A CELLE QUI A LES YEUX VERTS
Pauvre enfant au cœur dur, aux rêves sans espoir,
Que l'or a façonnée ainsi qu'un ostensoir
Vide! Tu fus créée, en un jour de colère,
Avec les éléments que rien de chaud n'éclaire,
Avec la froide nuit et le froid océan,
Pour apparaître ainsi qu'une œuvre de néant.
Non! tu n'existes pas! Qu'est-ce qu'un clair de lune
Qui passe et qui s'éteint sans qu'ion en trouve aucune
Trace dans les regards des mortels effarés,
Sur qui l'ombre suspend ses longs voiles sacrés?
Pâle évocation qui sous les feuilles rôde,
Fantùme ouvrant des yeux bizarres d'émeraude,
Pleins de regards félins ! Mort aux audacieux
Qui t'osent regarder en face dans les yeux!
CUEILLETTE SL'H L'aSPUALTE 39
Morl à moi! Désormais fantôme, idole! idole! Je m'enfuirai tout seul sans demander l'obole De bonheur que l'Enfer doit à tous ses enfants, Loin des adorateurs et loin des triomphants, Ayant mis sur mon cœur une ironie amère, Comme un linceul sur un cadavre de chimère, Jusqu'au jour où, lassé de l'exil odieux, J'oublierai la vivante absinthe de tes veux.
Oli! pourquoi, détournant les yeux, Garder une lèvre farouche A l'essaim des amours joyeux Qui voudraient butiner ta bouche?
Nous n'avons, ô mon cher amour,
Qu'un seul jour Pour goûter la manne bénie; Et tu sais bien que tes vingt ans
N'ont qu'un temps, Et qu'après la fête est finie.
Et pourtant vous me refusez,
Et me frappez de vos mains frêles;
CUEILLETTE SUR l' ASPHALTE 41
Ils sont en cage, mes baisers :
Vous leur avez coupé les ailes.
J'ai voulu me mettre à genoux
Devant vous Pour jurer amour immortelle!
Mais, hélas! votre air offensé
M"a glacé
l^ne autre sera moins cruelle.