CHAPITRE III
une correspondance florale, il suffit de remonter aux sources de la science symbolique. Son origine, a dit un sage (1), se perd dans la nuit des temps, et semble se rattacher au berceau de l’humanité ; les plus anciens cultes en subirent la loi ; les arts du dessin, l’architecture, la statuaire et la peinture naquirent sous son influence, et l’écriture primitive fut encore une de ses applications.
Les premiers hommes, pour exprimer des idées abstraites, empruntaient des images à la nature qui les environnait; par une intuition surprenante , ils attachaient à chaque race animale , à chaque espèce, aux plantes, aux éléments, les idées de beauté, de laideur de bien ou de mal, d’aflecLion ou de haine, de pureté ou de souillure, de vérité ou d’erreur.
Ces pères de l’humanité ne comparaient pas, mais ils nommaient les idées parleurs correspondances dans le monde matériel. L’écriture primitive , image de la primitive parole, fut uniquement composée de caractères symboliques. L’exemple de l’Egypte , du Mexique, de la Chine, le démontre. Dans ce dernier pays il existe encore un alphabet composé de fleurs et de
(1) Frédéric Portai, les symboles des Égyptiens, comparés à ceux des Hébreux.
44 NOUVEAU LANGAGE DES FLEUUS
différentes autres parties de la plante ; et, si chez vous les Heurs sont devenues lettres closes pour le plus grand nombre, c’est, je le répète, parce que leur langage a été rendu inintelligible par vos écrivains.
Moi. — Vous allez m’effrayer, mon père, faudrat-il donc toute une nouvelle étude.... de pénibles labeurs....
Le vieillard. — Eh non! enfant ; oublier, c’est tout ce que je vous demande. Au surplus, je vais remplir mon engagement en traduisant le livre que vous avez bien voulu me céder; il ne tiendra qu’à vous de faire ensuite tel usage qu’il vous plaira des préceptes qu’il enseigne.
Les fleurs, dit l’auteur en commençant, ont été employées de trois manières par les anthogrammates, savoir : Tropiquement, énigmatiquement et phonétiquement ; quand on désigne la richesse par du blé, la solitude par la bruyère commune, on fait usage d’autant de gracieuses mélhonymies ; c’est-à-dire qu’on symbolise l’effet par la cause, le contenant par le contenu. En choisissant le narcisse pour peindre l’égoïsme, la pivoine pour signifier la honte, le gouet commun pour peindre l’ardeur, on a imaginé de véritables énigmes, dont le sens est caché pour ceux qu’une étude spéciale de la mythologie ou de la physiologie