‹ Fleurs des champsChapitre 10 sur 10 · VII. — Miracle des fleurs. — Mort de Germîdne · texte numérisé non relu

VII. — Miracle des fleurs. — Mort de Germîdne

Les vertus de la sainte bergère, qui eussent dÙ toucher le cœur de son injuste marâtre, ne faisaient au contraire que l'aigrir davantage

et aug-menter sa haine. La piété de sa bellefille était à ses yeux de l'hypocrisie ; elle lui en voulait de ses vertus, qui plaçaient la victime si au-dessus de la persécutrice. Elle lui reprochait d'abandonner son troupeau pour aller à l'église; elle redoublait de mauvais traitements, et elle alla même jusqu'à l'accuser hautement de dérober le pain de la maison pour le donner aux pauvres.

Encore une fois, Dieu prit en main la défense de sa servante ; il confondit la méchanceté de la marâtre et prouva d'une manière éclatante la sainteté de Germaine.

Un jour, la marâtre apprit que Germaine venait de quitter la ferme, suivie de son troupeau, et portant dans son tablier quelques morceaux de pain. Heureuse d'avoir trouvé enfin l'occasion qu'elle cherchait, elle se mit à la poursuite de sa belle-fille, un bâton à la main. Quelques habitants de Pibrac cheminaient en ce moment vers la métairie de Laurent Cousin. Voyant cette femme hors d'ellemême, ils comprirent ses intentions, et doublant le pas, ils la rejoignirent bientôt, dans l'intention de protéger Germaine contre le mauvais traitement dont elle était menacée. La fermière n'était pas fâchée de prouver aux yeux de plusieurs habitants du pays que sa belle-fille était coupable, et elle arriva avec eux à l'endroit oii était Germaine. La menace

LA BERGÈRE DE PIERAC 'Jg

dans le reg"ard, le bâton levé, elle lui ordonne d'ouvrir son tablier. La sainte berg-ère lève les yeux au ciel et obéit sans hésiter. 0 merveille ! Au lieu de pain , il ne tombe que des fleurs nouées en bouquets, dans une saison où la terre n'en produit point.

Les habitants de Pibrac, témoins d'un si grand miracle, retournèrent promptement au villag-e répéter ce qu'ils avaient vu, et depuis ce jour Germaine fut considérée comme une sainte et respectée de tous. Laurent Cousin, touché de tant de piété, revint enfin à des sentiments plus tendres pour sa fille, et défendit à sa femme de la tourmenter davantage. Il voulut lui rendre sa place dans la famille et faire cesser toutes ses privations. Mais Germaine, que les mépris et les mauvais traitements n'avaient pu abattre, fut effrayée de la position nouvelle qui lui était faite. Elle aimait sa pauvreté et ses souôrances, et elle redoutait les douceurs de la vie; elle supplia donc son père de ne rien changer à sa manière de vivre; celui-ci, ému d'admiration, craignit d'entraver les desseins de Dieu sur sa fille, et lui permit de suivre les inspirations de sa piété.

Germaine continua donc à vivre de pain et d'eau, à coucher sur son lit de sarments, à conduire son troupeau comme parle passé. Il ne lui manquait plus que les injures et les

80 l'A BERaÈRE DE PIBRAC

humiliations qu'on lui prodig-uaitnag'uère. Au villag-e, oii le bruit du miracle s'était répandu, on ne l'appelait plus que la Sainte, et on l'entourait de vénération.

Avant de l'enlever de la terre, Dieu avait voulu la soumettre à une dernière épreuve : le sacrifice volontaire; elle en sortit victorieuse, et son humilité ne fit que grandir même au milieu des ég-ards qu'on lui rendait.

L'heure de la récompense avait sonné -, sa couronne était tressée, les ang-es la démandaient au Ciel. Sa mort suivit de près le miracle des fleurs.

Un matin, Laurent ne voyant pas sa fille sortir selon sa coutume, descendit à l'endroit où elle couchait, et la trouva morte sur son lit de sarments.

Sa mort fut en tout semblable à sa vie : obscure, abandonnée ; pas un visage ami ne fut ià pour lui sourire, pas une main pour lui fermer les yeux. Mais le Seig-neur Jésus, qu'elle avait servi avec amour, ne l'abandonna pas dans les ang-oisses de sa courte agonie, et les anges la visitèrent à ce moment suprême.

