‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 2 sur 52 · A UNE AMIE · texte numérisé non relu

A UNE AMIE

Quoi! feut-il dans mon sein que je te fiasse lire ? Toi, femme comme moi, toi, fille de la lyre,

N'as tu pas deviné Que mes jours sont voilés d'une ombre de tristesse, Vague pressentiment qui me poursuit sans cesse, Et me dit qu'à souffrir mon cœui^fut destiné?

Eh ! pourquoi me parler de bonheur et de gloire. A moi, pauvre ignorée à qui rien n a souri ?

A moi^ qui dans la coupe où j'aurais voulu boire Trouvai le miel tari!

Gomme la sensilive aux regards je me cache; Mais il ne suffit pas d'être pure et sans tache

Pour couler d*heureux jours :

Au désert la pensée ardente, insatiable, Qui sonde trop la vie, et que la vie accable, Fermente dans mon ame, et la ronge toujours!

Parce qu'il est encor des roses sur ma joue; £t qu'étouffant mes pleurs, je souris et me joue Du bonheur qui me fîiit,

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