‹ Fleurs des champsChapitre 9 sur 10 · VI. — Charité de Germaine. — Ses épreuves · texte numérisé non relu

VI. — Charité de Germaine. — Ses épreuves

Mais l'âme de Germaine avait besoin de se communiquer à d'autres âmes ; l'amour divin qui l'enflammait demandait à se répandre ; le Seigneur, qui lui avait refusé toute affection sur la terre, lui laissa cependant l'amitié des enfants. Tous ceux du villag-e l'aimaient et se groupaient autour d'elle pour l'entendre parler des choses de Dieu. Assise au pied du chêne, sans quitter sa quenouille, la bergère, ignorante de la science d'ici-bas , enseignait à ces jeunes âmes les vérités du ciel. Elle était si vivement pénétrée, son éloquence était si douce, que les enfants l'écoutaient avec admiration et oubliaient leurs jeux.

« Spectacle digne de l'admiration des anges et cher aux regards de Dieu, que cette petite école tenue à l'ombre d'un buisson dans la campagne déserte! école où le maître, qui peut-être ne savait pas lire, donnait à ses auditeurs à demi sauvages et leur faisait comprendre des leçons qu'eussent écoutées avec yavissement les plus illustres dépositaires de la sagesse antique, qui eussent tout appris à un Platon, et qu'un Bossuet n'eClt pas dédaignées.

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» On aime à se dire que les soins de cette charité charmante ne furent pas perdus, et que le grand Dieu qui ordonnait de laisser venir à lui les petits enfants, garda dans la voie du salut ceux que lui avait si doucement amenés sa servante Germaine (1). »

Germaine ne se contentait pas de verser dans le cœur des enfants un peu das grâces que Dieu lui faisait, elle voulait encore partag-er avec le pauvre sa nourriture insuffisante : elle aimait à faire l'aumône. L'aumône! dira-t-on; et que pouvait donner la pauvre infirme, privée de tout, n'ayant pour elle-même qu'un morceau de pain sec? Certes^ il est beau de voir le riche faire l'aumône ; il est méritoire de donner son superflu; mais qu'est-ce donc de prendre sur son nécessaire pour nourrir un plus pauvre que soi? C'est l'héroïsme de la charité! Prince, disait autrefois le prophète Daniel à Nabuchodonosor, effrayé des menaces de Dieu, rachetez 'oos péchés par Vavrmône.

N'ayant rien à donner, Germaine partageait avec les pauvres le morceau de pain qu'elle recevait le matin ; elle voyait en eux les membres souffrants de Jésus-Christ^ et elle prenait plaisir à les secourir. Avec le pain matériel, elle distribuait à ces infortunés les consolations et les encouragements; elle relevait

(1) Louis Veuillf^t, V«e de la Bienh. Germaine Cousin, p. 119.

Le père de sainte Germaine la trouve morte dans son réduit.

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iCurs ftraes abattues en leur parlant du Ciel. . Qu'il est beau de la voir, elle, l'enfant méprisée, consoler ceux qui souffrent et oublier ses propres douleurs pour ne penser qu'à celles des autres.

« Cependant le monde est partout le même; il éprouve partout quelque aversion secrète contre la piété. Comme elle ne peut pas éviter de le censurer en quelque manière, si humble qu'elle se fasse, et qu'elle le blesse par son humilité même et son silence, il ne peut pas aussi se défendre de la haïr. Elle lui impose l'estime, il s'en veng-e par la raillerie. Ce monde-là n'est pas seulement le monde hérétique et infidèle, c'est le monde catholique luimême. Il est choqué dft Jésus-Christ dans la personne do ceux qui se rendent imitateurs de Jésus-Christ, et lorsque leur vertu jette trop d'éclat pour qu'ils puissent les calomnier, il se donne au moins la joie de les tourner en ridicule (1).

» L'humble Germaine, qui cherchait les seuls intérêts de notre Sauveur et non pas les siens, était donc un objet de scandale aux beaux esprits et aux libertins du villag'e, et elle attira ainsi sur elle la persécution des railleries. On riait surtout de sa simplicité, et on ne l'appelait plus que\?i Biffote. Hélas! ces misérables moyens auxquels recourent les en-

(1) Louis Veuillot, Vie de la Bienh. Germaine Cousin, p. 121.

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nemis de Dieu ne sont pas aussi impuissants qu'on serait tenté de le croire. La crainte du ridicule éloigne souvent de la religion des âmes qu'elle attire; et, pour éviter les quolibets de quelques beaux esprits d'académie ou de village, des chrétiens insultent, en rougissant d'eux-mêmes, à l'amour de Dieu qui leur tend les bras. Combien y a-t-il de ces hypocrites à rebours, qui, pour n'être pas en butte à de puériles épigrammes, feignent l'incrédulité qui n'est pas dans leur cœur.

» Germaine ne ressemblait en aucune manière à ces lâches et à ces serviles, le respect humain n'avait point de prise sur elle, et son âme n'en était que plus attachée à Dieu (Ij. »

Mais Germaine avait à endurer des peines encore plus sensibles à son cœur. Pour les infortunés, il est un lieu de repos, de consolation, oii Ton oublie les douleurs les plus cruelles au milieu de la sympathie et du dévouement qu'on y rencontre : c'est la maison paternelle ; chaque membre y a sa part d'affection et de joie, et si la balance doit pencher d'un côté, Dieu a voulu, par une bonté admirable, que ce fût pour l'enfant disgracié. Non seulement Germaine n'avait pas cette part surabondante d'affection, mais elle ne trouva que l'indifférence la plus profonde dans le cœur qui eût dû être son soutien. La marâtre,

(t) Louis Veuillot, Vie de la BienÂ. Gennaùu Cou$in^ p. 12i.

LA BERGÈRE DE PIBRAC fi

par ses raensong-ères insinuations, avait détourné de Germaine le cœur de son père, et elle usait de sa faiblesse et de la patience de la sainte pour la tourmenter davantage.

Faut-il croire que Germaine restât insensible à toutes les souffrances et à toutes les humiliations qu'elle endurait? Non, la sainteté n'exclut pas la nature. L'indifférence de son père, la cruauté de sa marâtre la firent souvent souffrir, et Dieu seul a vu ses larmes et compté ses douleurs. Et même, du côté du ciel, n'y a-t-il pas dans la vie des saints des heures de cruelles épreuves! L'âme a ses moments de sécheresse, d'angoisse, de découragement profond; plus d'épanchements divins, ni d'ineffables consolations, tout semble l'avoir abandonnée. Que de fois Germaine, triste, se croyant délaissée de Dieu comme des hommes, arrosa de ses pleurs le pain qu'on lui jetait à regret, tandis que dans le ciel, les anges tressaient sa couronne de gloire formée de ses larmes et de ses sacrifices. ,

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