‹ Fleurs du bitumeChapitre 8 sur 45 · A CELLE QUI A LES YEUX VERTS · texte numérisé non relu

A CELLE QUI A LES YEUX VERTS

Pauvre enfant au cœur dur, aux rêves sans espoir,

Que l'or a façonnée ainsi qu'un ostensoir

Vide! Tu fus créée, en un jour de colère,

Avec les éléments que rien de chaud n'éclaire,

Avec la froide nuit et le froid océan,

Pour apparaître ainsi qu'une œuvre de néant.

Non! tu n'existes pas! Qu'est-ce qu'un clair de lune

Qui passe et qui s'éteint sans qu'ion en trouve aucune

Trace dans les regards des mortels effarés,

Sur qui l'ombre suspend ses longs voiles sacrés?

Pâle évocation qui sous les feuilles rôde,

Fantùme ouvrant des yeux bizarres d'émeraude,

Pleins de regards félins ! Mort aux audacieux

Qui t'osent regarder en face dans les yeux!

CUEILLETTE SL'H L'aSPUALTE 39

Morl à moi! Désormais fantôme, idole! idole! Je m'enfuirai tout seul sans demander l'obole De bonheur que l'Enfer doit à tous ses enfants, Loin des adorateurs et loin des triomphants, Ayant mis sur mon cœur une ironie amère, Comme un linceul sur un cadavre de chimère, Jusqu'au jour où, lassé de l'exil odieux, J'oublierai la vivante absinthe de tes veux.

Oli! pourquoi, détournant les yeux, Garder une lèvre farouche A l'essaim des amours joyeux Qui voudraient butiner ta bouche?

Nous n'avons, ô mon cher amour,

Qu'un seul jour Pour goûter la manne bénie; Et tu sais bien que tes vingt ans

N'ont qu'un temps, Et qu'après la fête est finie.

Et pourtant vous me refusez,

Et me frappez de vos mains frêles;

CUEILLETTE SUR l' ASPHALTE 41

Ils sont en cage, mes baisers :

Vous leur avez coupé les ailes.

J'ai voulu me mettre à genoux

Devant vous Pour jurer amour immortelle!

Mais, hélas! votre air offensé

M"a glacé

l^ne autre sera moins cruelle.

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