LA BELLE ET LA BETE
Tu n'as jamais compris, ô Gitane féroce, Quelle passion folle à tes pieds me jetait, Hurlant comme un lion qu'un acrobate rosse ;
Ton caprice enfantin et noir me tourmentait
Avec la persistance inepte de la rage ;
Et sur mon front vaincu ton pied vainqueur montait.
J'avais beau me blottir dans un coin de la cage, Et me faire rampant et plus lâche qu'un chien. Tu venais relancer ton animal sauvage.
lO FLEURS DU BITUME
Tu n'avais point à craindre, et tu le savais bien : La baguette de fer brillait dans tes menottes, Et j'étais trop dompte'' pour que je fisse rien.
Aussi, l'enhardissant de mes lâchetés sottes,
Tu me prenais le cœur, et, lambeaux par lambeaux,
Tu le déchiquetais vivant sous tes quenottes.
Hélas! ces grands amours léonins sont trop beaux ! Tu ne les comprends pas, et préfères les bêtes Plus folâtres qu'on voit courir à tes appeaux.
Et moi, lâche ! malgré tant de blessures faites,
Je léchais cette main qui m'avait torturé,
Tandis que tu tournais les yeux vers tes conquêtes.
Le perroquet jaseur. et le grand chat tigré, Et l'ours qui danse afin que la dompteuse rie, Tous avaient le baiser d'amour très désiré.
Le lion, roi déchu de la ménagerie,
Rugissait des sanglots d'esclave sous tes coups ;
Et la bande huait cette bête marrie.
Allons donc! j'ai brisé la chaîne et les verrous ; Loin de ton fouet, je cours vers l'idéal empire : Tu ne reverras plus ta bête à tes genoux.
CUEILLETTE SLR L'aSPIIALTE 71
Oh ! ne m'attire pas avec un faux sourire
Dans tes pièges de nuit; ne me fais point rentrer
Dans la cage d'amour témoin de mon martyre ;
Ne force plus ton grand animal à pleurer : Car il pourrait, un soir, perdant la tramontane. Se dresser pour te prendre et pour te dévorer...
Mais tu ne comprends pas, ô féroce Gitane !