VENISE
Vers les siédeB passés son souvenir s'éhtnce... Foyer de volupté, de gloire, d'opulence, »
Venise, où Tor du monde est venu s'engloutir, Venise, réduisant la Grèce en esclavage.
Règne sur TOcéan, plus riche que Garthage, Et plus orgueilleuse que Tyr.
La voilà dans ses jours de pompe solennelle; Le lion de Ssdnt-Marc la couvre de son sole : Entouré du sénat ^ du conseil des nn, Le vieux doge , à la mer se mariant encore.
Lui jette son anneau du haut du Bucentaure, Et Venise apparaît ce qu'elle fat jadis !
Jadis!... car aujourd'hui, comme une courtisane. Dont Tame se flétrit sans que le corps se fene.
d4 FLEURS DU MIDI.
Belle, elle inspire enoor l'ivresse et les transports; Mais dans ses yeux éteints, il n'est plus de pensée; Sous les embrassemens elle reste glacée, Et son soufBe répand Texhalaison des morts ! ...
Et pourtant, dans ta honte, on t'adore, Venise!
L'idéal d'Orient en toi se réalise;
Qiild-Harold a pleuré sur ta chute et ton deuil; Ghild-Harold a compris ta majesté muette;
Et l'hymne, que pour toi dianta le grand poète.
Fut ta dernière gloire, et ton dernier orgueil!
Septembre 1833.
On foule avec respect ton payé frémissant.
On y sent palpiter Thistoire I
— OUSTATI DROnilflAU. —
y JLWHffB
Paris ! bazar du mondç , immense capitale
Où de toute grandeur la puissance 9*étale ;
Ton image , toujours , revenait dans mes nuits
Éveiller mes désirs , apaiser mes ennuis !
98 FLEUBS DU MIDI.
J'enviais tes trésors ; j'étais comme Jérôme , Qui rêvait , au désert , les délices de Rome. Â la gloire , au bonheur, tu ranimais ma foi ; £t fascinant mon cœur, tu m'attirais vers toi : Je ne te voyais pas , Babylone frivole , Telle qu'on croit te peindre avec une hyperbole : Je ne te voyais pas* dans la fange et le sang , Pousser de crime en crime un peuple frémissant : Phare des nations , brûlant plus qu'il n*éclaire , Enflammer et trahir la fureur populaire , Et montrer pour »emple aux vassales cités Les horribles tableaux de tes atrocités :
Oh ! non ! je te voyais la ville des merveilles , Â l'Europe étalant tes splendeurs sans pareilles ,
Répandre chaque jour, de ton vaste foyer, Des rayons qu'en tous lieux on v(Ht se déployer.
Reine de l'univers , dont le giron enferme ,
D'un sublime avenir^ l'élément et le germe ,
PARIS. n
Et que Dieu détona , par im Mcret deMein , (>>miiie Jéruseletii ^ jadis an peiq^ Mini ! «
Je te voyais grandir, rece^^nt d'âge en âge De la gloire et des arts l'immortel héritage ; Sur mille nioiiiiiiidns » enferméadaiiataiÉior», Tes fastes s'iascrivaieiit poiur les siècles fiitnra s Sans assoQvir mcMi ciBiir, sans lasur bm paître ^ J'allais inierroger tes sanaks de pmre ; Et mon enthousiasme aimait à réunir, Aux grandeurs du présent , celles du souvenir.
Oui , sur trois monumens ipn dominent tes rives De trois règnes éteints j'ai relu ks archives ; Notre-Dame , élevant ses tours sur la cité , Me rappelait les temps où , dans ladversité , Le peuple , encor fidièle à: la foi de ses pares , Priait pour désarattr lès oAestes colères ;
Désertant le Forum et volant au saint lien .
Alo|pf , il bâtissait des temples à son Dieu.
Mais la nef est déserte , et le peuple abandonne Les marches de Tautel et les marches du trône ; Ils tondjent , dans ce siècle où tout fermente et bout , Et de ces deux pouvoirs Tombre seule est debout
Gomme un temple sans Dieu, quele profane entr'ouvre, Veuf de la royauté , je contemplais le Louvre: Palais où tant de rois laissèrent , en passant , Des prestiges de gloire ou des traces de sang.
Puis, symbole nouveau, la géante colonne Déroulait devant moi Fère Napoléonne ! ! 1
PASis: loi
Et toi , quidétadiant les peuples du passé Brisas tous ces pouvoirs qnand ton m fiit poussé; Toi , que le monde entier demande pour idole , Liberté ! j*ai cherdié vainement ton symbole :
Dans ce livre dès temps , que Paris a gardé , Souvent tu déchiras , et tu n'as rien fondé.
