CHAPITRE III
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Le vieillard. — Vous venez à moi, mon fils, pour vous instruire , c’est-à-dire pour chercher la vérité, mais, dites-moi, avez-vous d’ahord pénétré votre esprit des sages préceptes qu’un de vos plus grands philosophes s’est plu à dérouler dans une fable ingénieuse (1) ? Tout homme, dit-il, est obligé de chercher la vérité pour son propre bonheur; il doit la chercher avec un cœur simple, car les sens et l’esprit peuvent se tromper; mais un cœur simple, encore qu il puisse être trompé, ne trompe jamais. Ce n’est point, ajoute-t-il, parmi les hommes qu'il faut chercher la vérité, mais dans la nature. La nature est la source de tout ce qui existe; son langage n’est point inintelligible et variable comme celui des hommes et de leurs livres. Les hommes font des livres, mais la nature fait des choses. Fonder la vérité sur un livre, c’est comme si on la fondait sur un tableau ou sur une statue qui ne peut intéresser qu’un pays, et
(t)La chaumière indienne.
nouveau langage des fleurs-
que le temps altère chaque jour. Tout livre est l’art d’un homme, mais la nature est l’art de Dieu.
Moi. — Les préceptes que vous me rappelez sont chers à mon cœur 5 c’est à leur étude que je dois le peu que je vaux , et, si vous daignez m’instruire, j'espère que vous n’aurez pas le regret d’avoir semé des perles fines devant un crocodile.
Le vieillard. — A merveille ; c’est qu’en effet, mon fils, la nature va me fournir les moyens de redresser les erreurs dont vos livres fourmillent. Rien n’est véritablement plus curieux, pour quiconque a lu dans les fleurs , que de ^oir les efforts de vos auteurs les plus spirituels pour forcer des créatures simples et pures à se plier aux formules pompeuses, aux périodes ronflantes d’une littérature ampoulée. Singulière erreur! Le langage de l’ame est concis; il n’admet point l’enflure. Entre deux hommes, l’un qui parle beaucoup, l’autre qui sait se taire, ne soyez pas embarrassé pour choisir celui qui pense : deux amis qui souffrent sont quelquefois des heures entières sans se parler. Quelle conversation vaudrait ce commerce de la pensée dans la langue muette du malheur (1). D’ailleurs, pour se rendre compte de la simplicité qui doit régner dans
(t) Chateaubriand, pensées, réflexions et maximes.