LA FLEUR ARTIFICIELLE
Laüre est en grande toilette, tout de neuf habillée.
Comme il y eut, jadis le petit Chaperon Rouge, on la pourrait nommer la petite rose pompon, tant eile ressemble à cette fleur mignonne sous son costume et son chapeau d’un charmant rose nâle. Cette nuance s’harmonise si bien avec la fraîcheur de son teint, :2 douceur de ses yeux de pervenche, et le reflet doré de ses boucles soyeuses, qu’à la promenade, en la voyant passer, on répète plus d’une fois: Oh! la gentille enfant!
Ce compliment parvient aux oreilles de Laure, qui n’y est point insensible. Tellement elle est préoccupée bientôt de sa personne pomponnée, qu’elle en oublie de donner, comme elle a coutume de le faire, son petit sou au premier mendiant qu’elle rencontre.
— Lolo, lui dit sa maman le soir, admire la belle rose artificielle que je viens de placer dans la jardinière du vestibule.
Et Laure de plonger bien vite dans la rose son joli petit nez, comme l’abeille l’eût fait de son corsage d’or.
— Oh! maman, votre fleur ne me ravit pas... elle n’a point de
parfum.