GENIE
Dans toutes ses splendeurs, ei dans tous ses travaux, Chez les peuples anciens, chez les peuples nouveaux, Vous le reconnattrez au respect qu'il impose : Quel que soit son emblème, ou sa métamorphose. Le pouvoir, ou le nom dont il est revêtu.
Le génie!... on le sent, comme on sent la vertu! Dans Tame; en traits de feu, son image se grave; n soumet l'avenir, il tient la gloire esclave; Et ses créations, se groupant en faisceau.
De l'immortalité vont recevoir le sceau.
• Août 1834.
LSS CITÉS.
Yoas avez élé p<msilAr«, et ^rens étés poussière. Approchez, villes, tours, etcoîosséS d'Orleut.
— BDGARD QUINrr.
MàMS ciTns«
Quand destâMeaui géam de toute la nature, Mon ceQ eût contemplé Tînimuable peinture, Lorsque j'eus parcoora, dans mes soog^ divers, Les mers, les monts, lea bois de oe vaste univers ;
J'évoquai tour à tour ces cités étemelles,
Que tant de nations laissèrent après elles,
Et qui jetaient au temps de dédaigneux défis ! ...
Je \is dans leur linceul, Carthage, Tyr, Memphis ;
Fantôme du désert, je vis Thèbe aux cent portes :
Puis, je ressuscitais pour moi ces villes mortes;
Je leur rendais leurs lois, leurs gloires et leurs mœurs;
Leurs peuples renaissaient, j'entendais leurs clameurs,
Leurs innombrables voix, leurs divers idiomes;
Je voyais leursguerriers, leurs prêtres, leurs grands hommes,
Leurs poètes divins, leurs artistes femeux,
Laissant tous leur pensée, inmiortelle comme, eux.
L'un dans un monument, l'autre dans un poème
Où le génie a mis son empreinte suprême,
Et qui, voyant passer les siècles à genoux.
Dans toute leur beauté sont venus jusqu'à nous !...
J'admirais cep géants, ces hautes pyramides.
Qui font paraître nains nos monumens timides;
Le Sphynx encor debout, l'idole de Memnon, Et tant d'autres débris, immortels, mais sans nom.
Suivant, sans me lasser, ma course enthousiaste, Je m'arrêtais aussi dans cette plaine vaste.
Où Palmyre étalant mille palais épars.
Voit le pasteur arabe errer dans ses remparts : Moi, j'y voyais encor l'altière Zénobie, Sur un trôûe entouré d'esclaves de Nubie, Rehaussant ses attraits d'un courage virU , Et ne prévoyant pas l'infortune et l'exil! ! !
Cette vaine grandeur, tout mortel la devine.
C'est la grandeur des rois, non la grandeur divine Attraction morale, aimant mystérieux.
Qui, sans l'épouvanter, attire l'homme aux deux. Ce pouvoir, on l'éprouve en franchissant l'enceinte Où pleure, dans son deuil, Jérusalem la sainte ;
Jl
84 FLEUBS DU MIDI.
Homme, auchamp d'oliviers ,Dieu^ sur le Mont-Thabor , Là, le Christ à nos yeux semble apfiaraltre enoor, Gomme pour réunir, dans sa double nature,
- Au créateur puissant son humble créature :
Là, le front incliné sur les bords du Jourdain,
, Aux grandeurs d'ici-bas, je jetais le dédain ; Et des siècles passés les superbes décombres. En présence de Dieu, n'étaient plus que des ombres.
Mais, dans ces purs éhins vers la divinité, Mon cœur battait toujours au mot de liberté!
Ce mot, prostitué dans nos guerres civiles, Immortalise encor les spectres de trois villes : Sparte, dont l'univers a retenu le nom ; Athène, où la sagesse avait son Parthénon ; Et plus puissante encor, plus grande qu'elle, Rome, Reine de l'univers, qu'il suffit que l'on nomme ?
Puis , fuyant ces débris , et lasse d'admirer , De plus rians tableaux je voulais m'énivrer : Pour couler, en aimait, des jours purs et tranquilles, J'habitais, tour-à- tour, ces fantastiques villes, Qui sur les bords d'unfleuve étalent, confondus, D'aériens palais, des jardins suspendus, Des manoirs féodeàux, de gothiques tourelles, Des temples aux croix d'or, aux clochers de dentelles, Des bassins de porphire et des balcons à jour. Où se donnent, le soir, les rendez-vous d'amour.
C'était en Orient, et la Mecque, etMédine, L'indienne Delhi, Bagdad la sarrazine, Où l'homme, qu'amollit un étemel été, A pour religion choisi la volupté; Puis ces grandes dtés japonnes et chinoises, Aux remparts de granit, au sol pavé d'ardoisesr
Stamboult aux grandes tours, aux briUans minarets, Peuplé de bains, de marbre et de kiosques frais; Et Moscow, qui la nuit, comme autant de fantômes, Semble élever au ciel ses flèches et ses dômes ! . . .
C'était dans TOccident, sur le Guadalquivir, Séviile et ses couvens qui venaient me ravir; Sur leDouro, c'était la mauresque Grenade, Où l'on entend, le soir, la douce sérénade.
Que le jeune Hidalgo chante à sa sénora, Et que redit, encor, l'écho de TAlhambra.
C'était en Italie, et Milan, et Florence; Naple, où la volupté mène à l'indifférence, Où l'air que l'on respire, énervante liqueur, Donne la vie aux sens, et fait mourir le cœur; Naple, Éden de l'Europe, envié par l'Asie, Où la pauvreté même a de la poésie;
Naple, indigente et folle, et qui montre, ^n riant, Au seuil de ses palais, son peuple mendiant ; ■ Naple, parmi ses sœurs d^Espagne et d'Italie, Qui s'enivre le plus d'amour et de folie ; Sy rêne qui se mire à son golfe argenté , Et dont Venise seule égale la beauté.
Juin 1834.
"TSmSE.
Venice is deshonored !
— BTROlf . —
L'art reste encore deboat...
— BÀRBIBA. *
iiJiyjniJifiPJmi
£h! qui ne Ta pas vue une fois dans ses rêves, Cette Rome des mers, cette noble cité,
Qu'élevèrent jadis sur de mouvantes grèves,
Quelques fils de la liberté.
Qui n*apas, déroulant ses sublimes annales, Admiré les hauts -faits, les arts, les saturnales
De son peuple géant, même dans ses ébats;
Ce peuple allait au loin poursuivre ses conquêtes,
Puis, venait tous les ans prodiguer dans des fêtes
L'or qu'il gagnait dans les combats !
Quand le ciel d'Italie, étincelant d'étoiles, Se mire avec amour dans des flots de saphir, Et que le gondolier abandonne ses voiles Au souffle du zéphir;
Quand aux bras caressans du golfe Adriatique ;
Repose mollement la cité fantastique, Oh! le poète alors s'enivre du regard, En voyant, reflétés par une onde tranquille, Ses palais, ses prisons, ses ponts, son campaniller Et son gigantesque Saint-Marc.