LES DOUTES DE L'ESPRIT
Je voulais, m'entourant de ces fausses lumières, Soumettre à Texamenmes croyances premières ; Et par les argumens d'un stérile savoir, Expliquer chaque objet qfui venait m'émouvoir !
Cette soif de l'orgueil, dont rien ne nous délivre, J'allais, pour Tétancher , fouiller de livre en livre :
J'interrogeai, long-temps, ces esprits renommés, Qui tracent, ici-bas, des sillqns enflammés ;
Etres présomptueux f créateurs de systèmes, Qui n'ont point résolu nos éternels problèmes, Et qui, pour irnposer leur ténébreuse loi.
Ont tari l'espérance, en altérant k foi.
Mais celui, qu'en naissant, la poésie embrase. De ces sucs corrompus n'épuise pas le vase;
n effleure tes bords, rejette aa liqurar , Et force son esprit, à croire avec son cœur ! Au sein de ses erreurs, la vérité surnage ; Ainsi, je revins pure à la foi du jeune âge, A cette foi du ciel , dont nous gardons le sceaii ; A cet instinct inné, qui nous suit au berceau ; Qui guide , à notre insu , nos sentimens intimes , Et, nous révèle Dieu par ses oeuvres sublimes.
Décembre iS33.
LL TOI DTJ CCBTIÎV.
Raisonnei ! moi J'admire ! discatei , moi Je croirai;
Je yols la sublimité , et ne pénètre pas
la profondeur.
— SAINT AuansTiir. —
KjiL FOI nu COmWTKL
Que de fois, des rochers j'ai gravi la hauteur, Quand la nature adresse un hymne au Créateur, Quand la terre et les deux confondent leur langage, Que du voile des nuits le soleil se dégage ,
£t que les réseaux d'or de ses mille rayons
Décrivent dans les airs de lumineux sillons !
Alors, sous les baisers de la nue embrasée,
Se sèchent, aux gazons, les gouttes de rosée;
Perles et diamans prodigués par la main
De celui qui saura les resemer demain.
Alors, des champs couverts par un prisme d'opale,
Comme un encens qui fume, un doux parfum s exhale;
Des vallons aux coteaux, des fleuves aux forêts,
Se dilate et s*étend un air suave et frais;
L'onde, qu'il virent rider, semble plus diaphane;
Il rend encor l'éclat à la fleur qui se fane;
La plante se relève, et l'herbe reverdit;
Tout parait s'embellir du jour qui resplendit :
La clarté se répand des hauteurs aux abtmes ;
D'abord, des monts lointains , se colorent les cimes ;
Puis la plaine, à son tour, se dore et se rougit
Des feux de TOrient, où le soleil suivit ;
LA roi DU CŒUR. 51
Et d'objets, en objets, jusques ^ux brins de mousse, Par degrés se déploie une lumière douce.
On croit ouïr alors s'élever, à la fois,
D'innombrables accens ne formant qu'une voix; Et comme un cri d'amour, que cette voix prdfére,
Un immense Hosanna vibrer de sphère en sphère !...
Quand je voyais ainsi la terre à son réveil , Dans toute sa beauté saluer le soleil , Tandis que sur mon front , comme une vaste tente, Se déroulait des deux l'étendue éclatante , Où des nuages blancs, sur un fond de saphir , Se mouvaient lentement au souffle du zéphir ,
Oh ! ma croyance alors n'était plus indécise, Et du sommet des monts où je m'étais assise,
Pénétrant du regardles champs de Tinfini,
Je m*écriais, tout haut : « Mon Dieu, soyez béni ! »
Et pourtant, ce n'est pas que la nature étale Ses magiques attraits sur ma terre natale; Non! la contrée inculte, où je languis toujours, D'aucun tableau riant ne vient charmer mes jours !
Aux pieds des rochers nus, où le mistral résonne, Sont de vieux peupliers, dépouillés de couronne,
Par la main des hivers ; Ici, de noirs coteaux, plus loin d'immenses terres, Dont on a ceint les bords, comme des cimetières.
De cyprès toujours verts.