‹ Flore des damesChapitre 110 sur 169 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

nelle avancée de nos frontières, qu'un lac entoure de toutes parts, et qui ne retentit que du bruit des armes et des cris des hommes de guerre.

— Ainsi donc c’est là que vous allez vous enterrer vivante ; renonçant à vos goûts les plus chers, à cette douce liberté, inappréciable bien... Oh! si j’étais libre, moi, si j’étais homme... si j’étais chevalier, jamais acte aussi barbare ne s’accomplirait sous mes yeux ; j’oserais dire à ces ambitieux...

— Silence, enfant, sais-tu, dit la dame en pâlissant, quels sont les ambitieux dont tu parles; l’un est mon père dont le vœu le plus cher, avant de mourir, était de voir sa lille unie à l’un des grands vassaux du duc de Bourgogne ; l’autre c’est mon fiancé , le terrible, l’invincible comte d’Haraucourt !...

Par respect pour moi, silence donc, silence surtout pour la sûreté ; car si je pardonne bien des choses à mon frère de lait, d’autres pourraient ne pas s’arrêter à ce litre qui me rend souvent trop indulgente pour toi.

Le jeune homme baissa de nouveau la tête, et les boucles de ses cheveux blonds, en roulant sur son front, cachèrent en partie la rougeur dont son visage s’était coloré pendant la légère réprimande de la dame. Celle-ci parut vouloir mettre fin à l’entretien, en s’occupant uniquement de respirer la douce odeur de son

NOUVEAU LANGAGE DES FLEUKS

bouquet de roses, puis elle lit de la main un signe affectueux à celui que nous désignerons dorénavant sous le nom de Wilhelm, et reprit lentement le chemin de la tour d'où elle était sortie quelques moments auparavant.

Un mois plus tard , le lieu où s’était passée la scène que nous venons de raconter avait bien changé d’aspect; ce n'était plus ce calme majestueux de la nature, troublé seulement par la conversation de deux êtres jeunes et beaux ; un tumulte effroyable se faisait entendre à deux milles à la ronde du château de Blamont ; la plaine environnante était couverte de tentes; les unes ornées de panonceaux, annonçaient le rang et portaient les devises des principaux seigneurs invités à l’union de Marguerite et du comte d’Haraucourt. Elles servaient à loger la suite de ces puissants personnages; les autres, décorées de festons en feuillages, étaient destinées à réunir, dans un joyeux banquet, les principaux vassaux des deux familles et tous les invités d’un rang subalterne.

Le père de Marguerite, retiré depuis longtemps de la Cour, vivait assez modestement dans son château,

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