu son malheur.

Gé ronce, étonnée de tant de vertu, réfléchissait aux paroles de l'évêque d' Auxerre, et reconnaissant la sainteté de sa fille, elle s'humiliait sous la main de Dieu qui l'avait frappée. Poussée par une inspiration secrète, elle résolut de recourir à Geneviève pour obtenir sa guérison.

Un matin, elle appela sa fille et lui dit :

— Geneviève, un secret sentiment me dit que si vous voulez intercéder Dieu pour moi, je recouvrerai la vue. Tenez, ma fille, ajoutât-elle, allez au puits, puisez vous-même un peu d'eau et venez m'en laver les yeux.

La sainte obéit pour satisfaire au désir de sa mère, et revint bientôt avec de l'eau. Géronce lui ordonna de faire le signe de la croix sur cette eau; puis, elle en prit dans sa main et

se lava les yeux. Sa foi fut récompensée, la vue lui fut rendue.

Le souvenir de ce premier miracle se conserva long-temps dans la mémoire de ceux qui en furent les témoins-, la fontaine où Geneviève puisa l'eau miraculeuse devint un lieu de vénération, et les malades y vinrent dans la suite demander la santé.

Geneviève s'efforçait de se soustraire aux ég-ards dont on l'entourait; elle aimait la solitude et le silence ; elle profitait de l'obligation où elle était de garder ses troupeaux pour se retirer dans la retraite.

C'est dans la solitude que Dieu parle à l'âme : c'est pourquoi les saints fuyaient la société des hommes comme une chose importune.

« Il y a une voix qui nous parle intérieurement et comme dans le fond de l'âme lorsque, fermant l'oreille au bruit des créatures, nous ne voulons plus écouter que Dieu seul, et que nous l'appelons en nous de toute l'ardeur de nos désirs. C'est cette voix qui, loin des hommes, ravissait au désert les Paul, les Antoine, les Pacôme, et leur révélait sans obscurité les secrets de la science divine; c'est cette voix qui instruit les saints, les enflamme, les console, les enivre, pour ainsi dire, d'une céleste douceur.

IJI. —Geneviève prend le voile des vierges. —Elle va à Paris. Elle est persécutée. — Saint Germain la défend contre ses enneniia.

C'est peu de temps après ce premier miracle que Geneviève prit le voile des vierg-es. Elle se rendit à Chartres pour cette cérémonie ; l'évèque Villicius, bien qu'il ne l'eût jamais vue, la disting-ua parmi les autres jeunes filles, venues pour le même motif, et lui assigna une place d'honneur.

a Geneviève reçut donc le voile noir, symbole de l'éternel renoncement aux choses humaines ; et, dans la joie de son cœur, elle prononça le vœu qui lui donnait le Seigneur pour part et pour héritag-e. Ses désirs étaient

comblés, lî, prédiction de saint Germain accomplie, et, sentant qu'elle ne devait plus se servir des choses de la terre que comme autant d'échelons pour arriver au ciel, elle commença dès lors cette vie détachée et parfaite qu'elle continua jusqu'à la fin de sa longue et laborieuse carrière.

» Les vierges consacrées à Dieu ne vivaient pas alors en communauté ; retirées dans leurs familles, elles les édifiaient par des vertus d'autant plus méritoires qu'elles étaient plus exposées aux séductions ; un vêtement de couleur sombre, une place particulière à l'église les distinguaient seuls des autres femmes; Geneviève se conforma à ces usages extérieurs, et vivant dans la maison de ses parents, elle tâcha d'imiter la vie pénitente de saint Germain , son père en Jésus-Christ ; comme lui, elle se réduisit à ne manger que deux fois la semaine, le dimanche et le jeudi ; encore ne mangeait-elle que du pain d'orge et des fèves qu'elle avait fait cuire deux ou trois semaines d'avance, et qu'elle faisait réchauffer Elle ne buvait que de l'eau. Ses veilles étaient fréquentes et sa prière continuelle. Elle priait toujours à genoux, souvent le visage contre terre, et Dieu avait donné à son cœur une abondante source de larmes, qui s'épanchait dans ses longues oraisons (1). »

(1) Madame Bourdon, Sainte Geneviève, p. 26.

