‹ Flore des damesChapitre 104 sur 169 · IG · texte numérisé non relu

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qu’elle devrait occuper; bien souvent elle est esclave; mais nulle part elle n’est reine.

Or, il faut vous dire , madame, qu’il existait autrefois un peuple dont la réputation de galanterie s’était étendue dans toute l’Europe; ce peuple n’était point composé, comme vous pourriez le croire, d’un troupeau de céladons en habits de soie et de velours, occupé du matin au soir à roucouler des romances sentimentales; bien loin de là; les hommes y exerçaient le noble métier des armes; et si la renommée de galanterie de ce peuple pouvait être effacée par quelque chose, c’était par celle de sa gloire. Cependant il arriva qu’un beau jour, certaines gens se prirent à rougir d’une vie de combats, de victoires et d’amour, et à penser qu’une nation tombée à ce degré d’abaissement avait besoin d’une régénération. Que firent nos gens? ils renversèrent tout ce qu’on avait adoré ; temples, trône, femme; et se vautrant à loisir dans les sanglantes saturnales, ils s’écrièrent dans l’ivresse du triomphe ! Peuple, réjouis-toi, tu viens de voir luire enfin la liberté. Mais chacun chercha celte liberté, et beaucoup n’ayant pu la voir, commencèrent à croire qu’on avait trompé leur bonne foi-Quelques-uns l'urentmême assez hardis poursoutenirque, comme l’âne de la fable, le peuple avait passé des mains du meu-

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nier dans celles du charbonnier. Pour les dames, elles avaient été mises de côté dans ce débat, et quand elles se montrèrent enfin, au dessus de la poussière des révolutions, des nuages sulfureux de la poudre et de la fumée du tabac, elles furent bien surprises d’apprendre que leur règne était passé, et qu’elles devraient s’estimer trop heureuses, si les hommes régénérés daignaient descendre jusqu'à elles dans les instants de loisirs que leur laisserait la vie occupée d’un peuple libre et constitutionnel. Le pays où se passèrent ces choses se nomme la France! Vous devez comprendre qu’en présence d'une nation pareille on se ferait huer à raisonner d’amour : je vais donc reculer ( par l’imagination) de quelques siècles en arrière et vous parler comme si nous vivions sous le règne de François 1 er , par la grâce de dieu roi des Français !

Distinguons, d’abord ; l’antiquité nous a laissé deux mots pour signifier amour : cunor et charitas. Ces deux mots n’exprimaient, dans l’origine, qu’une seule chose; aujourd'hui ils s’appliquent à deux sentiments dont l’un était entièrement inconnu des anciens. « La religion chrétienne, dit Chateaubriant, voulant réformer le cœur humain , et tourner au profit des vertus nos affections et nos tendresses , a inventé une nouvelle passion : elle ne s’est servie , pour l’exprimer, ni du

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