BOUTADE A LA RAISON
Vieillir Tame avant que les rideF Viennent sillonner notre front; Tarir, par des pensers arides, Tout sentiment tendre et profond ; Fuir Tamitié qui nous convie; Dans Tamour prévoir Tabandon Arracher les fleurs de la vie; Voilà, ce qu'on nomme raison !
Si le cœur, comme Prométhée, Sai^e, rongé par un vautour; Si la vie est désenchantée, Si Tespoir a fui sans retour; Si le souvenir nous dédiire.
Savoir feindre la guérison; Etouffer, nos pleurs et sourire, Voilà ce qu'on nomme raison!
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Sitôt que sa paufûère s*ouyre ,
Dessiller l'oiiAnt ingénu; Lever le voile qai le couvre, Et lui montrer le moncteà nu :
Dans son ame qui vient d'éclore, Mêler la crainte et le soupçon  Tespérance qu'on déflore; Voilà ce qu'on nomme raison !
Au flambeau que la gloire alluma Préférer un obscur destin :
Sans que la lèvre s*y parfume, Briser la coupe du festin; Toujours au fond deTambroisie, Soupçonner un amer poison :
Vivre sans foi, sans poésie ; Voilà ce qu'on nomme raison !
BOUTiJDE A LÀ RAISON. 211
Raison dont je suis obsédée, Déité des esprits rampans , Tu soumets toute noble idée, Aux préjugés dont tu dépeuds !
Sous ton joug Tame est avilie; La foule abuse de ton nom :
Pour une sublime folie, Je t'abandonne; adieu, raison!
N'a-t-on pas épuisé la coupe de la hainer Est-il encor des noms qui n'aient été flétris; Des malheurs respectés par la foule inhumaine, Et que n'ait pas frappés la verge du mépris?
Est-il un citoyen, dans la France en délire,
Dont la gloire ou l'honneur n'ait pas subi d'affront \ Un héros, qui n'ait vu tomber sous la satyre, Le laurier qui cachait les rides de son front !
214 FLEmS DU MIDI.
Non ! Tinjure atteint tout : on jette aux gémonies^ Les dieux, les rois déchus et les rois couronnés, Les tribuns, les guerriers, les sublimes génies, Les vaincus, les vainqueurs Tun par l'autre entraînés.
Le pouvoir qui succède au pouvoir qui s'écroule, Par le peuple en démence est soudain renversé; Et les rugissemens échappés de la foule Accusent le présent^ et souillent le passé.
Telle au pied deTEtna, quand son sommet s*allume, Une terre nouvelle apparaît tout-à-coup; Mais le feu Ta créée, et le feu la consume, Et les flots de la lave anéantissent tout.
Mars, 1S31.
PORTIU^IT.
C*est un de ces frelons de la littérature,
Qui, d'auteurs enauteurs, butinent leur pâture,
Formant péniblement, de ce qu'ils ont volé,
Un volume indigeste, et de vers, et de prose,
Oà, sur le frontispice un artiste les pose En n oir démon échevelé !
C'est un de ces fiiisiieun de mauvais mélodrame, Singeant les passions, et n'ayant rien dans Tame;
216 FLEURS DU JtfIDI.
Qui font joyeuse vie et diantent leurs regrets: Parlent du désespoir d'une jeunesse aride; Se meurent lentement, et n'ont pas une ride Sur leurs visages gras et frais !
C'est un de ces dandys, de ces fats à la mode, Qu'un ami de province à Paris incommode; Qui nomment leur vieux père avec un air railleur;
Qui, montent, à Long-Qiamps, une jument fringante, Ont un habit de Seaub, à la coupe élégante, Et n'ont jamais payé ni sellier, ni tailleur.
Un de ces mendians d éloges de gazette,
A qui d'un feuilleton l'encens tourne la tête;
Et qui, pour obtenir cette gloire d'un jour.
Font mille humbles saluts, prodiguent des visites.
Ou captent les bravos des auteurs parasites
Dans un rendez-vous diez Véfow 1