‹ Fleurs du bitumeChapitre 14 sur 45 · A LA CHAIR · texte numérisé non relu

A LA CHAIR

Oh! ta chair! ta chair blanche ! oh! ta chair toute nue, Le frisson des cheveux dénoués qui s'en vont, Et roulent comme des couleuvres de ton front Pour mordiller les seins et l'épaule charnue !

Te revoir une nuit ! et dans ta gorge émue Entendre les sanglots du délire profond, Et sentir en tes flancs les soubresauts que font Les muscles et les nerfs quand l'ivresse est venue!

Oh ! reprendre ton corps, et dans la volupté

Oublier tout ce que cette amour m'a coûté :

Mes longues nuits, mes jours de fièvre mal guérie 1

CUEILLETTE SUR L'aSPHALTE 55

Et tuer le dé'sir qui me suit en tout lieu !

Car jusqu'au fond des os j'ai l'obscène hystérie,

Et le sang de mon cœur est un fleuve de feu !

SONNET

Quanil je reposerai dans la fosse, tranquille, Ayant autour de moi l'ombre éternellement ; Quand mes membres auront perdu le mouvement. Et mes orbites creux le regard qui scintille;

Cet être qui fut moi, ce pauvre rien fragile, Oublié dormira — pour jamais ossement — Et, loin du ciel voilé, silencieusement, Rien ne remuera plus sous la couche d'argile.

Mais vous serez toujours, éternelle beauté,

Hors du trépas commun, de la caducité :

Votre corps ne peut pas mourir, étant mon àme !

CUEILLETTE SUR l'aSPUALTE 57

Aussi, lorsqu'un beau soir d'amour, sur mon tombeau Longuement passera l'ombre de cette femme, Tu te réveilleras, squelette amant du Beau!

SONNET

J'ai bien des fois pleuré tout seul, dans mon taudis, Loin de vous, loin de toi.que j'aimais seule au monde, Loin du baiser charmeur et loin de l'amour blonde, Ainsi qu'un laid démon exclu du paradis.

J'étouffais les sanglots méprisés des maudits. Et, lorsque les viveurs m'appelaient à la ronde, Criant : « Viens avec nous! l'ivresse nous inonde! » Dans son cercueil, mon cœur chantait De Profundis.

Et quand je les suivais au milieu de leurs fêtes, Sur mes lèvres au rire intense toutes prêtes, Se cachait le rictus glacial des mourants.

CUEILLETTE SUR l'aSPUALTE 59

Toi qui n'as jamais su voir l'amour dans une âme, Toi qui n'as jamais pu rendre autant que tu prends, Que me sert d'implorer ta pitié dure, ô femme?

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