‹ Fleurs rouges: poésiesChapitre 3 sur 24 · LA CHASSE DU COMTE · texte numérisé non relu

LA CHASSE DU COMTE

A madame M. Bretegnif.r.

A r époque lointaine oii régnait le roi Charles, Certes y il n'était pas dans tout le pays d'Arles D'homme plus généreux et de cœur moins hautarn Que le comte Montfort, chevalier palatin.

Tous ses vassaux Vaimaient car son âme était bonne ; Et dans tout son comté, d' Arles jusqu'à Narbonne On le traitait en pjre et non pas en Seigneur, Faire du bien à tous était son seul bonheur . Or^ un soir qu'il rentrait d'une chasse lointaine. Près de la route, il vit^ assise aux pieds d'un chêne,

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Pâle aux lueurs du crépuscule^ aux cheveux blonds Epars sur elle^ aux yeux très bleus ei très profonds^ Une femme.

Montfort, surpris, s approcha d'elle.

Elle baissa la tête et pleura. « Demoiselle^ Dit-il, vous souffre^ donc ? Parle{-moi, qu'ave^-vous ?>:

Alors elle leva vers lui ses yeux trcs doux.

— « Oui y je souffre beaucoup... Tene^^ messire comte, Je vais vous dire tout, tout, comme l'on raconte Ses peines à sa mère en la baisant au front, Car Von m'a dit souvent que vous étie^ très bon. Je suis,., plutôt f étais la jeune châtelaine D'Albon : mon père était un vaillant capitaine. Par bonheur il est mort ; car s'il eut été là Il m'aurait maudite.,. Ah ! :»

Tout en disant cela Elle se lamentait,

PniSf avec véhémence Elle raconta tout : d'abord la connaissance

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Qu'elle fit d'un beau troubadour, les doux moments Passés ensemble y et puis tous les enivrements Des premiers aveux, et les promenades folles Par les champs et les bois, les brûlantes paroles Qui vous grisent les sens, les baisers clandestins. Puis r offre séductrice et les refus hautains, Puis la tentation, puis la dernière lutte, La passion plus forte, enfin, hier, la chute Irréparable,.. ^ Jésus ! ah ! Pour le moment La honte et le mépris, bientôt le châtiment I »

— « Non, répondit Montfort ; vous êtes peti coupable ; Mais, votre troubadour..,? »

— « Lui, le vil- misérable^ Je ne Vai plus revu,.. Par grâce, monseigneur, Ne m'abandonne^ pas car je mourrais de peur.

Emmener-moi chei'vous ; je serai votre esclave Très humble, très soumise, obéissante et grave Comme il convient à ceux qu'a dégradés l'amour. Ainsi j'aurai du pain jusqu'à mon dernier jour ; Je travaillerai bien ; je prierai Dieu de même, Et peut-être qu'alors, au jugement suprême

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M'étant bien repentie — Il pourra pardonner I » — « Dieu, répondit Montfort, ne saurait condamner Celle qui se repent d'une façon sincère, Vene^, ajouta-t-il, prés de ma vieille mère ; Elle Dous aimera comme elle aime son fils, >

Sa mère V attendait au bas du pont-levis,

— « As-tu fait bonne chasse aujourd'hui?,,. lui dit-elle.

— « Oui, certes. Et jamais je Jt'en fis de plus belle. Mère, RegardeT^la : c'est cette pauvre enfant !... » Et puis il ajouta d'un air tout triomphant :

(( Mère, vous regrettiez de n'avoir point de fille ; Mais vous n'en pouviez pas rêver de plus gentille Que celle-ci. Je suis sûr que vous l'aimere\ ; D'ailleurs, c'est Dieu qui nous l'envoie, »

Un mois après, Notre comte épousait la jeune châtelaine Qu'il vit un soir — rentrant d'une chasse lointaine.

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