LIBRAIRIE DE DUMONT
PALAIS-ROTAL, 88, W SALOX LITTÉRAIRE.
MDGGGXXXVI.
tiiiita »v ••»•%
Ces chants ont été composés dans un désert de la Provence , triste en hiver comme un steppe de la Pologne , et dévoré en été par un soleil d'Afrique et par le mistral, assez semblable au simoun. Là 9 l'imagination ne pouvant se répandre au dehors pour admirer, est condamnée à chercher un aliment dans les émotions de Tâme , dans la pensée.
Peut-être ces vers auraient-ils dû mourir où ils étaient nés, dans cette solitude oii je n'étais entendue ni comprise ; mais quelques poètes les ont écoutés , quelques amis les ont applaudis , et je les livre au public, sans espérer qu'il les lise.
J'aurais voulu qu'un nom illustre et protecteur consentit à s'unir au mien sur le frontispice de ce volume : si je n'ai pu obtenir cette faveur, il doit m'étre permis du moins de m'enorgueillir d'un suffrage tel que celui de notre plus grand écrivain.
J'avais adressé à M. de Chateaubriand le frag*
ment de mon poème qui porte son nom, et les stances sur les tourmens du poète; je reçus de lui la réponse suivante.
Paris, 7 octobre 1835.
c( J*ai été , Madame , sensiblement touché de la ce lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'é- (( crire. Si j'étais cet astre que vous annoncez dans a une si belle poésie , je craindrais de tomber du a ciel par orgueil , comme on raconte qu6 cela est <c arrivé jadis à rétoile ^r/e-&i/7uS^re. Mais, Madame, « je ne dois prendre: vos éloges que pour le songe c( brillant d'une femme jeune.v... l^^Uc et poète. « Permettez-moi , toutefois , de vous dire , avec ma ju vieille expérience, que vous louez beaucoup trop ce le malheur; la peine ignorée vous a dicté des stan- <c ces pleines de charme et de mélancolie; la dou*^ « leur connue n'inspire pas si bien. Ne dites plus :
l'aissëz les Jours de ]oie à' des mortels obscUrs *,
(( Il faut maintenant prier pour vous-même, Ma- « dame ; quant à moi , je demande au ciel qu'il ne ce sépare jamais pour vous le bonheur de la gloire.
ce Agréez , Madame , je vous prie , l'hommage ce empressé de ma reconnaissance et de mon resce pect.
ce Chateaubriand. »
^ Tourment du Poète, page iO".
Ces paroles me remplirent de joiS. Dans un posUscriptum de cette lettre, M. de Ghateau^^ briand daignait m accorder une entrevue.
Je ne saurais peindre le sentiment que j'éprouvais en approchant de cette demeure calme* et isolée , d'où le génie domine de toute sa grandeur et de toute son unité les mille talens confondus qui se heurtent dans la grande ville. M. de Chateaubriand est pour moi l'homme du siècle; j'étais émue eu face de cette majesté du génie. Il me reçut avec une aimable bonté , et me promit d'encourager mes débuts littéraires.
Peu de jours après, j'envoyai encore à M. de Chateaubriand des fragmens manuscrits de mes poésies, et j'osai lui demander d'inscrire quelques lignes en tête de mon Recueil : ma prière ne fot pas accueillie ; mais son refus était exprimé avec tant de bienveillance , que je ne crains pas de le faire connaître.
Paris, 23 novembre 1835.
« Je serais heureux , Madame , de pouvoir faire c< ce que vous désirez ; malheureusement , je suis « Mn d^ avoir Tautorité que votre politesse me <c veut bien accorder , et je n'ai pas la prësomp- <c tion de me croire un juge dont le public adopte « les arrêts : s'il ne s'agit que de mon opinion c< particulière , je pense qu'une femme qui a écrit
c< la Consokuion à un poète américaùi, V Élégie sur n un vieux père mourant, a des droits à tous les c( sufTrages. Mais , Madame , ce sont des poètes qui c( doivent annoncer un poète ; choisissez parmi « ceux qui ont de la gloire ; ils tiendront à hon- « neur de prédire la vôtre«
<c Agréez , Madame , je vous prie , mes remercî- « meiis les plus sincères et mes respectueux homa mages.
ce Ghateaubhiand. »
Ces lettres seront ma protection auprès du public; pouvais-je en cherdier une autre?
Mais doispje croire à ces bienveillantes paroles , ou ne sont-elles que l'expression de ce généreux intérêt que la force accorde à la faiblesse, la gloire à l'obscurité ? Je le crains. Cependant que M. de Chateaubriand me pardonne de publier ici les témoignages si flatteurs de $on approba? tion : ils sont ma seule espérance de succès ; si cette espérance était déçue , ils seraient encore ma consolation.
Paris, janvier 1830.
'2i ntif^^imu.
L'âme du poète est le miroir da monde.
— LiiBiriTz. —
TOTTPlŒXrS DIT PCÈXS.
Après tout , qu'importent les revers , si notre lioin prononcé dadi la postérHé Va faire battre uniiœiir généreux
deux mille ans après notre vie?