‹ Flore des damesChapitre 138 sur 169 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

capables que les vôtres de faire courber moelleusement le pédoncule d’une liliacée ? Ne sera-ce pas plaisir de vous voir réunir avec dextérité fleurs et feuilles en élégantes guirlandes, en délicats bouquets ; car, entendons-nous bien , je ne veux point vous astreindre à une fabrication pénible et laborieuse. Avant que la baptisle, la gaze, le velours, se soient formés en pétales, savez-vous entre combien de mains ces matières premières ont dû passer ?

D’abord il a fallu découper au moyen de l’emportepièce les feuilles les pétales, etc. Ces différents objets ont été recevoir ensuite la couleur convenable par les soins d'ouvriers, moitié tenturiers, moitié peintres, qui ont plongé simplement les uns dans une liqueur colorante, ou bien bigarré les autres au moyen du pinceau. Dans cet état les fragments propres à la confection des fleurs sont tombés dans le domaine des femmes ; les unes ont préparé de petits moules de laine ou de coton destinés .à devenir le centre d’un bouton, le calice d’une fleur; c’est autour de ces moules que les pétales vont venir s’attacher. Ne croyez pas maintenant qu’une même ouvrière formule tantôt la rose, tantôt la fleur d'oranger? Chacune a sa fleur qu’elle fait éclore du 1 er janvier au 31 décembre avec la même forme, les mêmes accidents ; aujourd’hui la

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

rose ne sera pas moins épanouie que demain ; telle ne connaît que les boutons d’une fleur, telle autre ne l’a jamais vue que prête à laisser tomber sa brillante dépouille;l’une n’a jamais employé que la gaze, celleci ne manie que le velours. Oh ! c’est une merveilleuse chose de voir comment l’industrie spécialise ainsi chaque chose pour arriver à une perfection plus sure et moins dispendieuse.

Vous irez donc chez Batton, chezChagot; là vous trouverez les roses ; les violettes, les oeillets, les dahlias, les myosotis à pleines corbeilles, vous ferez votre choix dans ces fleurs, puis au milieu du cercle de vos amies,tournant rapidement le laiton flexiblevous le revêtirez de sa verte parure, au moyen de soies déliées, d’élégantes bandelettes ; vous ferez naître, à volonté, la feuille et le bouton, la fleur et le fruit; chaque heure de loisir verra métamorphoser la pensée de votre cœur en un chef-d’œuvre de vos mains.

Cette occupation ne sera presque point nouvelle pour vous, puisque déjà le papier avait su s’assouplir en guirlandes pour décorer vos corbeilles de travail ; mais les fleurs en papier ne sauraient être dignes d’entrer dans des selams, non plus que je n’ai voulu les admettre pour former un herbier artificiel. Et j’ai bien fait, madame ; car la dernière exposition

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