RÉPONSE
Oui, je vous connais, Clémence, et votre lettre est trop bien l'expression de votre caractère, pour que j’aie été surpris en la recevant. Mais savez-vous, mon amie, que voilà bien des accusations, accumulées dans un petit espace ! Le métier d'auteur est terriblement rudeà exerce)' avec vous! Comment ! pour croire à l’his-
214 NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
Loire qu’on vous raconte, vous avez besoin d’en suivre les évènements sur la carte, ou d’en retrouver les personnages dans les chroniques? A ce compte vous trouverez aujourd’hui bien peu deproductions qui ne vous paraissent fabuleuses. Quant aux faits dont je vous ai entretenu dans ma dernière lettre, ils sont vrais; mais j’ai dû déguiser les noms des personnages, ainsi que ceux des lieux où ces faits se sont accomplis, afin d’éviter les récriminations.Rappelez-vous à combien de réclamations le célèbre romancier anglais fut en butte pour des noms pris au hasard ou pour des descriptions que chacun appliquait à sa manière. Celui-ci prétendait laver sa famille du soupçon d'un acte de fanatisme accompli quelques cents ans auparavant ; un autre voulait que le public ne pût soupçonner son château d’avoir servi, dans des siècles de barbarie, à cacher la demeure d’un chef déprédateur ou la résidence de quelques démons familiers.
Certes, je n'ai point l’envie, vous pouvez le croire, d’établir le moindre parallèle, entre Walter-Scott et le plus humble de ses admirateurs; mais ayant à raconter un fait qui s’était passé près de nous, à parler de deux familles dont les descendants existent encore, je ne pouvais m’exposer à nommer , soit les lieux, soit les héros de l’aventure. Tout ce que je