Mais , Tesprit généreux , que ton règne propage , Promet à l'avenir une étemelle page :
Rends au siècle haletant la paix et le bonheur,
Liberté , ce sera ton monument d'honneur ! ^
Paris , où vient siéger la France fière et grande , Autel où tout génie apporte son offi^ande , Ainsi je te révais , ainsi tu déroulais A mes yeux éblouis tes temples , tes palais , Tes boulevarts bruyans, tes magiques théâtres , OÙ se pressent le soir des foules idolâtres,
1D2 FLEUBS DU MIDI.
Tes ponts, tesqiws, toD fleuve, immense réservoir, Tes jardins et tes tours, d'od Ton mne s le voir.
Souvent , jusqu'à la nuit j'errais dans tes musées , Où les œuvres des arts se sont divinisées : Là , le siéde qui meurt l^ue aux siècles suivans De toutes ses grandeurs les emblèmes vivans : Enfece de la gloire à laquelle il aspire , Là l'artiste naissant se recueille et s'inspire ; Il rêve.... puis brûlant d'ajouter un chaînon A la diatne immortelle , il court se fidre un nom ! Ou bien , j'allais m'asseoir dans ces inunenses salles^ Où viennent s'entasser des gloires colossales , Où le génie enferme en un espace étroit Des mondes de pensers que chaque jour accroît ; Gomme en un mausolée , où leur ame s'inhume ^ J'aimais à révdller, de volume en volume,
PASiS. ' t03
Ces esprits imlkiortek, ces éorivsânstflul^, Que nos enfemlirbnt, que nôsfaleiixontlasi Puis je me deihatidstis quels' hoMtnes de tiottle âge, Légueront à lai Frânèe un nom pour Héritage?
Et si tous ces mortels, à la gloire aspirant, Éveilleront l'écho d un seul jour, en mourant !.. Jamais si bruyamment, l'intelligence humaine, N'osa de la pensée assiéger le domaine; Jamais, dans tant de cœurs, on ne vit fermenter Ce besoin de savoir, qui vient nous tourmenter: La terre est ébranlée, et toute ame orgueilleuse, Veut jeter une idée à cette mer houleuse; Mais presque chaque nom, sans avoir retenti,
Soulève un peu d'écume et retombe englouti.
Ces essais impuissans*, ces ténébreux systèmes, Qui, créés par Terreur, se détruisent d'eux-mêmes, Laissent tous les regards fixés vers l'avenir. Cherchant si quelque étoile, enfin, va nous venir;
Astre, envoyé de Dieu, pour éclairer cette ère De paix et de bonheur qui changera la terre ; Où les hommes suivront la loi de Jésus-Christ , Et s'aimeront entr'eux ainsi qu'il le prescrit.
BT
beui grands poètes se partagent la France aiyourd'hai :
H. de Chateaubriand et.A|.de Lamartine.
Tons les deui ont parlé à l'ame du peuple ce langage de passion
et de yertu que les peuples entendent si bien ! Tous les deux , ils ont réveillé le sens moral assoupi parmi nous.
•— JUliBS lAlf IK. —
De même qu'un siècle influe sur un homme ,
un homme influe sur un siècle;
et si un homme est le représentant des idées du temps,
plus souyent aussi, le temps est le représentant des idées d*un homme.
— GHATBÂUBRIAlf n. —
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Mais de ce âède heureux la bienfaisante aurore Au monde qui l'attend n*apparaft pas encore ; Et dans sa sombre nuit qu'un rayon doit percer, L'honnne a besoin de yoîi qui viennent le bercer ; Il a besoin d'ôuïr ces pures mélodies Qui de Tame et du corps calment les maladies ; Car ainsi que Saul , dans ses jours de douleur ^. B lui faut un David , ange otnasolateur
Qui calme son délire , et par un charme occulte. Du choc des passions apaise le tumulte.
Ce messager divin , être immatériel , C'est toi , Chateaubriand , toi , magique Ariel ; Dieu d'un monde idéal , c'est toi , lyre vivante , Qui diriges d'un son une foule mouvante ;
Toi , par qui tout un peuple est soudain subjugué. Oui , pour nous consoler tu nous fus délégué : Comme un clairon raUie une armée en déroute ,- Ta voix guide le siècle égaré dans sa rouie : Tu muselés sa haine et domines ses bruits :
A ton nom tout puissant les partis sont détruits ; Au milieu des débris d'un trône qui s'écroule Tu parais ! et d'un mot tu gouvernes la foule ; ' Et l'homme indépendant, prosterné devant toi ^* Proclame avec orgueil qijie le génie est roi.