‹ Flirt pour deux! Comédie en un acteChapitre 8 sur 20 · SCÈNE V GENEVIÈVE, puis IRMA, puis SUZANNE · texte numérisé non relu

SCÈNE V GENEVIÈVE, puis IRMA, puis SUZANNE

GENEVIÈVE, seule.

Il a sûrement quelque chose, lui qui était si gai. tout à l'heure...

IRMA, entrant du fond.

C'est madame Leverdet.

Elle fait entrer Suzanne, puis sort.

GENEVIÈVE

Suzanne! Ah! la bonne surprise!...

SUZANNE, agitée, préoccupée.

Bonjour, ma chérie...

GENEVIÈVE

Que c'est gentil à toi de venir me surprendre !

SUZANNE

Ma chère Geneviève, j'irai droit au but...

GENEVIÈVE

Tu as donc un but?

SUZANNE

Je t'en prie, ne m'interromps pas. Quand nous étions au couvent, nous nous sommes fait un serment solennel : celui de nous avertir réciproquement, lorsque nous serions mariées, des infidélités de nos maris...

GENEVIÈVE

Oui.

28 l'LlRT l'OUIi nEUX !

SUZANNE

Eh bien...

Elle heBite, GENEVIÈVE, poussant un cri.

Mon mari a une maîtresse f

Oui, là !

GENEVIÈVE

Les cartes avaient raison! Ah! c'est épouvantable I

SUZANNE

Geneviève, ma chérie, sois forte!

GENEVIÈVE

Oui, oui, tu as raison! Vite, comment as-tu appris?

SUZANNE

Par mon mari... qui est son premier témoin.

GENEVIÈVE

Le premier témoin de qui?

SUZANNE

Mais du tien... de ton mari à toi.

GENEVIÈVE

Son témoin ?

SUZANNE

C'est vrai, je ne t'ai pas encore dit : Ton mari se bat en duel cet après-midi avec le mari de sa maîtresse!...

GENEVIÈVE, indignée.

Kt c'est uno fommo mariée !

FLinr l'ouu DEUX : 29

SUZANNE

Une inadame Dupont !

GENEVIÈVE, se levant.

Dupont! Ah! je oompremls l'ultitude d'Henri, tout à riieure, et ces mois : « ISi Je mourais, aurais-tu du chagrin ? »

SUZANNE

Il t'a dit ça?

GENEVIÈVE

Oui, ma chère... Et il a eu l'audace de m'embrasser! Et il avait l'air ému!

SUZANNE

Il avait des remords, sans doute !

GENEVIÈVE

Ah! voilà qui m'est égal! 11 peut liien en avoir des remords I Tiens, sonne la femme de chambre.

Elle va 8 asseoir à la table et ouvre lo huvard qui se trouve dessus.

SUZANNE

Que veux-tu faire ?

Elle va sonner.

GENEVIÈVE, se disposant à écrire.

Tu le sauras tout à l'heure... (Ecrivant, et à part.)

« Descendez en pyjama »! (Pariê.) Une enveloppe

maintenant. (EIIo met la feuille dans l'enveloppe, puis écrit

la suscription.) M. Horace GrisolIes, à l'étage audessus, même maison.

IRMA, entrant du fond.

Madame a sonné ?

GENEVIÈVE

Montez cette lettre immédiatement. Allez, c'est pressé !

IRMA

Bien, madame.

Elle eort.

SUZANNE

Me diras-tu maintenant ?

GENEVIÈVE

Ce que je vais faire? Lui rendre la pareille tout de suite, et ici encore, sous le toit conjugal!

SUZANNE

Geneviève !

GENEVIÈVE

J'ai là-haut un jeune homme sous pression.

SUZANNE

Sous pression ?

Oui !... Horace Grisolles.

SUZANNE

Ton flirt?

GENEVIÈVE

Il va descendre en pyjama. Du reste, c'est convenu avec mon mari... j'ai le papier!...

SUZANNE

Quel papier?

GENEVIÈVE

Celui qu'il m'a écrit le lendemain de notre mariage : « Si jamais je trompe ma femme, je l'auto- » rise II me rendre la pareille! »

SUZANNE

Geneviève, ma chérie, réfléchis avant de faire un coup de tête !

GENEVIÈVE

Oh I la tète n'j- est pour rien!

SUZANNE

Dis-toi que tu es une honnête femme!

GENEVIÈVE

Un homme qui trompe sa femme n'est plus pour moi un honnête homme, et je ne vois pas pourquoi je resterais honnête, alors que mon mari "ne l'est plus. Comme dit la chanson : Il faut des époux assortis.

Cependant...

GENEVIÈVE, prêtant l'oreille.

Chut!... Je l'entends qui vient... Pas un mot.

Paraît Henri.

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