Pin pesse ou picea
Pinus picea. SYST. NAT., 1073.
Feuilles subtétragones, un peu aiguës et distiques. Rameaux nus inférieurement. Cônes subcylindriques. Écailles ovoïdes, planes, ondulées au bord et déchirées. Ligneuse.
C'est par erreur que Linné avait pris cet arbre pour le vrai sapin, comme il paraît de sa description du Pinus abies, comparée à celle du Pinus picea. J'ignore s’il croit naturellement dans la chaîne des Pyrénées. Il commence à figurer dans les possessions des amateurs.
10, Pin sapin ou simplement sapin.
Pinus abies. SYST. NAT., 1073.
Feuilles planes, échancrées, pectinées. Cônes oblongs, droits. Ecailles très obtuses et appliquées. Ligneuse.
Arbre toujours vert, portant ses branches étagées en candélabre, s’élevant sur un tronc droit et effilé jusqu’à cent vingt pieds de hauteur. Feuilles planes, linéaires, légèrement échancrées au sommet, éparses sur les derniers rameaux, paraissant distiques sur les autres, vertes et luisantes en dessus, argentées en dessous entre la nervure moyenne saillante en carène et les deux bords roulés en nervure de chaque côté. Fleurs comme dans le pin sauvage. Cônes cylindriques d'un brun pourpré, placés dans une situation verticale, ayant ordinairement quatre ou cinq pouces de longueur. Écailles de deux sortes : les unes ligneuses, minces, très élargies et arrondies au sommet, étroitement appliquées en recouvrement les unes sur les autres ; les secondaires coriaces, étroites, acuminées et membraneuses au sommet, intimement unies à la base des premières, leurs pointes membraneuses s’élevant au dessus de leurs bords, recourbées en dehors ou réfléchies. Deux petites noix à la base de chaque écaille. Chaque noix garnie d’une aile membraneuse,
Cet arbre magnifique croît et prospère dans la moyenne région des Pyrénées. Il fleurit vers la fin du printemps. Les cônes s'ouvrent et les semences tombent vers la fin de l'automne.
La nature libre et le temps avaient formé des forêts très vastes de sapins dans les montagnes des vallées d’Aspe et d'Ossau. Une longue exploitation pour la marine les a presqu’entièrement détruites. Tous les efforts ont été réunis pour abattre les sapins, les élever, les faire glisser et les soutenir sur le penchant des précipices les plus affreux. Les marbres et le granit ont été minés pour la construction des routes de la mâture. Les mâts, chargés sur quatre roues, sont traînés par des bœufs et transportés dans les chantiers de la marine. Il faut quelquefois vingt et jusqu'à trente paires de bœufs pour monter ou pour descendre. J'ai vu souvent ces pauvres animaux, attelés au : train de derrière, tirant à contre-sens, entraînés par le poids énorme du mât et par les efforts de l'unique paire attelée au timon sur le penchant d'une montagne. (Il me semble qu'il serait plus facile de faire glisser les mâts et d'en contrebalancer le poids par le secours d'une machine faite à peu près comme un tourne-broche). Les directeurs de ces travaux ont été bien souvent
AO — MONŒCIE — MONADELPHIE
dans la nécessité d'employer des contrebandiers, des déserteurs et des malfaiteurs réfugiés dans les Pyrénées. Cette circonstance et l'or des étrangers qui fréquentent les eaux minérales ont corrompu les mœurs des habitants de ces contrées. Ils sont pour la plupart insolents, avides (1), méfiants et soupçonneux, lorsque partout ailleurs les montagnards sont bons, généreux et hospitaliers.
Si, lorsqu'on travaillait avec tant d’ardeur à la destruction de ces antiques forêts, on n'avait pas tout à fait négligé les soins propres à favoriser leur reproduction, les différents quartiers se seraient successivement repeuplés, et nos Pyrénées auraient pu fournir sans interruption des mâtures et des madriers pour les constructions navales. Il ne s’agit ici ni de semer, ni de planter, ni de cultiver. La reproduction des sapins n’exige qu’une seule précaution, qui consiste à les préserver de la dent des bestiaux dans leur première jeunesse. Cette précaution, que l'aspect des lieux semble rendre facile, est cependant jugée impossible par des hommes d’un grand mérite. Mais ne pourrait-on pas rendre l’accès des réserves très difficiles en coupant les ponts et les sentiers ? Et ne préviendrait-on pas efficacement les délits avec des lois sévères et une bonne administration forestière ?
Les poutres de pin sauvage et de sapin réunissent trois qualités d’un tres grand prix, savoir : la longueur, la durée et la solidité. Des moulins à scie, établis sur un torrent, sont toujours en activité pour préparer les planches de sapin qui se consomment dans toute l'étendue du département.
On retire des pins et des sapins plusieurs substances utiles, dont les principales sont la résine, la térébenthine, la poix et le goudron.
La résine est une substance molle, odorante et combustible, dissoluble en entier dans l'alcool, insoluble dans l’eau ; elle se présente en gouttes ou en grains sur différentes parties des pins et des sapins et coule en plus ou moins grande quantité des trous, des incisions ou des entailles qu’on fait sur l'écorce ou sur le bois de toutes les espèces de ce genre. La résine s’épaissit et se durcit par l’'évaporation des principes volatils. La plus pure, qui coule pendant l’été et qu'on reçoit dans les auges, se nomme galipot. Celle qui se fige en masse sur les arbres se nomme barros. La résine qu'on vend en tourteaux et dont les pauvres font des chandelles est un mélange de galipot et de barros : on fait liquéfier ces deux substances dans des chaudières, on les filtre à travers des nattes de paille et on les coule dans des moules pour en former des pains connus sous le nom de bray sèc. Toute la résine qui se consomme dans les départements compris entre la Garonne et l'Océan est fournie par le pin maritime, qui croît dans la frontière maritime du département des Landes.
La térébenthine est un suc résineux, en consistance de sirop épais, qu'on se procure en perçant les vésicules de l’écorce du sapin, ou qu'on prépare en exposant au soleil du galipot dans une auge de bois ou bien en le faisant