‹ Flore cryptogamique de l'estChapitre 5 sur 634 · II. CLASSIFICATION GÉNÉRALE RES MUSCINÉES · texte numérisé non relu

II. CLASSIFICATION GÉNÉRALE RES MUSCINÉES

La plupart des auteurs divisent les Muscinées en deux familles : les Mousses et les Hépatiques. A la suite de MM. Sehimper et Roze, nous croyons devoir les partager plutôt en trois sous-clases dont voici l’exposition comparative :

Sous-classe I. — Mousse».

Plantes annuelles ou vivaces , croissant sur la terre , les rochers, les troncs d’arbres, ou flottant dans les eaux. Tiges se fixant à leur support à l’aide de racines et de radicules adventives plus ou moins ramifiées, articulées, souvent très abondantes. Cellules extérieures ou corticales de la tige à parois épaisses et souvent colorées , rarement dilatées, plus grandes que les voisines. Feuilles vertes simples, entières, dentées ou ciliées , jamais profondément lobées , ni laciniées, énerves ou soutenues par une nervure médiane, d'un tissu très varié , alternes , rarement distiques (très rarement dans ce dernier cas, une troisième série de feuilles accessoires ou amphig astres).

MOUSSES

Fleurs synoïques, monoïques, dioïques ou polygames. Pas d’involucre monophylle; mais des folioles plus ou moins différentes des feuilles caulinaires, souvent plus grandes et plus délicates , rapprochées et constituant un involucre polyphylle assez mal défini. Fleurs mâles, en forme de bourgeons (gemmif ormes) ou étalées ouvertes (discoïdes) , d’après la disposition des folioles de l’involucre ; anthéridies brièvement pédiculées, ovoïdes, oblongues ou subcylindriques allongées, persistant longtemps , en nombre très-variable (1-150) dans une même fleur, s’ouvrant par un pore terminal et émettant de nombreux corpuscules celluleux qui renferment chacun un anthérozoïde.

Fleurs femelles terminales ou latérales ; involucre ordinairement gemmiforme , souvent accrescent ; archégones en nombre variable (1-30) lagéni formes, souvent colorés en rouge, et contenant un petit sac celluleux ou embryonnaire.

Fruit ( capsule , urne ou thèque , selon les auteurs) subsessile , ou plus ordinairement exserte et élevé au sommet d'un support filiforme raide , coloré (pèdicelle ou soie). Au moment de l’évolution du jeune fruit, le réceptacle s’élève et forme une petite gaine ( vaginule ) autour de la base du pèdicelle, pendant que celui-ci arrache et emporte, au sommet de la capsule, la membrane développée et diversement modifiée qui constituait V archègone primitif , c’est la coiffe. Cette coiffe est glabre ou velue, lisse ou plissée, entière ou laciniée, lobée, etc. La capsule affecte des formes très diverses ; elle est globuleuse , oblongue, pyriforme, subcylindrique, prismatique, lisse ou plissée ; elle présente souvent à la base un renflement ( col ou apophyse). Au moment de la maturité, elle s’ouvre par la chute d’un segment circulaire ( opercule ) , ou très rarement par la désunion de 4-8 valves retenues ou libres au sommet, ou enfin par des déchirures irrégulières ; elle est généralement traversée par une sorte d’axe vertical (columelle). Entre les parois de la capsule et la columelle se trouve , dans la plupart des espèces, un sac membraneux , très délicat (sporange) qui contient immédiatement les spores. Le contour de l’orifice capsulaire est

SPHAIGNES.

nu, ou garni de 1-2 rangs de dents et de cils ( péristome simple ou double ); le nombre de ces dents est 4 ou un multiple de 4, — 8, 16, 32, 64. Les spores sont à peu près uniformes, globuleuses , ou légèrement comprimées, lisses ou finement papilleuses; en germant elles produisent un prothalle formé de filaments verts entrecroisés très fournis, au centre desquels se développe enfin la plante définitive.

