I. — DE LA TIGE
66. — La tige est cette partie des végétaux qui s'élève au dessus de la terre et qui soutient les feuilles, les supports et les organes de la fructification. On nomme acaules les plantes qui n’ont point de tige.
67. — En examinant la tige d’un arbre coupée en travers, on peut observer que la substance qui la compose est disposée par couches concentriques formant cinq parties différentes en épaisseur et en consistance, savoir : la moëlle, le bois, l’aubier, l'écorce et l’épiderme.
68. — La moëlle est une substance spongieuse qui occupe l’axe de la tige dans la plupart des végétaux. Elle paraît analogue à la moëlle épinière des animaux et elle ne se dessèche que dans la vieillesse, ce qui cause la mort de l’individu (2).
69.— Le bois est une substance dure et solide composée de fibres étroitement serrées qui forment la couche la plus épaisse et la plus compacte de la tige, placée immédiatement sous l’aubier et enveloppant la substance médullaire lorsqu'elle existe.
1, — On peut, à l'inverse, envisager les feuilles des monocotylédones comme des divisions de la tige. Une bulbe est une tige très courte, ou bien une tige est une bulbe très allongée. On s’explique ainsi comment les feuilles des monocotylédones ont des nervures parallèles, et non des nervures ramifiées comme les feuilles des dicotylédones : c’est que ce ne sont pas des feuilles, ce sont des pétioles sans limbe.
2. — Il y a chez les botanistes modernes une tendance à diminuer l’importance de la moëlle dans la physiologie végétale. Les anciens botanistes y voyaient la partie essentielle de la plante et lui attribuaient le principal rôle dans la formation des ovules, réservant au cambium la production des étamines et de la corolle et à l’écorce la formation du calice qui en est le prolongement. On a objecté à cette conception que la moëlle périt chez les arbres, qui vivent plusieurs années, sans que les fleurs en souffrent. Il est vrai que la moëlle disparaît ou se réduit à très peu de chose dans la tige principale, mais elle continue d’être très active et de remplir toute la cavité médullaire dans les jeunes branches qui ont seules de l’importance dans la vie d’un arbre âgé, le tronc ne servant plus que de support.
70. — L'aubier est une couche plus ou moins épaisse de bois imparfait, placée entre l'écorce et le bois ou le cœur ; on la distingue de ce dernier par sa couleur plus blanche et par sa moindre dureté.
71. — L'écorce est une peau, plus ou moins épaisse, dont la substance cellulaire et vasculeuse forme extérieurement un tissu spongieux plus ou moins épais, qui recouvre une substance feuilletée immédiatement appliquée sur l'aubier et connue sous le nom de livret.
72. — L'épiderme, ou la cuticule, est l'enveloppe extérieure de la tige ; entière et lisse dans quelques arbres, comme le cerisier, crevassée et déchirée dans les autres, comme le chêne et le châtaignier.
73. — Le bois s'accroît tous les ans d'une couche circulaire par le perfectionnement de la couche intérieure de l’aubier. Celui-ci répare sa perte à l'extérieur par l'application intime du dernier feuillet de l'écorce, changé en aubier. La partie parenchymateuse de l'écorce devient en même temps feuilletée dans sa partie intérieure et s'agrandit à l'extérieur par le développement du tissu cellulaire et vasculeux. C'est ainsi que le diamètre d’un arbre va tous les ans en croissant et qu'on peut juger de son âge par le nombre des couches concentriques qui composent la substance ligneuse.
74. — Ces divers changements paraissent s'opérer par la formation successive de nouvelles fibres entre l'écorce et l’aubier, par l’oblitération des vaisseaux et par la coalition des lames du tissu cellulaire dans la substance du bois et de l’aubier; en effet, le bois est presque tout-à-fait composé de fibres serrées qui lui donnent sa grande solidité et son inaltérabilité dans la terre et dans l’eau. Dans l’aubier, les fibres sont séparées par un tissu cellulaire déjà serré, mais assez spongieux pour retenir l'eau et assez tendre pour se laisser facilement attaquer par les insectes, ce qui rend cette partie inutile pour la charpente et la menuiserie. La substance parenchymateuse de l’écorce est toute cellulaire, et les vaisseaux qui composent en très grande partie la substance du livret y versent à propos la matière glutineuse pour la formation des fibres destinées à l'accroissement des végétaux.
Il faut observer que les différentes parties dont nous venons de parler (73 et 74) sont communes à la racine et que les distributions de cette dernière sont ordinairement correspondantes à celles de la tige.
