‹ Flon, flon, flon, lariradondaineChapitre 101 sur 101 · FANTAISIE · texte numérisé non relu

FANTAISIE

Quand souffle le vent de bise, Quand la froide nuit vient nous saisir, Le soir, auprès de ma Lise, Tisonner est mon plaisir.

Est-il un bal, une fête, Qui vaille un doux tête-à-tête Devant un feu pétillant?

Là, nul censeur sémillant, Pour passer tout en revue, Ne vient d'un air bienveillant Vous en déroberla vue.

Auprès d'un joli minois.

Tisonner est douce chose,

A l'amour le feu dispose,

Au cœur il prend quelquefois.

Avec maîtresse gentille,

Au fond d'un réduit bien clos,

La flamme qui monte et brille

Nous rend plus gai, plus dispos.

Ma Lisette est sans parure ; Un simple petit bonnet, Sans me cacher sa figure, Lui donne un air plus coquet.

Pour se chauffer à son aise Et pour ne point se griller, Elle a mes genoux pour chaise Et mon bras pour oreiller. .

Ses pieds avec nonchalance Sont posés sur les chenets, Souvent par inadvertance Elle brûle ses mollets.

Tisonnons, ô ma maîtresse!

Est-il un bonheur plus doux?

Livrons-nous à la paresse, Ici, nous sommes chez nous.

Par des châteaux en Espagne Embellissons nos loisirs, Formons des plans de campagne, Et des projets de plaisirs; Admettons que la fortune, Longtemps rebelle à nos vœux, D'une façon moins commune Nous traite enfin tous les deux :

Tu veux une métairie, Des abeilles, des troupeaux, Un bocage, une parai rie, Des lapins et des oiseaux,

Moi, je l'avouerai, ma chère, Je suis plus ambitieux, Pour narguer les envieux Une calèche légère D'abord me plairait beaucoup ; J'aurais une belle terre,

Avec un parc de bon goût; Des chevaux, des domestiques ; Appartements magnifiques, Puis un excellent billard, Où, quand on quitte la table, On gagne, en faisant l'aimable, Quelque voisin campagnard.

Tiens, vois ce monceau de cendre.. Là, je voudrais mon château, Ici, serait un ruisseau, C'est le chemin qu'il faut prendre; Ce tison... c'est mon jardin, Mais cette bûche me gêne...

— Non, mon ami, là je mène Mon troupeau chaque matin ; Là-bas est ma métairie, Mon petit bois, ma prairie...

Ici, j'aurais un moulin, Je vais, avec la pincette, T'en indiquer le chemin...

En ce moment la sonnette Avertit qu'il vient quelqu'un ;

Au diable de l'importun Qui trouble nos rêveries; Adieu châteaux et prairies, Jardin et troupeaux, adieu !

Nos pensers vous ont fait naître, L'importun qui va paraître Ne verra là que du feu !

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