Germaine était âgée de 22 ans. A cet âge oli tant d'autres ne connaissent rien des douleurs de la vie, elle avait épuisé le calice d'amertume. Née pour la souffrance, elle ne la repoussa jamais ; elle s'y attacha comme on

LA BERGftRE DE PIBRAC 8l

s'attache à un trésor; aussi elle parut devant son junfe les mains pleines de mérites, et Dieu couronna par une gloire éclatante cette vie obscure et méprisée.

La nuit même de sa mort, rapporte la tradition, deux religieux allant à Pibrac, surpris par l'obscurité, avaient été obligés de s'arrêter dans la forêt de Bouconne pour y attendre le jour. Vers minuit, la forêt s'illumina tout à coup ; au milieu de cette lumière marchaient une troupe de jeunes filles vêtues de blanc se dirigeant vers le coteau voisin. Peu de temps après, les vierges revinrent, mais il y en avait une de plus, vêtue aussi de blanc, couronnée de fleurs nouvelles, que ses compagnes entouraient avec amour. Les bons religieux pensèrent qu'une âme sainte venait de quitter la terre, et que Dieu avait envoyé cette troupe de vierges pour l'amener avec elles dans le ciel. Le lendemain , en arrivant à Pibrac, ils apprirent qu'une jeune bergère, regardée comme une sainte, était morte dans la nuit; ils ne doutèrent pas que cette jeune fille qu'ils avaient vue, conduite par les vierges, ne fût cette Germaine dont on parlait avec tant de vénération.

Le peuple vint en foule à ses funérailles ; il voulut rendre hommage à la mémoire de celle qu'il avait si longtemps méconnue ; ce fut le

g2 FLEURS DES CHAMPS

premier témoignage de la piété publique, qui la vénérait déjà comme une sainte.

Telle fut la vie de Germaine. Elle passa 22 ans sur la terre dans l'obscurité et le mépris, mourut, et parut oubliée. Quarante ans plus tard, un miracle fit revivre sa mémoire au moment où allait descendre dans la tombe la génération qui l'avait vue, et depuis lors bien des événements ont passé, bien des noms se sont ensevelis dans l'oubli, et le nom de Germaine a traversé les siècles et vivra toujours.

Après avoir admiré la vie si simple et même si vulgaire de Germaine, on serait tenté de se demander comment dans cette humble condition elle put atteindre à une sainteté si parfaite. Quels actes éclatants a-t-elle donc accomplis? Quelle mission a-t-elle remplie?

« Sa vie ne fut point celle de ces femmes extraordinaires qui, de nos jours, s'en vont comme les Apôtres, apôtres elles-mêmes, convertir des sauvages en élevant leurs enfants, ou enseigner la religion aux soldats en soignant leurs plaies après les sanglants combats.

» Elle ne reçut pas, comme sainte Thérèse, la haute mission d'instruire et le difficUe apanage de conduire les autres.

» Elle n'acheta point sa solitude par le re-

noncement réel à sa famille et à sa patrie, comme la pieuse sœur de saint Benoît.

» Elle ne distribua point aux pauvres un patrimoine immense, comme sainte Paule.

» Elle n'eut point à fouler aux pieds les grandeurs d'un trône, comme les Clotildé, les Blanche et les Elisabeth.

M Sa virginité n'eut jamais à lutter contre les menaces des tyrans, et ses membres délicats ne furent point exposés aux chaînes et aux lions féroces, comme ceux des Ursule, des Agnès et de tant d'autres,

» Simple bergère comme Geneviève, elle n'eut point le courageux devoir d'arrêter un barbare à la frontière, en lui opposant le seul obstacle de son innocence (1). »

Que fit-elle donc pour arriver à une si haute gloire dans le ciel et sur la terre? On pourrait le résumer en ces mots : elle accomplit la volonté de Dieu. N'est-ce pas là notre seule mission sur la terre? Si le Seigneur destine un homme à l'accomplissement de grands desseins, il doit accepter cet honneur pour la gloire de Dieu; si, au contraire, il veut qu'une âme se sanctifie dans la solitude et la souffrance, c'est qu'il a d'autres vues suf elle. Ainsi fit-il pour Germaine. Il donna le spectacle de sa pauvreté et de son abaissement

(1) L'abbé Rouquctte. Imit. de la Bienh. Germaine, chap. vi, V. 44.

pour modèle au monde, afin de le ramener à ces belles vertus si nég-lig-ées.

Prier, travailler, souffrir, telle fut toute la vie de Germaine.