Sous-classe II. — Sphaignes.

Plantes spongieuses, vivaces, ne croissant que dans les lieux très humides, marécageux ou tourbeux, sociales. Tiges adultes dépourvues de radicules , leur tissu présente trois zones concentriques , distinctes , Y externe ou corticale formée de 1 -4 couches de cellules à parois hyalines , minces, plus grandes que les autres : la zone moyenne subligneuse , composée de cellules plus petites , à parois épaisses , colorées ; enfin la zone centrale ou médullaire , dont les cellules médiocres ont des parois minces et hyalines. Rameaux fasciculés retombants , la plupart effilés au sommet. Feuilles alternes, ovales, lancéolées, obtuses ou atténuées , marginées , entières ou denticulées au sommet seulement, complètement énerves, formées de deux sortes de cellules ; les unes linéaires, allongées, charrient la chlorophylle; les autres beaucoup plus grandes, rhombées ou lancéolées, sont hyalines, vides, percées de pores plus ou moins nombreux, soutenues pour la plupart par des fibres annulaires ou spiralées. Pas d’amphigastres. Fleurs monoïques ou dioïques. Pas d’involucre monophylle. Fleurs mâles terminant de petits rameaux, échelonnées et formant des chatons anguleux, oblongs ou coniques ; anthéridies pédiculées, globuleuses, solitaires à l’aisselle des folioles du chaton florifère, fugaces, s’ouvrant au sommet et émettant leur contenu , d’une manière analogue à ce qui se voit dans les mousses.

Fleurs femelles gemmiformes , terminant des rameaux courts ; archégones peu nombreux (1-4) allongés, délicats, accompagnés de paraphyses ou filaments mous , entrecroisés , ramifiés ,

HÉPATIQUES

très grêles. Folioles de l’involucre différant peu des feuilles caulinaires , un peu plus allongées. Axe du rameau fructifère accrescent et formant vers l’époque de la maturité un faux pédicelle assez long ( pseudopode ). Capsule lisse, globuleuse, sessile, reposant sur une vaginule dilatée discoïde , s’ouvrant , à la maturité , par la chute d’un opercule en forme de calotte sphérique. Pas de péristome, ni d’anneau. Coiffe se déchirant en deux parties , dont l'une reste à la base de la capsule. Columelle d’abord gonflée et occupant une grande partie de la cavité capsulaire, presque entièrement résorbée à la fin. Sporange distinct , étroit. Spores dimorphes : les unes plus grandes , tétraédriques, papilleuses , fertiles; les autres polyédriques, subglobuleuses , stériles. Par la germination , les premières produisent d’abord un prothalle foliacé, lobulé, duquel naît ensuite la plante définitive ; celle-ci ne présente de radicules que dans les premiers temps de son existence.

Sous-classe III. — Hépatiques.

Les Hépatiques n’offrent qu’un petit nombre de caractères communs; elles se divisent immédiatement en deux groupes. Celles qui entrent dans le premier, les Hépatiques caulescentes, possèdent une tige et des feuilles distinctes. Cette tige vivace , ordinairement très délicate , d’un tissu presque uniforme, déprimée ou ascendante, garnie de radicules non cloisonnées, plus ou moins abondantes, ramifiée par dichotomie, émet souvent des stolons. Feuilles vertes, distiques, décrivant, deux à deux, des V , sur la surface dorsale de la tige, par leurs lignes obliques d’insertion, souvent très crépues, chiffonnées par l’action de la sécheresse , énerves , de formes très variées , orbiculaires , ovales , linéaires , entières , dentées , ciliées, lobées ou divisées jusque près de la base en lanières subulées ; parfois un des lobes est replié et contourné en forme de sac ; leur tissu est délicat, formé d’une seule couche de celulles arrondies ou subhexagones ; à la face inférieure des

HÉPATIQUES

tiges, un grand nombre d’espèces présentent une troisième série de feuilles plus petites, très variables (amphi g astres).

