Chapitre I. — Récolte et préparation des mousses
§ I. — Appareils.
Les instruments nécessaires au bryologiste herborisant ne sont pas nombreux. Dans la plupart des cas, lorsqu’on ne se propose que la constatation des mousses propres à une localité de médiocre étendue, la boîte classique de fer-blanc et un couteau suffisent. Si même il ne s’agit que d’une petite excursion, ou qui ne doive donner lieu qu’à des récoltes peu volumineuses, on pourra se contenter d’une boîte d’assez faibles dimensions pour être mise à la poche. Dans ces herborisations, les boîtes
(1) Caroli a Linné, Systema naturæ, p. 10. Linné' se plaisait aussi à citer ce verset du Psalmiste : « O Seigneur! que vos œuvres sont admirables ! L’insensé ne les connaît pas, l’homme dépourvu de sens ne leur prête pas d’attention. »
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de fer-blanc, grandes ou petites, sont préférables au cartable et à la toile cirée : les mousses y conservent mieux la forme et raspect de leurs touffes ou de leurs coussinets, les organes caducs sont moins exposés à se perdre.
Si, pour des raisons particulières, on tient à emporter ses récoltes dans une toile cirée ou de lustrine, on fera bien pourtant de se munir d’une petite boîte de fer-blanc, facile à ouvrir, où l’on introduira ses mousses, au fur et à mesure de leur récolte. Lorsque cette boîte sera pleine, on en versera le contenu sur une feuille de papier dont on repliera les bords de manière à former un petit paquet ; il serait bon de le ficeler et de le garnir d’une étiquette indiquant la localité précise.
Les divers paquets obtenus de la sorte peuvent être dès lors serrés, sans grand inconvénient, dans une toile quelconque.
Quand on herborisera avec la grande boîte de fer-blanc, on ne négligera pas de prendre des précautions analogues pour s’éviter dans la suite toute incertitude au sujet des localités où on aura découvert les différents échantillons de la récolte totale. On devra, par exemple, isoler les récoltes partielles, à l’aide de feuillage, ou par des brins d’herbe, de mousses communes, et souvent compléter ces mesures par des étiquettes ou des notes inscrites sur son carnet.
Il est inutile d’indiquer ici des procédés plus minutieux. Chaque botaniste a les siens qu’il préfère et dont il sait tirer le meilleur parti.
Dans toute herborisation bryologique, un couteau de poche à lame solide, est de rigueur. Il sert à détacher de leur support les mousses qui croissent sur les troncs d’arbres et les rochers. Il est mieux d’employer un couteau à deux lames dont l’une bien affilée est employée uniquement à la récolte des espèces corticicoles (qui croissent sur les écorces).
Quelques espèces, à tige très-courte et étroitement adhérente à la surface des rochers, exigent de plus l’emploi d’un ciseau de tailleur de pierres et d’un marteau. On peut citer, sous ce rapport, Brachyodus trichodes, Campylostelium saxicola, et surtout Tetrodontium Brownianum.
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Une bonne loupe, avec étui, peut rendre aussi quelques services en voyage. Cependant nous croyons qu’il est plus expéditif et plus sûr d’emporter une touffe de toutes les formes douteuses à première vue, et d’attendre, pour en faire une étude définitive, qu’on se retrouve au milieu de ses livres et de ses instruments de précision.
§ II. — Recherche des mousses.
Avant d’entreprendre aucune herborisation sérieuse, les commençants feront bien de lire attentivement la partie de ce travail intitulée : Distribution géographique des mousses ; ils y trouveront, sur les diverses conditions d’existence des mousses et sur leurs stations préférées, des renseignements détaillés qui pourront leur servir. Nous nous contenterons de rappeler, en ce moment, qu’il se trouve des mousses partout. Certaines espèces, loin de fuir le voisinage de l’homme, grimpent sur les tuiles et le chaume des toits, envahissent de la base au sommet les murs de nos constructions, garnissent les interstices des pavés dans les rues, couvrent dès l’automne et pendant l’hiver, la terre humide des champs, de leurs humbles et inoffensives légions. D’autres, au contraire, s’éloignent de nos habitations et vont s’établir sur les coteaux incultes, les rochers secs, ou, en plus grand nombre, tapissent le sol des forêts, les bords des chemins creux et des fossés, revêtent le tronc des arbres, s’attachent aux pierres humides dans les torrents ou se multiplient à foison dans les marais et les tourbières. La diversité des expositions, de l’altitude et des terrains se trahit à chaque instant par des variations sensibles dans le tapis végétal bryologique.
