CHAPITRE V
Quoi qu’il en soit, les Hébreux connaissaient non seulement le pommier, mais encore la manière de tirer de son fruit une boisson fermentée, nommée sichar, cidre.
Le pommier croît spontanément dans les forêts d'Europe, mais la culture seule peut dépouiller ses fruits de leur âpreté naturelle ; avant que la vigne eût été introduite en Gaule, nos ancêtres cultivaient le pommier; il paraît même que les Romains avaient une estime particulière pour les pommes gauloises.
Voici, d’après Bernardin-de-Saint-Pierre, comment le pommier fut transplanté en Normandie :
« Friga (Thétis), jalouse de ce qu’à ses propres noces, Vénus eût remporté la pomme qui était le prix de la beauté, sans qu’on l’eût mise seulement dans la concurrence des trois déesses, résolut de s’en venger. Un jour donc que Vénus, descendue sur cette partie du rivage des Gaules, y cherchait des perles pour sa parure, un triton lui déroba sa pomme qu’elle avait mise sur un rocher, et la porta à la déesse des mers. Aussitôt Thétis en sema les pépins dan^les campagnes voisines, pour y perpétuer le souvenir de sa vengeance et de son triomphe. Voilà , disent les Gaulois celtiques, la cause du grand nombre de pommiers
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
qui croissent dans notre pays, et de la beauté singulière de nos filles (<).»
Vous savez que le fruit dont il est question dans cette jolie fable fut un présent de la discorde ; vous ne serez donc point surprise d’apprendre que les deux déesses, auxquelles Paris préféra Vénus, conçurent le plus grand mépris pour le juge, et ne considérèrent nullement sa sentence comme une preuve de l’infériorité de leur beauté. Ce fut en ramassant quelquesunes des pommes d'or cueillies dans le jardin des Hespérides, qu’Atalante se laissa vaincre à la course et devint le prix de la victoire. D'après tous ces antécédents, il était bien naturel que la pomme fût pour les Grecs , comme pour nous, un emblème de discorde. Cependant Castel, oubliant tout ce que l’histoire nous raconte de défavorable sur ce fruit de son pays, lui a consacré des vers qui méritent d’être cités.
.de pommes couronnée,
Pomone vient remplir l’attente de l’annee.
Des rameaux ébranlés je vois le fruit pleuvoir, Te vois l’amas vermeil grossir dans le pressoir,
(t)Tîernardin de St-Pierre, 1 Arcadie.