« Supporter à tout instant des traitements rig"oureux , mais vulgaires et inappréciés ; subir des douleurs corporelles, comme on en rencontre à chaque foyer du village ; dévorer toujours seule ses longues peines, sans avoir même à les confier : ce fut là sa souffance (1). »

Nous nous figurons généralement que les saints sont des êtres à part, portés au bien et fuyant le mal sans effort; nous les regardons comme des exceptions admirables dans l'humanité, mais auxquelles il est impossible de ressembler. Cette idée est fausse et nuisible, car elle décourage notre vertu. Non, les saints n'ont rien fait que nous ne puissions faire avec la grâce de Dieu. Leur vie a été la nôtre, nos peines et nos combats ont été les leurs ; ils nous ont montré le chemin à suivre dans toutes les positions du monde, et Germaine en particulier n'offre dans sa vie que le spectacle des actions les plus vulgaires.

«Isolément considérées, les actions com-, munes de la vie chrétienne sont bien peu de chose; elles ressemblent à un filet de laine, si vous voulez ; mais quand elles forment tout un ensemble de conduite pieuse, la grâce de Dieu

(1) L'abbé Rouquette, Imil, de la Bienhi Germain» Cousin,

e corps paraît moins frappé par la mort qu'appcsanli par un doux isommcil.

LA BERGERE DE PIBRAC Q,j

réunit ces fils épars et les transforme en un vêtement d'immortalité.

» Un seul anneau ne paraît rien, mais des milliers d'anneaux font une belle chaîne (1). »

Germaine vécut à une époque bien tourmentée, au plus fort des troubles civils. Les g-uerres de relig:ion déchiraient alors la France, et Toulouse, la grande cité catholique, combattait avec ardeur pour conserver sa foi. Bien d'illustres capitaines remplirent le monde de leurs exploits; leur nom devint grand parmi les hommes, mais la gloire qu'ils cherchaient avec tant d'ardeur est entre les mains de Dieu; il la répartit à son gré. Qui se souvient aujourd'hui de ces célèbres guerriers , de ces grands politiques qui gouvernaient le monde alors que Germaine gardait ses troupeaux , tandis que le nom de la pieuse bergère est dans toutes les bouches ; c'est la pauvre enfant intime qui est la gloire de sa patrie; c'est elle qui donne un impérissable éclat à l'humble lieu où elle est née. Dieu regarda avec bonté cette âme si pure; il lui donna la gloire du ciel qu'elle demandait, et, par surcroît, couronnant son humilité, il voulut y ajouter la gloire de ce monde qu'elle ne désirait point

(O L'abbâ Houquette, Imit. de la Bienh. Germaine Cousin,

Vin. — Révélation de la sainteté de Germaine.

Le souvenir des vertus de Germaine n'avait pas péri parmi les habitants de Pibrac, mais rien n'était venu le raviver d'une manière éclatante, et ceux qui avaient connu la sainte disparaissant peu à peu, elle eût été complètement oubliée si Dieu n'avait, par un nouveau prodig'e, relevé sa mémoire et ne lui avait donné en quelque sorte une nouvelle vie.

Vers l'an 1614, une de ses parentes étant morte, le fossoyeur se disposait à creuser, suivant l'usag-e, sa fosse dans l'ég-lise. A peine eut-il enlevé le premier carreau qu'un corps enseveli se montra. Aux cris poussés par cet homme, effrayé de trouver ainsi un cadavre, plusieurs personnes accoururent. On acheva de découvrir le corps avec précaution, et. on l'examina. C'était celui d'une jeune fille. Il était dans un état de parfaite conservation, et ce qui frappa surtout les spectateurs, c'est que la partie de la chair qui avait été atteinte par la pioche était d'une couleur vive et rosée. Les linges et le suaire qui entouraient ce corps précieux étaient intacts. « La chair, dit le premier biographe de Germaine, paraissait

sensiblement molle en certains endroits : les ongles des pieds et des mains étaient encore adhérents à la chair, la lang"ue et les oreilles, quoique desséchées , s'étaient parfaitement conservées...

» On trouva sur le corps une guirlande formée d'œillets et d'épis de seigle; les fleurs étaient légèrement fanées, les épis n'avaient rien perdu de leur couleur naturelle, et les grains dont ils étaient remplis avaient la même fraîcheur qu'au temps de la moisson. Un cierge était placé entre les mains de la jeune fille. »

La difformité de la main droite et les cicatrices qu'on remarqua au cou firent bientôt reconnaître Germaine Cousin par un grand nombre de témoins qui l'avaient connue et avaient assisté à ses funérailles.

Ils racontèrent tous les traits édifiants et miraculeux de sa vie, et c'est par ce récit fait à la génération qui n'avait pas connu la sainte, que se sont transrais les faits que nous connaissons; car aucune enquête ne fut faite alors, rien ne fut écrit en ce moment.

