‹ Flore des damesChapitre 127 sur 169 · CHAPITRE Vu · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vu

jour, aucune nouvelle de Georges ne parvint dans son pays; plusieurs artistes qui l’avaient connu s'informèrent de lui à Rome; mais ils n’apprirent rien, sinon que quelques novices inconnus étaient entrés dans les couvents de la métropole du monde chrétien.

Béatrice refusa, par un motif de délicatesse, de s'unir immédiatèmentà celui qui avait demandé sa main ; ce ne fut que plus d'un an après la disparition de Georges qu'elle reçut, aux pieds du tableau dans lequel brillait son image, le nom de Baronne du Peray.

Il est inutile de dire qu elle lit le bonheur de son époux; une pareille femme n eûtpoint accepté une position dont elle n'eùt été décidée à accomplir tous les devoirs; cependant, dans le monde, quand autour d'elle, tout était joie et plaisir, Beatrix ne savait trouver qu un sourire mélancolique. Lorsqu'elle eut, plus tard, des enfants, les soins dont elle les entoura parurent absorber toute son âme; ils lui servirent d'ailleurs de prétexte pour se retirer peu à peu de la société et borner son cercle à quelques amis véritables.

Combien de femmes eussent préféré le mouvement d une vie agitée à la monotonie d’une pareille existence. Mais Béatrix était heureuse; elle aimait à laisser bercer son âme dans cette douce paix, prélude d'une immuable béatitude. Elle vieillit ainsi, entourée d’a-

nouYeaw langage des fleurs.

mour et de respect, et quand elle sentit arriver le moment où son créateur allait la rappeler près de lui, elle fit venir sa sœur Anna, et la prenant à part: —O mon amie, lui dit-elle, ma vie, je l’espère, a été exemple de reproche 5 cependant, une seule de mes actions a laissé comme un remords dans mon cœur; tu te rappelles ce jour où tu plaças une couronne sur le front de notre maître ; moi je lui offris une fleur qui peutêtre fit son malheur en excitant en lui des idées et des espérances folles.— J’ai bien expié , depuis, cette faute, mais après avoir remis cette fleur à un saint sur la terre, je veux en rendre compte à un ange dans le ciel. — Veille donc à ce que cette relique soit placée avec moi dans le cercueil.

Disant cela, elle retirait avec peine un cordon passé à son cou et auquel était suspendu un médaillon qui contenait la violette de Georges.

Anna accomplit religieusement la dernière volonté de sa sœur.

€l)apttve huitième.

SYNTAXE DU LANGAGE DES FLEURS

A M. A. Jacquemart, à Paris.

Vous méconnaissez trop bien et depuis trop longtemps, mon cher ami, pour croire que je vous laisserai suivre tranquillement la route que vous vous êtes tracée. Dans mes éludes comme à la promenade j’aime à m’arrêter de temps à autre pour reprendre haleine. Il m’arrive même de reculer quelquefois pour revoir des choses sur lesquelles je crains d’avoir passé trop rapidement. Soyez donc assez bon pour vous conformer âmes allures. 11 me semble d'ailleurs, pardonnez ma

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

franchise, que vous avez fait un peu blanc de votre épée à propos de la grammaire des fleurs ; dès le principe , critiquant les écrivains qui vous ont précédé dans la carrière , vous les accusiez d’avoir négligé la partie utile de la science pour arriver plus vile à la partie agréable. Eh bien! ne pourrait-on pas vous adresser le même reproche? Depuis que vous m'avez donné l’analyse des leçons du bon vieillard, vous êtes-vous occupé d'autre chose que de raconter des fables ingénieuses ou des histoires qui ressemblent terriblement à des fables? A propos de cela, cl puisque je vous tiens sur ce chapitre, diles-moi donc dans quel musée figurent les célèbres tableaux de Georges M***, diles-moi aussi dans quelle partie de l’ancien duché de Bourgogne se trouvent les châteaux de Blâment et de Newis? Avouez franchement, mon ami, que vous avez préféré m’amuser par des compositions fantastiques à m'instruire par des descriptions ( je le sens très bien) plus arides encore à composer qu’elles ne le sont à lire pour celui qui cherche des enseignements sur une science qu'il désire ardemment acquérir.

Mais j’en reviens au langage des fleurs ; j’ai profondément médité chacune de vos lettres, et malgré les principes en assez grand nombre qu’elles contien-

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