INTRODUCTION
On peut affirmer sans crainte d'étre taxé d'exagération, que la paléontologie végétale est une science née d'hier, surtout en ce qui concerne l'étude des restes de la période tertiaire.
Ce n'est en effet qu'au commencement du siècle en 1800, que Blumenbach donna une explication rationnelle dela présence des végétaux et des animaux enfouis dans le sol, en indiquant que le monde primitif avait autrefois possédé curant des périodes bien antérieures à l'apparition de l'homme, des êtres différents de ceux qui s'offrent de nos jours à nos yeux.
Mais c'est à Adolphe Brongniart que revient la gloire d'avoir jeté les premiers fondements sérieux de la paléophytologie dans des ouvrages d'une portée immense. Néanmoins la période qui nous paraît la plus attrayante, celle qui doit nous donner la clef de la distribution actuelle des plantes, la période tertiaire, n'avait été l'objet d'aucun travail suivi : et ce n'est qu'en. 1840, que F. Unger, en Autriche, publia successivement les ouvrages connus de tous ceux qui s'occupent de cette branche de la science. Puis successivement Heer, en Suisse ; de Saporta, G.-P. Schimper, en France, furent des maîtres dont les ceuvres sont devenues des monuments classiques et immortels.
Ces auteurs, de Saporta surtout, ont inauguré une voie qu'à juste titre l'on suit de plus en plus. Ils se sont efforcés de faire revivre la nature du passé, de rechercher les liens qui unissent les formes éteintes avec celles de nos jours et de découvrir les différentes lois qui président aux migrations des végétaux.
Pour sonder ainsi les profondeurs des temps géologiques et faire revivre dans une conception hardie les paysages et les associations tertiaires ; le paléophytologue n'a à sa disposition que des matériaux restreints comprenant presque exclusivement des organes végétatifs sujets à une variabilité extréme et
presque négligés par le botaniste. Il faut donc, avant tout, que nos déductions reposent sur une détermination qui ne laisse à l'esprit aucun doute. Les sceptiques avoueront que la tâche est impossible, il n'en est pourtant rien et on peut dire que la nervation des feuilles, jointe à un emploi judicieux des différents autres caractéres, conduit à des déductions dont la certitude est presque assurée. LA j
Pour cela plusieurs conditions doivent être requises, c'est d'abord le bannissement complet des idées à priori dont nous aurons l'occasion par la suite de montrer les déplorables effets. C'est ensuite la possession de matériaux fossiles complets et dans un état de conservation tel, que les nervures puissent étre aperçues et figurées dans leur ensemble et jusque dans leurs moindres détails.
La forme et l'aspect général des organes foliaires est d'un grand poids dans la détermination des espéces fossiles. C'est du reste sur elle et d'une maniere presque exclusive que les anciens auteurs se basaient. L'on doit à Heer et à Gaudin vers 1959 d'avoir transformé l'iconographie et figuré la nervation des feuilles jusque dans leurs derniers linéaments. De Saporta et M. Marion ensuite sont arrivés à la perfection et ont su donner à leurs dessins un fini et une délicatesse que seule la nature égale.
Ettingshausen avait du reste compris le rôle prépondérant du réseau veineux bien qu'il n'ait pas toujours appliqué lui-méme ce principe. Il avait dès 1856 publié des travaux considérables sur la nervation des feuilles. Ses ouvrages, bien que d'un grand secours, sont actuellement insuffisants, d'autant plus qu'ils sont faits avec un esprit de parti, esprit qui dominait alors et qui voulait voir dans l'Europe tertiaire les végétaux que nous trouvons de nos jours dans les terres australes et en particulier dans l'ouest du grand continent Australien.
Il est indispensable d'avoir sous la main des termes de comparaison nombreux, soigneusement déterminés auxquels on pourra rapporter les feuilles fossiles aprés avoir exclu de nos matériaux d'étude les empreintes trop frustes ou trop incomplètes.
Mais cela est encore insuffisant et pour que le travail soit complet et fructueux pour ne pas encombrer la science de termes synonymes, que d’autres seront dans la suite obligés de réformer, il faut encore pouvoir comparer les flores fossiles entre elles, voir comment elles s'agencent, définir les liens qui les unissent avec le passé et montrer ceux qu'elles possèdent en commun avec celles des àges suivants.
On ne peut donc aborder avec quelques chances de succès ce genre d'étude si l'on ne possède, à côté des matériaux fossiles, des termes de comparaison nombreux et les principaux ouvrages de paléobotanique.
Nous manquerions à un des devoirs les plus sacrés, à celui de la reconnais-
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sance si nous n'adressions ici nos plus vifs us plus sincéres remerciments aux personnes qui nous ont permis de mener à bonne fin notre tàche. Gràce à M. Marion, professeur à la Faculté des Sciences et conservateur du Muséum d'Histoire Naturelle, notre maître, qui nous a donné la charge de publier cette belle flore des calcaires de Célas dont il avait commencé l'étude, nous avons eu à notre disposition l'herbier et la bibliothèque de feu le marquis de Saporta, que son fils M. le Comte Antoine de Saporta a donné au Muséum de la ville de Marseille.
M. Heckel, professeur de botanique à la Faculté des Sciences, en nous acceptant pour son préparateur, nous a mis à méme de pouvoir consulter dans les meilleures conditions possibles, le riche herbier que possède cet établissement ainsi que celui du Musée Colonial qui contient une grande quantité de plantes des différentes colonies françaises, déterminées pour la plupart avec une grande exactitude par des botanistes régionaux. ll nous suffira de citer l'herbier des Antilles envoyé par le Pére Duss et une partie de celui de l'ile de la Réunion, déterminé par M. Jacob de Cordemoy.
M. Vasseur, professeur de Géologie à la Faculté des Sciences, a droit à une part toute spéciale à notre reconnaissance, car nous n'oublierons jamais l'intérét qu'il nous a témoigné durant le cours de nos études.
Nous ne saurions passer sous silence le nom de M. Davin, chef des cultures du Jardin Botanique, qui s'est efforcé de nous procurer les échantillons des plantes que possèdent les serres du parc Borély à Marseille, et celui de M. l'abbé Coquelin, curé à Servas, qui s'est mis obligeamment à notre disposition pendant notre tournée dans la région et a singuliérement facilité notre tâche, grâce à la connaissance approfondie qu'il possède du pays.
A eux et à tous ceux qui, de prés ou de loin,nous ont aidé dans nos travaux,
qu'il nous soit permis de leur faire agréer au nom de la Science, l'expression de notre profonde gratitude.