Dieu semble avoir voulu réserver la gloire de Germaine pour une autre époque, et il laissa pendant près de deux siècles un voile s'étendre sur sa mémoire.

Le corps de la sainte, si miraculeusement retrouvé, fut placé debout près de la chaire de

yU FLEURS DES CHAMPS

l'église, et il resta ainsi exposé à la \ue de tout le monde jusqu'à ce qu'un nouveau miracle donna lieu de le placer plus convenablement.

« Vers l'an 1645, dit un de ses historiens, dame Marie de Clément Gras, épouse de noble François Beaureg-ard, éprouvant quelque sentiment de répulsion pour ce corps qui était placé près du banc qu'elle occupait dans l'ég-lise, ava4t ordonné qu'on l'éloignât. Peu de temps après, cette dame fut affligée d'un ulcère au sein, et son enfant unique, qu'elle nourrissait, devint malade et tomba bientôt à la dernière extrémité.

» Les médecins et les chirurgiens de Toulouse, qu'elle fit venir à diverses reprises, ne purent donner aucun soulagement à ses extrêmes souffrances. Son mari alors lui rappela le mépris qu'elle avait témoigné pour le corps de Germaine et lui dit que peut-être Dieu s'en était offensé et voulait la punir par ce mal cruel dont elle souffrait. A ces paroles, la dame de Beauregard, rentrant en elle-même, s'agenouilla et demanda pardon.

» Le pardon ne se fit pas longtemps attendre. Durant la nuit suivante, la malade s'éveillant tout à coup, vit dans sa chambre une grande clarté et crut même reconnaître la bienheureuse Germaine, qui l'assurait de sa guérison et de celle de son enfant.

LA BHROisRE DB PIBBAC 9I

» Pleine de joie, elle appela ses domestiques et leur dit ce qui venait de se passer : jetant ensuite les yeux sur sa plaie, elle la trouva presqu'entièrement fermée.

» Elle se fit apporter aussitôt son fils, et l'enfant, parfaitement guéri, suça abondamment le lait qu'il refusait depuis plusieurs jours.

» Dès le lendemain, la dame de Beaureg-ard, se rendit à l'église, où elle répara publiquement l'outrage qu'elle avait fait aux restes de la bienheureuse Germaine.

» Pénétrée en même temps de reconnaissance, elle offrit une caisse de plomb pour recevoir ce corps saint. Le curé et les plus notables habitants y enfermèrent eux-mêmes le dépôt vénérable, et il fut porté dans la sacristie (1). »

Chaque année, de nouveaux miracles obtenus par l'intercession de Germaine montrèrent visiblement que Dieu voulait glorifier aux yeux des hommes celle dont la vie avait été si humble et si cachée.

En 1700, on songea à demander au Saint- Siège sa bénédiction. Mais le moment fixé par Dieu n'était pas encore venu. Les travaux préparatoires furent bientôt entravés par défaut de ressources pour parer aux frais de la procédure, et dans les révolutions qui suivirent, les premiers travaux furent perdus.

(1) Louis Veuillot, Vie de la Bienh. Germaine Cousin, p. 155.

Toutefois, la confiance des peuples en la bdenheureuse Germaine allait toujours croissant, et Dieu se plaisait à récompenser la foi des fidèles par de constants miracles.

On arriva ainsi aux jours funestes de 1793.

Les autels de Dieu étaient renversés, les ég-lises détruites et profanées, les cendres des morts jetées au vent.

Le plus pur sang de la France coulait à flots sur les échafauds, et tout ce qui portait l'empreinte d'un caractère élevé et religieux tombait sous la main brutale de ces destructeurs forcenés.

Leur rag-e aveugle s'attaquait à toutes les choses saintes, et ils voulurent détruire complètement le corps de la bienheureuse Germaine, qui attirait la vénération du peuple.

Un révolutionnaire de Toulouse, dont le nom est resté couvert de l'exécration publique, se chargea de cette opération sacrilège. Quatre hommes du village furent requis pour l'aider. L'un d'eux se sauva; les autres se prêtèrent volontiers à cette infâme besogne.

Après avoir retiré le corps de la caisse de plomb, qui fut prise pour faire des balles, ils l'enfouirent dans la sacristie et jetèrent dessus de l'eau et de la chaux vive pour en assurer la prompte dissolution.

Un cruel châtiment ne tarda pas à les frapper.