Geneviève eut bientôt la douleur de perdre ses parents ; elle se rendit alors à Paris, oîi elle fut reçue avec joie par sa marraine, femme pleine de piété et de vertu. Peu après son arrivée dans cette ville, elle tomba dang-ereusement malade et fut bientôt réduite à une telle extrémité, qu'on la crut morte. Un peu de rougeur restait encore à ses joues -, par prudence, on retarda ses funérailles. Mais Dieu ne voulait pas ravir à la terre cette âme qu'il avait faite pour une si haute mission; il l'attira un instant à lui et révéla à Geneviève les joies et les délices du ciel; elle en remporta comme un avant-g-oût qui l'aida à supporter toutes les épreuves de sa longue existence. Après avoir entrevu ces célestes régions, elle revint à la vie ; mais de ces saintes extases où son âme fut plongée, de ces suaves visions dont son regard s'enivra, Geneviève sembla rapporter un don nouveau : celui de lire dans les plus secrets replis du cœur. Ce mérite, dont elle donna tant de preuves, lui attira beaucoup d'ennemis : ceux qui ne pouvaient se disculper devant elle entreprirent de la calomnier.

A toutes les odieuses manœuvres dirigées contre elle, la sainte ne répondit que par des larmes et des prières ferventes adressées " à Dieu pour ses persécuteurs. Elle redoubla de bonnes œuvres et répondit par des bienfaits

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aux douleurs dont on l'abreuvait. Elle se souvenait de la parole du divin Maître :

« Vou8 serez heureux lorsque les hommes » vous chargeront de malédictions et qu'ils » vous persécuteront, et qu'ils diront fausse- » ment toute sorte de mal contre vous à cause 9 de moi. »

« On reprochait, en effet, à Geneviève, une perfection qu'on trouvait surhumaine et à laquelle ne pouvaient pas croire des hommes tout plongés dans la vie des sens, et on aimait mieux attribuer à la vierge du Seigneur des vices cachés que de reconnaître et d'honorer ses vertus évangéliques. Douloureuse épreuve pour cette âme sensible et généreuse. »

N'ayant que Dieu seul pour témoin de sa douleur, elle s'humiliait devant lui.

— Seigneur, s'écriait-elle dans ses larmes, je souffre violence, répondez pour moi.

Geneviève avait depuis longtemps conformé son âme aux exemples du divin Crucifié, aussi aecepta-t-elle le calice d'amertume avec résignation et confiance. Dieu vit les souffrances et les vertus de sa servante. 11 avait voulu la préparer, dans l'humiliation et la souffrance, à la mission glorieuse qu'il lui réservait ; il mit un terme à cette cruelle épreuve.

Le saint évêque que nous avons déjà vu apparaître goidaat les premiers pas de Geneviève

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dans les voies daciel, lui fut encore envoyé coiume un ange consolateur.

Germain d'Auxerre, revenant delà Grande- Bretagne, passa par Paris. A son arrivée, l'évêque s'empresse de demander des nouvelles de la sainte aux habitants accourus audevant de lui. Entendant les accusations portées contre Geneviève, il en est indigné et veut confondre les calomniateurs. 11 offre à plusieurs d'entre eux de l'accompagner; et, suivi d'une foule nombreuse de curieux, il arrive à l'improviste dans la retraite de la sainte. Là, il se met en prière comme dans un lieu sanctifié ; puis, se relevant, il s'adresse au peuple et lui reproche sa coupable conduite envers Geneviève. Il montre le pain noir dont elle se nourrit, le pavé mouillé de ses larmes ; il raconte son enfance humble et pieuse, ses bonnes œuvres cachées, prouve enfin d'une manière éclatante l'innocence de sa fille privilégiée. Les paroles émues et éloquentes du saint évêque touchent les auditeurs. Les méchants sont confondus et les faibles qui s'étaient laissés entraîner et tromper, promirent à Germain de protéger Geneviève à l'avenir.

L'évêque d'Auxerre, heureux d'avoir rétabli la réputation de sa fille spirituelle, quitta Paris pour retourner dans sa ville épiscopale.

(i) Madame Bourdoo, Sainle Qtnevièvf, p. 31.

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