Fleurs monoïques ou dioïques. Fleurs mâles en forme d'épis sessiles ou de chatons comprimés ; anthéridies globuleuses ou brièvement oblongues , pédiculées, s’ouvrant comme celles des sphaignes , ordinairement solitaires, plus rarement groupées, en petit nombre (1-3) à l’aisselle de folioles spéciales imbriquées ou différant peu des feuilles caulinaires. Fleurs femelles terminant la tige ou de petits rameaux; dans le plus grand nombre, deux enveloppes florales : l’externe est un involucre analogue à celui des mousses, formé de folioles distinctes, plus ou moins différentes des feuilles caulinaires ; l’interne ( périanthe ) monophylle, oblongue, cylindrique, obovée, lisse ou plissée, ouverte au sommet , diversement lobulée , dentée ou ciliée à l’orifice. Archégones ordinairement peu nombreux (1-15, plus rarement 20-30), courts, rarement accompagnés de paraphyses; un seul est fécondé et se gonfle sous la tension de la jeune capsule qui grossit ; à la fin cette membrane ovale ou obovée , devenue la coiffe, se déchire vers le sommet et laisse échapper la capsule; elle reste ainsi cachée dans le périanthe ; plus rarement, dans le cas d’un périanthe court ou nul, elle est ouverte; jamais elle n'est soulevée, comme dans les mousses, au sommet de la capsule. Pédicelle très délicat , hyalin , fugace. Capsule oblongue ou subglobuleuse, noire ou brune , s’ouvrant , à la maturité, en 4 valves libres et étalées; pas de sporange; spores arrondies , lisses ou finement papilleuses , vertes ou brunes , entremêlées de cellules linéaires allongées, transparentes et renfermant, comme dans une gaine , 2 fibres brunes contournées en spirale ( êlatères ).

Les Hépatiques du second groupe , Hépatiques membraneuses ou frondi formes , perdent successivement la plupart des caractères propres à celles du précédent, de manière à se rapprocher des Amphigènes , et en particulier des Lichens. Tige en forme de lanières ou d’expansions foliacées ( frondes ) déprimées , sinuées lobées , se divisant par dichotomie et rayonnant autour d’un point central. Frondes munies d’une nervure longi-

HÉPATIQUES

tudinale ou énerves , garnies en dessous de radicules hyalines et souvent, en dessus, de nombreux stomates. Dans plusieurs espèces, on remarque une couche corticale ou épidermique. Il n’y a plus de feuilles distinctes. Les organes de reproduction présentent une foule de modifications très importantes, dont il faudra chercher le détail dans la description des familles et des genres de cette section. Les anthéridies sont ordinairement immergées dans V épaisseur des frondes , à la surface desquelles elles s’ouvrent par un petit pore; elles sont isolées ou groupées, relativement grandes; parfois elles sont enfoncées dans la substance d’un disque lobulé et élevé sur une sorte de pédicelle.

Les fleurs femelles apparaissent également dans des conditions très variées , immergées dans le thalle ou pédicellées , isolées ou groupées, nues ou renfermées dans une ou plusieurs enveloppes; il en est de même de la capsule , qui reste d'un brun noirâtre et possède une structure analogue à celle que Von constate dans les hépatiques caulescentes ; mais la forme, la position et le mode de déhiscence sont très variables selon les genres ; les élatères , présents dans la plupart des genres , manquent dans quelques-uns; dans le genre Aneura , ils ne possèdent plus qu'une fibre spirale. Il n'y a pas de sporange , ni de columelle , excepté dans le genre Anthocéros dont la capsule linéaire et bivalve possède ce dernier organe. Les spores sont généralement brunâtres dans les Hépatiques ; leurs dimensions varient; parfois elles sont un peu polyédriques. Par la germination elles donnent naissance à un prothalle lobulé.

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