En un mot, toutes les modifications dans l’état physique ou dans la nature géologique du sol qui exercent une influence sur la dispersion des plantes phanérogames font également sentir leur action sur celle des mousses.
Certaines stations, certaines régions sont plus favorisées que d’autres, le botaniste les visitera plus souvent et avec plus de
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pliasir; cependant, s’il désire se former une collection complète et surtout acquérir une connaissance adéquate de la distribution des mouss.es dans le canton qu’il explore, il doit éplucher tous les accidents de terrain avec une égale sollicitude.
Il ne devra pas oublier non plus que si la plupart des mousses acquièrent un développement qui permet dé les apercevoir sans effort, il en est plusieurs dont la taille est si exiguë et dont les individus sont tellement disséminés, qu’il faut beaucoup de perspicacité et la plus grande attention pour les découvrir.
Enfin, et les bryologues les plus exercés eux- mêmes ont besoin de s’en souvenir, certaines espèces sont affines à ce point qu’il est souvent impossible de les distinguer sur place. Un grand nombre d 'Orthotrichum, de Bryum, des Hypnum sont dans ce cas. Le moyen le plus simple est de ne commencer à recueillir de ces espèces difficiles que lorsqu’on les rencontre en état parfait de fructification. On note avec le plus grand soin les localités, afin de pouvoir les retrouver au besoin ; on évite de même toute transposition d’échantillons et d’étiquettes qui conduirait à un gâchis inextricable. Une étude complète des spécimens ainsi préparés jettera bientôt un jour inattendu sur la distinction des espèces les plus voisines. Quand on est déjà familiarisé avec la plupart des espèces même difficiles, s’il s’en présente de ces dernières, on emporte des échantillons de toutes les formes, même à l’état stérile, et on les étudie àloisir. Les meilleures trouvailles que nous ayons faites, pour notre propre compte, sont d’espèces privées de capsules dans nos régions. Les bords vaseux du petit lac au fond de l’escarpement du Frankenthal, au Hohneck, ont dû être explorés par une foule de botanistes, et cependant aucun n’a signalé le Bryum cyclophyllum, parce que cette mousse, malgré son abondance, n'a là que ses fleurs femelles. On pourrait en dire autant de Y Hedwigidium imberbe, qui, sans doute, mieux connu, se retrouvera dans diverses localités analogues à celle que nous avons signalée près de Vagney.
§ III. Récolte des mousses.
Ce qui précède nous amène à dire un mot sur l’époque favo-
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rable pour la récolte des mousses. Toutes, en effet, ne fleurissent pas et ne mûrissent pas leurs capsules pendant la même saison. Selon les espèces, ces fonctions s’échelonnent, pour les mousses, pendant toute l’année, à la différence des phanérogames qui, dans nos régions, ne fleurissent guère qu’à partir du mois de mars pour les plus précoces, jusqu’en septembre ou les premiers jours d’octobre pour les plus tardives.
Rappelons ici que l’on entend par maturité, pour les Stègocarpes, le moment précis où l’opercule se détache spontanément de la capsule; dans les Cleistocarpes, on peut dire que la capsule est mûre lorsqu’elle cesse de s’accroître, et qu’elle possède sa forme et sa couleur définitives.