LA BERGÈRE DE PIBRAC q^

L'un fut paralysé d'un bras ; l'autre fut atteint aux reins d'un mal terrible qui l'oblig-ea à marcher toujours penché vers la t^rre; ^i troisième fut plus sévèrement puni encore:

Un mal violent lui raidit le cou et tourna sa tète vers l'une des épaules. L'un d'eux porta son infirmité au tombeau.

Plus de vingft ans après, les deux autres recoururent humblement à l'intercession de celle dont ils avaient profané les restes, et obtinrent leur g-uérison.

Cependant Dieu ne permit pas que cette criminelle tentative réussît complètement.

Lorsque les temps devinrent meilleurs et qu'on ouvrit la fosse, on vit qu'à part les chairs que la chaux vive avait dévorées, le reste du corps s'était miraculeusement conservé.

Enfin la paix fut rendue à l'Eg-lise et à la France, les temples sortirent de leurs ruines, et dès lors les fidèles eurent la consolation de pouvoir s'approcher librement du cercueil de la pieuse berg-ère.

L'hiver comme l'été, les pèlerins venaient en foule à Pibrac, non seulement des cantons voisins, mais même des provinces de France les plus éloig-nées.

On remarquait dans le nombre des évêques, beaucoup de prêtres, et des personnes de la plus haute classe de la société.

Depuis lors, le tombeau de Germaine n'a

<Ï4 FLEUnS DES CHAMPS

jamais cessé d'être vénéré dans la contrée; il est béni et aimé de toutes les classes de la société; il est l'honneur du pays, l'espérance de tous ceux qui souffrent.

La dévotion qu'il inspire a grandi d'âge en âge ; elle a traversé les révolutions et triomphé des efforts de l'incrédulité ; elle est plus vive que jamais.

Au-dessus du nom de Germaine, semble rayonner cette parole :

« Cehci qui s'élève sera abaissé, et celui qui s'aMisse sera élevé. »

Mais qu'est-ce que la gloire éphémère de ce monde auprès de la gloire éternelle du Ciel? C'est celle-là que Jésus-Christ promet à l'âme humiliée, et pour confondre l'orgueil des superbes, parfois avec la gloire du Ciel, il accorde pleinement au plus petit et au plus méprisé d'entre les hommes cette gloire terrestre qu'il mesure au héros.

Il semble que la manifestation de la sainteté de Germaine ait été tout spécialement réservée pour notre époque.

La plaie qui ronge notre siècle, c'est le matérialisme, l'amour de la richesse, le désir du bien-être ; l'ambition dévore les esprits et renverse les bornes sociales ; l'impiété égare les âmes.

Aussi Dieu a-t-il tiré de l'obscurité une humble et pauvre fille des champs, privée de tous

LA BERGERE DE PiniîAC 95

les avnntag-es de la nature et de la fortune, pour l'offrir comme modèle à notre siècle mou et corrompu. Sainte Germaine s'est sanctifiée par la pratique de toutes les vertus qui manquent à notre époque.

Quel exemple pour notre temps ég-oiste et impie que cette charité sans bornes et cette foi ardente qui obtenait des miracles ! cette mortification constante, cette résig-nation dans ses souff"rances , et cette soumission admirable à la volonté de Dieu !

Germaine resta là où la Providence l'avait placée; elle n'essaya jamais de sortir de son humble et triste condition; c'est ce qui lui mérite la gloire éclatante dont son nom est eatouré aujourd'hui.

Il y a là un enseignement profond pour notre temps inquiet et agité, oii les hommes, poussés par je ne sais quel besoin de changement, ne savent plus trouver le bonheur dans la sphère oii Dieu les a placés.

Ils se précipitent vers l'inconnu pour saisir l'objet de leur convoitise, laissent de côté la morale et la conscience pour arriver plus sûrement au succès; puis, après avoir usé leurs jours dans cette recherche insensée, ils retombent meurtris et désenchantés , n'ayant pu saisir cette chimère de la fortune et des honneurs, ou la voyant échapper de leurs mains au moment où ils croyaient l'avoir conquise.

Oui, sainte Germaine est bien la patronne donnée par Dieu à notre France moderne; sa houlette protectrice s'étend sur nos têtes pour en écarter les malheurs ; et, comme autrefois la berg'ère de Nanterre sauva Paris des horreurs de la famine et de la rag-e des barbares, la berg'ère de Pibrac , — dans notre siècle de civilisation et de progrès , — si on l'invoque , délivrera la France des calamités qui ont fondu sur elle, la préservera surtout du désastre moral qui menace de l'engloutir et de l'abîme où son impiété la conduit.

Page 1