‹ Fleurs du midi: poésiesChapitre 12 sur 52 · LA FOI DU COEUR · texte numérisé non relu

LA FOI DU COEUR

Là, les champs d'oliviers, trésors de la Provence, Semblent avoir du ciel attiré la vengeance, Et. n'offrent aux regards que des troncs sans rameaux; Le houx chétif s'étend sur ces arides landes; Et les ceps dégarnis de fruits et de guirlandes, Étalent leur squelette aux branches des ormeaux !

Mais dans ces tristes lieux , ma pensée a des aires , Qui transportent mon ame aux régions plus belles ;

A mon gréje parcours l'univers, et je peux Évoquer, devant moi, ses spectacles pompeux!

Dans les rêves d'enfant de mes jeunes années, Que j'aimais à gravir les hautes Pyrénées !

A leurs pieds, je voyais les chalets des pasteurs, Les gaves bondissant de hauteurs en hauteurs; Des lianes, des bois, des coteaux, des prairies : Tableaux qui portent 1 ame aux douces rêverie».

Puis, quand j'avais franchi ces sites enchantés,

Je découvrais encor de nouvelles beautés :

C'était d'une forêt la vaste colonnade,

Où l'abime jetait pour dôme une cascade ;

Frayant sous ces arceaux de dangereux chemins,

Je traversais ces lieux , vierges de pas humains.

Et j'atteignais enfin les neiges éternelles,

Que l'aigle audacieux rase seul de ses ailes.

Là, sur Fimmensité, l'œil fasciné s'étend.

Nul être ne se meut, et nul bruit ne s'entend.

Mais quelquefois, tombant du haut des cîmes blanches,

Ou voit, de monts en monts, rouler les avalanches;

Gigantesques obus lancés d*un bras divin,

Qui creusent, en passant, un immense ravin !...

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