CHAPITRE VIII
puis vous dire pour aujourd’hui, c’est que le château décoré du pseudonyme de Newis existe encore ; le lac artificiel qui l’entourait a été réduit aux dimensions d’un vaste fossé entouré de murs, et le propriétaire actuel, amateur éclairé de l’archéologie, a fait rétablir la décoration intérieure des appartements gothiques, dérouiller les vieux trophées d’armes , et placer ses cuisines dans les salles à fleur d’eau, qui servaient jadis de prisons.
Mais ce n’est pas là le sujet principal de vos plaintes : le laconisme de mes préceptes est l’objet pour lequel vous avez cru devoir m’écrire, et vous me demandez de retourner en arrière pour m’appesantir avec vous sur quelques points traités légèrement dans mes lettres précédentes.
Il y a là une erreur, ma chère Clémence; nous n'avons point à revenir, comme vous le supposez, mais à compléter les principes de la langue de Flore. J'ai commencé par vous exposer les éléments de la grammaire générale; maintenant, après avoir reposé votre esprit par l’étude de l'histoire des fleurs,je vais arrivera vous faire connaître la syntaxe florale, c’est-à-dire la construction desphrases, l’arrangement des symboles, etc.
Le langage des (leurs, vous le savez, a été perfectionné par les Maures ; ce peuple, ami des arts,
216 nouveau langage des fleurs.
auquel la religion refusait, pour l’ornementation, l’emploi des types empruntés à la nature vivante dut chercher à suppléer le vide qui résultait de cette prohibition par l’usage des devises tirées des livres religieux ou des écrits des poètes; par une conséquence toute naturelle, les fleurs emblématiques fuient souvent employées, chez les orientaux, dans un sens général et appliquées en masse dans les décorations des fêtes. Le même usage s’est introduit chez nous ; encore aujourd’hui, si des armées victorieuses doivent rentrer au sein de la patrie, on élève sur leur route des arcs de triomphe environnés de guirlandes de laurier; c’est comme si on inscrivait sur la façade de ces monuments : A la gloire! Dans une fête donnée à l’ambassade d’Angleterre en l’honneur de la jeune reine qui occupe aujourd'hui le trône de ce pays, les salons étaient tapissés de roses naturelles; les mêmes fleurs composaient la parure des dames invitées; toutes les bouches répétaient l’emblème que les yeux avaient su lire : A la beauté ! Qui ne sentira ce qu aurait de pittoresque et de majestueux à la fois une salle de fête où mille guirlandes variées seraient autant d’hommages rendus aux qualités qui honorent 1 humanité! la jeunesse trouverait ainsi une leçon même au sein du plaisir , et l’odeur suave de la menthe, en raf-