‹ Fleurs enfantines [microforme]Chapitre 2 sur 23 · LA COMMUNIANTE · texte numérisé non relu

LA COMMUNIANTE

gr nr FE a EMA “Dé 1 : fr AT AAA LA PONT de rep pr PART DPe dort 1 te PU Ru en

étendues à plat. Autant de fautes il a commises, autant il reçoit de coups de planchette. Les Chinois sont partisans du proverbe italien :

La lettre entre avec le sang.”

Enfin, pour compléter le tableau, ajoutons que tandis que nos

collégiens s'époumonent à chanter leur leçon dans les quatre tons que

comporte la langue chinoise, leur corps tout entier est en mouvement, pour bien marquer le ton particulier de chaque mot. La tête s'incline d’arrière en avant, de droite à gauche; les pieds battent la mesure; les mains frappent sur les bancs, comme sur un tambour. Et cepen-

. dant, répétons-le, malgré tout ce tapage, nos collégiens ne se gênent

nullement l’un l’autre ; chacun s'occupe à sa besogne, sans s'occuper du voisin, sauf un cas de collision fortuite entre les têtes qui battent la mesure. Pour lors on se fait les gros yeux pendant quelques instants ; puis chacun reprend de plus belle sa chanson.

Un détail typique. A crier ainsi toute la journée, la voix finit par s’enrouer. C’est pourquoi il y a toujours dans la classe un grand pot d’eau où chacun va s’humecter le larynx quand ii se sent faiblir.”

regardent qu'avec terreur et respect, car ‘le porte-lunettés ” c'est le maître d'école.

Parlons maintenant des élèves. Ils sont là, rangés trois par trois, et jolis à croquer avec leur tête bien rasée, la queue de cheveux proprement tressée, et leur frais costume de toile bleue. Mais leur système d'étude est la chose la plus drôlatique du monde.

En Europe, un bon écolier doit rester tranquille à son banc et se taire. Et je sais certain missionnaire de Mongolie qui, pour y avoir manqué, fut plus d’une fois envoyé méditer à gencux dans le coin de la classe. En Chine, au contraire, un écolier digne de son nom, doit se remuer, sauter et crier, si bien qu’au moindre arrêt, la férule du

“ porte-lunettes ” lui apprendra qu’on n'est pas en classe pour se

reposer. Et si je dis “ crier ” n’allez pas croire que j’exagère. Non; ils crient de toute la force de leurs poumons. C’est ainsi qu’en ce moment où je vous écris, je les entends fort bien; et cependant leur classe est séparée de ma chambre par tout un corps de bâtiment.

Ajoutez à cela que, pour augmenter le vacarme, chacun chante et crie sa propre leçon, sans s'inquiéter de celle que chantent les autres. Chacun est à son affaire, et dès qu’il a appris une page, s’en va la réciter devant le maître. Et, comme si ces Chinois devaient tout faire à l’inverse de l’Europe, l'élève, qui va réciter sa leçon, près du maître, tourne le dos à celui-ci, probablement afin de ne pouvoir lire dans son livre,

La récitation finie, l’élève se retourne et présente ses mains :

— Mon enfant, dit la bonne mère, elle est l’image d’une petite

fille de ma connaissance qui n’a pas su trouver dans la poche de sa robe neuve, une aumône pour les pauvres. A quoi sert de charmer les regards, si le cœur est dépourvu du parfum de la charité ?

Page 1