C’est à l’époque de la maturité de leurs capsules que les mousses s’offrent à l’observateur dans les meilleures conditions pour l’étude. C’est alors seulement qu’il est possible d’examiner les formes caractéristiques de la capsule et de l’opercule, de constater la présence ou l’absence de l’anneau, du péristome, et, quand il existe, la configuration variée de ce dernier. C’est à la même époque que les folioles de l’involucre et la vaginule se présentent sous leur aspect définitif. De plus, pendant que les capsules achèvent leur maturation, il est presque toujours possible de trouver, sur les innovations récentes, de nouvelles fleurs déjà formées en vue de la fructification suivante.
Cependant il n’est pas inutile de recueillir quelques espèces avant la parfaite maturité des capsules, afin d’assurer la conservation de l’opercule et de la coiffe, organes souvent très caducs; il convient surtout de prendre cette précaution quand les formes de la coiffe ont une importance difficile à suppléer. On peut citer comme exemples les Grimmia ovata et commutata, pulvinata et orbicularis, les Physcomitrium, beaucoup d’Orthotrichum. Dans le genre Encalypta , la coiffe possède une valeur taxonomique de premier ordre, mais elle est heureusement très persistante. Dans les genres Bryum et Hypnum, elle est souvent très caduque, mais d’ailleurs sans grande importance pour la distinction des espèces.
La manière de récolter les mousses est des plus simples. Il
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suffit de choisir les touffes les plus belles, celles qui offrent le moins de mélange, puis de les enlever complètement, de sorte que les stolons et les tiges rampantes soient bien conservés. Ceci est quelquefois à considérer quand il s’agit d’espèces très adhérentes à leur support. La présence ou l’absence d’un feutre radiculaire, la dénudation des parties anciennes ne peuvent se constater dans la suite, qu’autant que les recommandations précédentes ont été suivies au moment de la récolte.
Un assez grand nombre d’espèces, beaucoup de Hypnum , les Rhacomitrium canescens, Philonolis fontana, etc., ont les parties inférieures de leurs tiges surchargées de terre et de sable. Il faut d’abord enlever des touffes ou des plaques de ces plantes telles qu’elles se trouvent, puis les transporter près d’une eau courante, source ou ruisseau, où on les lave avec précaution, par exemple, en maintenant hors de l’eau, les parties supérieures et les capsules.
Quand on recueille de grandes quantités d’une même espèce, il convient de ne pas entasser pêle-mêle ses récoltes, mais de les disposer, dans sa boîte ou en paquets, par lits superposés en sens inverse, c’est-à-dire de manière que les capsules des mousses du premier et du second soient en contact; on évite, par ce procédé, que la terre adhérente à la base des mousses du lit supérieur ne souille les fructifications de celles qui sont au-dessous.
Enfin, il est utile de comprimer entre les mains les touffes d’espèces inondées pour on exprimer l’excès d’eau, tout en ayant soin de ne pas léser les plantes.
Par contre, quelques espèces, des Grimmia, des Barbula , les A ndreœa, etc., qui croissent sur des murs ou des rochers exposés au soleil, sont très friables par les temps secs; il est préférable de les récolter lorsqu’elles sont ramollies par la pluie, les brouillards ou la rosée de la nuit.
§ IV. Préparation des re’coltes.
Les mousses recueillies dans de bonnes conditions peuvent se conserver intactes dans la boîte ou en paquets, pendant quelques
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jours; cependant il convient de les préparer aussitôt qu’on est rentré d’une excursion.
Si toutefois on désire étudier ses récoltes fraîches avant de les préparer, ou si, les récoltes étant considérables, la préparation dure longtemps, voici le procédé que l’on peut suivre : On étend ses mousses, en couches peu épaisses, sur des feuilles de papier, dans un appartement aéré ou un grenier. Elles se dessèchent rapidement, et dès lors ne courent plus aucun danger d’altération. A mesure qu’on se trouve dans le cas de les étudier, on les introduit ainsi desséchées dans une boîte de fer-blanc, on les arrose avec une eau limpide et fraîche, sans les inonder pourtant, et on ferme la boîte. Peu à peu elles absorbent l’eau avec laquelle elles se trouvent en contact, et bientôt elles reprennent l’aspect qu’elles avaient à l’état de vie. Quand elles sont étudiées, on les prépare définitivement selon la méthode ordinaire.
