CHAPITRE VII
orné des plus belles fleurs , mais où les roses surtout semblaient avoir été semées avec une profusion bien rare à cette époque.
Un jeune homme encore adolescent y était activement occupé des soins du jardinage; cependant, lorsque la daine parut, il jeta à la hâte l’instrument dont il venait de se servir, et, mettant un genou en terre, il pressa respectueusement contre ses lèvres la blanche main que la noble châtelaine lui présenta d un air gracieux. Lorsque le jeune homme se releva et que ses yeux quittèrent la position baissée que la modestie leur avait fait prendre, on put voir que de grosses larmes roulaient sous ses paupières. La dame s’en aperçut sans doute , car sa voix laissa tomber, comme un murmure, ces paroles qui semblaient la suite d’une pensée déjà commencée dans son esprit :
— Oui certes , une semblable séparation sera bien douloureuse... j’aimais tant ces fleurs! chacune d’elle rappelait à mon âme, quelque souvenir bien cher.
— Etles pauvres, madame, reprit l’enfant, et ma mère! qui donc, maintenant, étendra sur eux leur main secourable. — Sois tranquille, Wilhelm, le noble seigneur auquel mon père va m’unir, a le cœur trop bien placé pour ne pas comprendre que mes plus chères années se sont écoulées dans ces lieux, et que mon
NOUVEAU LANGAGE DES FLEüllS»
pi us grand plaisir, sera d’y revenir souvent; il approuvera surtout que mes faibles bienfaits continuent à entretenir l’existence de quelques vieillards dont les bénédictions ont entouré mon berceau et accompagné mes jeunes ans. — Certes, noble dame, je ne doutais point de vos bontés; je savaisqu’après avoir sauvé la vie à ma pauvre mère, vous ne la laisseriez pas dans l’indigence; d’ailleurs je sens mes forces s’accroître ; mes bras bientôt pourraient, au besoin, soutenir les jours de la pauvrcTrudchen ; mais les douces paroles dont le prix rehaussait tous vos bienfaits , elle ne les entendra plus.
Les sanglots étouffèrent le reste de la phrase; se détournant brusquement pour cacher son émotion, le jeune homme courut vers les rosiers, et coupant avec soin les fleurs les plus parfaites, il en composa un bouquet qu’il vint présenter à sa bienfaitrice.
— Ecoute Wilhelm, pourquoi ne me suivrais-tu pas, dit-elle ?
— Et ma mère, madamê !
— Tu dis vrai, pauvre enfant ; toi, tu pourrais trouver à te caser sans porter ombrage dans cette maison nouvelle; mais une femme âgée... et puis, pourquoi se bercer d’illusions mensongères; puis-je songer à te faire cultiver des fleurs dans cette forteresse, senti-