Quæ quantum vertice ad auras
Ætbherias, tamtum radice in tartara tendit.
© (ViRGILE : Georg., lib. n.)
75. — On considère dans les tiges leur grandeur et leur durée, leurs espèces et leurs différentes modifications.
76. — C'est uniquement sur les différences de la grandeur et de la durée
des végétaux qu'est fondée leur division en arbres, arbrisseaux, sous-arbrisseaux et herbes, et la distinction des tiges en ligneuses et herbacées.
77. — Un arbre est une plante qui s'élève à une très grande hauteur, sur une tige dure et solide, nue inférieurement, et qui vit longtemps.
78. — Un arbrisseau s'élève moins qu'un arbre, sur une tige dure, ordi-
nairement accompagnée de plusieurs tiges semblables qui partent de la même racine.
79. — Un sous-arbrisseau ou un arbuste est une plante qui ne s'élève qu’à la hauteur ordinaire des herbes, sur une tige dure, ramifiée en buisson, et qui vit plus d’un an.
80. — Une herbe est une plante dont les tiges périssent tous les ans.
81. — On nomme ligneuse une tige dure et qui subsiste avec ses rameaux pendant plus de trois ans ; sous-ligneuse ou suffrutescente celle dont la base se conserve pendant plus de trois ans, le reste de la tige et ses rameaux périssant pendant l'hiver ; herbacée celle qui périt entièrement tous les ans; arborée celle qui est simple et nue inférieurement à la manière des arbres, quoique moins élevée, ses ramifications formant une sorte de tête.
82. — Il est remarquable que nous n'avons aucuns caractères plus certains pour marquer avec exactitude les divisions mentionnées dans les six numéros précédents et que nous ne sommes pas plus avancés sur ce point que les anciens naturalistes, trop légèrement accusés d'avoir négligé la botanique. Voici ce qu'on lit dans le livre des Plantes d’Aristote où, malgré son imperfection et quoi qu'en dise Scaliger, je crois reconnaître l’auteur immortel des Politiques et de l'Histoire des animaux.
« Parmi les plantes, dit-il, il y a des arbres et des végétaux qui tiennent » le milieu entre les arbres et les herbes, que l’on nomme arbrisseaux ; il » y a aussi des herbes et des arbustes. Les arbres sont des plantes qui ont » une tige qui s'élève de leur propre racine et sur laquelle il vient plusieurs » rameaux... Il y a encore d’autres plantes qui, comme nous l'avons dit, » tiennent le milieu entre les arbres et les herbes et que l’on nomme arbris- » seaux, qui ont plusieurs tiges partant de la même racine, comme le vitet » et la ronce. Les arbustes sont des plantes qui ont plusieurs tiges partant » de la même racine et portant plusieurs rameaux. Il y a aussi des herbes » qui n'ont point de tige et qui portent des feuilles immédiatement sur leur » racine. »
. On voit dans ce passage les quatre divisions établies et à peu près définies comme de nos jours (1). (Voyez les articles Arbres, Arbrisseaux, Arbustes, Herbes, du Dictionnaire de botanique de l'Encyclopédie par ordre des matières.)
83. — Il y a sept différentes espèces de tige, savoir : la tige proprement dite, le chaume, la hampe, le pédoncule, le pétiole, la fronde et le stipe.
84. — Les branches sont les premières divisions d’une tige ; les rameaux
1. — La définition laisse encore beaucoup à désirer. La différence de taille ne peut pas entrer en compte. La présence de plusieurs tiges partant de la racine est un caractère bien incertain. L'existence des bourgeons fournirait une indication plus utile, mais elle est souvent difficile à constater. Il ne semble pas qu’on puisse actuellement retenir d’autre distinction que celle des tiges : quand la tige est verte, c’est une herbe ; quand elle est ligneuse, c’est un arbre plus ou moins grand. Encore y a-t-il des exceptions.
sont les sous-divisions des branches. On nomme surcules les petites ramifications des mousses et autres plantes considérées avec les petites feuilles dont elles sont couvertes. Une tige, abstraction faite de toutes ses divisions, porte le nom de tronc. La tige des arbres et des arbrisseaux est plus souvent désignée sous cette dénomination.
1° Modifications générales de la tige.
85. — On nomme simple une tige qui se continue uniformément jusqu’au sommet sans division. |
86. — On la dit nue lorsqu'elle est dépourvue de feuilles. On emploie aussi ce terme, par comparaison entre deux espèces différentes, pour exprimer dans la seconde l'absence d’une partie mentionnée dans la première.