La dessication des mousses se fait exactement par les mêmes procédés que celle des phanérogames. Le but que l’on doit se proposer en les desséchant est non-seulement de pourvoir à leur conservation, mais d’altérer le moins possible leur port et leurs formes naturelles. Dans tous les cas, on les introduit dans une feuille double de papier buvard, disposée sur un paquet de plusieurs feuilles d’un papier également absorbant, mais d’une autre teinte. Cette feuille étant remplie de mousses, on la ferme et on la recouvre d’un nouveau cahier de papier semblable à celui qui est au-dessous. Et on continue la préparation de la même manière jusqu’au bout. La récolte étant épuisée, on place sur la pile obtenue une planchette solide que l’on charge de poids titrés ou simplement d’une grosse pierre. 11 suffit de changer les cahiers intermédiaires de papier deux ou trois fois, pour obtenir en quelques jours une dessication complète. Le poids de la pierre qui détermine la compression est à calculer de telle sorte qu’elle donne aux mousses une forme convenable, sans produire l’écrasement. De 20 à 30 kil. sont les poids convenables selon les conditions.
Revenons sur quelques détails.
Les mousses à préparer forment des touffes lâches, des gazons denses ou des coussinets plus ou moins convexes.
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Dans le premier cas, et si elles sont de grande taille, il convient de les introduire dans la feuille double de dessication brins par brins, et isolées. C’est ainsi que l’on dessèche les grands ffypnum : H. tamariscinum, loreum, triquetrum, etc., Polytrichum commune, formosum , Pogonatum alpinum, etc.
Si les mousses forment des gazons cohérents, ou des touffes denses liées par un feutre radiculaire, on partage ces touffes en fascicules ou en petites plaques que l’on étend séparément sur le papier. Il faut éviter de donner à ces parts trop d’épaisseur, et il est bon d’isoler tout à fait et de sécher à part un certain nombre de plantes, afin de mieux laisser voir leur ramification et leur développement individuel. Enfin, dans le cas où les plantes dont nous parlons constituent des coussinets très denses, si ces coussinets sont petits, on peut les mettre en presse tels qu’ils sont ; s’ils sont plus gros, on les divise par tranches verticales que l’on traite comme il a été dit précédemment.
Certains organes, tels que les coiffes, les opercules, sont très caducs; s’ils offrent de l’intérêt, il est bon de les recueillir et de les sécher à part dans un pli spécial de papier.
D’autres particularités trouveraient ici leur place ; mais il suffit d’avoir éveillé l’attention. En ce genre, comme en tout autre, il faut se borner et laisser à l’initiative individuelle des amateurs une large part.
Une fois nos petites plantes desséchées, il s’agit d’introduire dans la collection une part de chaque espèce. Malgré des essais nombreux en divers sens, les bryologues s’accordent généralement dans l’adoption d’un même procédé.
On choisit dans la récolte sèche de deux à quatre, selon les dimensions, de ces petites touffes ou plaques dont il vient d’être question, et on les colle à la gomme sur une carte de papier. Le format, la nuance, l’épaisseur sont au choix du collectionneur. Ici encore liberté complète. Si l’on nous en croit pourtant, on prendra de préférence un papier ferme, sans qu’il soit trop rigide, de teinte blanche ou légèrement rousse, et le format sera calculé sur la grandeur de la plante elle-même.
A la partie inférieure de la carte on a eu soin de réserver un
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espace libre destiné à recevoir l’étiquette ou l’indication du nom, des synonymes, de la localité et des autres détails convenus pour les étiquettes des échantillons déplantés phanérogames. Les autres échantillons qui restent libres sont mis en magasin avec une étiquette et servent pour les échanges.
Les cartes garnies de mousses sont introduites en plus ou moins grand nombre dans des feuilles doubles de papier à herbier ordinaire, et mieux d’un format plus petit; ces feuilles, à leur tour, garnies d’étiquettes ou d’un numéro d’ordre à l’angle, sont empilées et serrées dans une boîte ou entre deux feuilles de carton.