UTILITÉ DE LA BRYOLOGIE
les prairies qu’elles recouvriraient, à chaque crue , de couches épaisses de sables et de gravier. Ces mousses, par une disposition merveilleuse du Créateur, favorisent la végétation des grands arbres des forêts, en fournissant au sol une grande quantité d’humus et surtout une fraîcheur constante ; elles servent de régulateur au débit de ces sources et de ces ruisseaux aux ondes limpides, si précieux dans la région montagneuse. Pendant les grandes chaleurs de l’été, elles reversent dans l’atmosphère, à l’état de vapeur, les eaux qu’elles avaient retenues au moment des pluies, et maintiennent ainsi l’état hygrométrique de l’air que réclame notre constitution physique.
Après avoir indiqué les usages et le rôle des mousses, nous ne pouvons terminer cet article sans dire un mot de l’utilité que présente la bryologie elle-même.
Les mousses constituant une classe de végétaux très distincts et très répandus à la surface du globe, leur étude prend dès lors une importance qui répond à celle de son objet. La structure des mousses, aussi simple dans ses éléments que variée dans l’application, offre à l’observateur des facilités toutes spéciales pour la solution d’une foule de questions d'anatomie et de physiologie végétales. La bryologie offre encore un attrait particulier, en raison du grand nombre de mousses que l’amateur trouve à récolter partout et en toute saison, et à cause de la facilité de leur préparation. Considérée comme partie intégrante de la botanique et des sciences naturelles en général, da bryologie possède les mêmes avantages que ces dernières. Elle développe et exerce l’intelligence; elle donne plus de pénétration et de sûreté à l’esprit d’observation, au coup d’œil pratique. Elle inspire l’amour du travail en livrant sans cesse de nouveaux aliments à notre désir naturel de connaître; elle devient ainsi une sauvegarde contre l'oisiveté et des distractions dangereuses; aux mesquineries humaines, elle oppose le spectacle toujours calme et grandiose des œuvres divines. Aucune autre partie de la botanique n’est plus propre à nous élever vers le but suprême des sciences physiques : La glorification de Dieu, dans ses œuvres. La révélation des merveilles étonnantes qui se cachent dans un
RÉCOLTE DES MOUSSES
brin de mousse fait, sans doute, la gloire de la science moderne; mais, d’une autre part, et il faut le dire, cette élégance des formes, cette perfection du détail, cette harmonie qui règne entre les organes et les fonctions, cette multitude de rapports si bien compris, tous ces prodiges semés à profusion dans l’infiniment petit proclament hautement la sagesse sans limites et la toutepuissance de leur Auteur. Il y aurait folie à venir nous parler ici du hasard. Ecoutons plutôt ces magnifiques paroles du restaurateur des sciences naturelles, au xvme siècle : « Lorsque je me suis éveillé, Dieu éternel, immense, omniscient , tout-puissant, venait de passer, — je l’ai vu de loin et je suis resté plongé dans l’admiration ! J’ai suivi les traces de ses pas, à travers les œuvres de la création, et partout, même dans les choses si petites qu’elles semblent n’être pas, quelle puissance I quelle sagesse ! quelle inexplicable perfection (1) ! »