DERNIER JOUR
Prends ta robe, prends tes nattes, prends tes bijoux! Ya, je t'ai bien aimée, et je trouvais si doux Tes gestes féminins de folle chattemitle! — Prends ta lèvre et tes yeux, ton corps où se limite Pour moi tout l'idéal horizon du désir. — Prends-les, emporte tout talisman de plaisir.
— Va. je t'ai bien aimée ! — Ah ! prends encore, j'y pense. Pour la mettre en ton cœur, la fleur de souvenance ! • Car ces huit mois passés d'amour à tour de bras Furent gais et pimpants et tendres, n'est-ce pas?
— Va, je t'ai bien aimée! — Aujourd'hui c'est ma porte Qui s'ouvre et je te dis : Que le diable t'emporte! Sans amertume, avec un sourire léger. —
Cestla loi du Veau d'or, ma chère, il faut changer!
CUEILLETTE SUR L ASPDALTE / /
Or, nous ne vivons pas dans un pays sauvage : Respectons ce gendarme appelé décavage.
Il faut nous quitter! Vas au bal de l'Opéra. Ton front jeune parmi les vieux resplendira. Tes beaux yeux noirs seront la nouvelle Grande-Ourse Vers qui navigueront les marins de la Bourse, Abdomen et poitrail bondés en galions, Roulant, tanguant, pontés, lestés de millions, Faisant voiles avec les papiers bleus de soie Que gonfle le crédit des Banques, vent de joie ; Ils viendront jeter l'ancre autour de ton corset; Et l'un d'eux cassera le nœud de ton lacet. —
— Va, je t'ai bien aimée! — En huit mois, que de fête Lorsque tu me disais : J'ai grand mal à ma tête!
— Ne pense plus à moi, jamais, jamais, jamais! Nous étions pauvres, sois très riche et très loin, mais Pour te venger du temps où quelques radis roses Composaient le menu de nos repas moroses,
Sois terrible, prends-leur tout l'argent qu'ils auront. Que des rides d'ennui s'étoilent sur le front De celui qui paiera tes perles de couronne! Ne me console pas, je ris, tu vois, mignonne! Je connais trop Paris pour me désespérer ; Je connais trop l'amour de Paris pour pleurer. Ah! tu as bien raison : « L'amour n'est qu'un caprice ! Et tant qu'à faire, il faut qu'il rapporte, le Vice ! »
— Va! je t'ai bien aimée en huit mois! — Cette nuit Rions encor, chassons à grands baisers l'ennui.
Serre-moi dans tes bras, et laisse mes pensées Courir sur l'Océan de mes rêves bercées! ... Tu ne veux pas. jusquà demain?... Ah! pauvre nou.s Pronds tn robe, prends tes nattes, prends lf'< liiimiv!