CHAPITRE VI
mot d'amour qui n'est pas assez sévère, ni du mot d’amitié , qui se perd au tombeau, ni du mot de pitié, trop voisin de l’orgueil; mais elle a trouvé l’expression de charitas qui renferme les trois premières, et qui tient en même temps à quelque chose de céleste. Par là elle dirige nos penchants vers le ciel, en les épurant et les reportant au créateur; par là elle nous enseigne celte vérité merveilleuse, que les hommes doivent, pour ainsi dire, s'aimer à travers Dieu qui spiritualise leur amour, et n’en laisse que l’immortelle essence, en lui servant de passage. »
« La chaleur que la charité répand dans les passions vertueuses leur donne un caractère divin. Chez les hommes de l’antiquité l’avenir des sentiments ne passait pas le tombeau, où il venait faire naufrage. Amis, frères, époux, se quittaient aux portes de la mort, et sentaient que leur séparation était éternelle ; le comble de la félicité pour les Grecs et pour les Romains se réduisait à mêler leurs cendres ensemble; mais combien elle devait être douloureuse, une urne qui ne renfermait que des souvenirs! Le polythéisme avait établi l’homme dans les régions du passé; le christianisme l’a placé dans les champs de l’espérance. La jouissance des sentiments honnêtes sur la terre n’est que l’avant goût des délices dont nous serons comblés.
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
Le principe de nos amitiés n’est point dans ce monde ; deux êtres qui s’aiment ici-bas, sont seulement dans la route du ciel, où ils arriveront ensemble si la vertu les dirige : de manière que cette forte expression des poètes : exaler son ame dans celle de son ami est littéralement vraie pour deux chrétiens. En se dépouillant de leurs corps, ils ne font que se dégager d’un obstacle qui s’opposait à leur union intime, et leurs âmes vont se confondre dans le sein de l’Eternel. «
Vous le voyez, Madame, les passions mêmes, envisagées du point de vue élevé de la morale, peuvent devenir sublimes, et l’on rougit en pensant que notre éducation tend sans cesse à étouffer en nous les germes naturels de vertu au moyen desquels nous pourrions comprendre cela. Saint Jean, ce modèle de charité, ce tendre ami sur la poitrine duquel le Christ avait reposé sa tête, allait disant sans* cesse : aimez-vous, aimez-vous. Cette parole, en effet, résume, pour un cœur pur, toute la morale évangélique comme elle résume la vie du chrétien. Enfant, bercé sur le sein de sa mère, les premiers mots que sa bouche essaye à murmurer sont inspirés par l'amour et la reconnaissance; plus tard quand il verra la beauté sourire à ses travaux, encourager ses jeux, ce sourire deviendra sa plus douce récompense, car il aura senti près de sa